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Le jour où j'ai pris rendez-vous dans une clinique d'avortement

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Je ne me suis jamais fait avorter, mais une fois, j’ai pris rendez-vous pour le faire. Je peux vous assurer qu’aucune personne avec un utérus ne prend cette décision à la légère. 

Pendant des semaines, j’ai tergiversé sur la question. Surtout que j’étais déjà maman de deux filles à l’époque. Vous dire comment je me sentais mal d’en arriver à la conclusion qu’un bébé, là, maintenant, ce n’était pas une bonne affaire. 

C’était, je me rappellerai toujours cette date, le 17 mai 2011. J’ai pris le téléphone et j’ai appelé la clinique. Après, j’ai attendu, la mort dans l’âme, la date encerclée à mon calendrier. Mais je n’ai pas eu le temps de me rendre au rendez-vous. J’ai perdu mon bébé avant le jour fatidique. En un sens, j’étais soulagée de ne pas devoir subir cette interruption de grossesse que je redoutais. Mais j’étais reconnaissante de vivre dans un pays où avorter est une possibilité. 

L’avortement n’est pas un débat

On va mettre quelque chose au clair. L’avortement n’est plus un sujet de débat. On a réglé cette question en 1989 lorsque la Cour suprême du Canada a statué que ce n’était plus un crime. Donc, est-ce qu’on peut arrêter de dire que le débat sur l’avortement fait un retour ? Merci.     

  • Écoutez Geneviève Pettersen commenter les réactions reçues à la suite de sa chronique sur QUB radio:

Maintenant que c’est dit, il serait peut-être pertinent, aussi, de cesser de qualifier ceux qui veulent gérer le corps des femmes comme si on était dans un épisode de La servante écarlate de «pro-vie». Cette expression, lourde de sens, insinue que les personnes qui sont pour la liberté de choix seraient «contre la vie»? 

Appelons un chat un chat: les gens qui veulent forcer les femmes à donner naissance à des enfants dont elles ne veulent pas sont des «anti-choix». Ils ne sont pas pro-vie. S’ils l’étaient, ils penseraient au destin de ces enfants non désirés une fois mis au monde.  

Plus on avance, plus on recule

Je n’en reviens pas qu’en 2022, les colonnes du temple de la liberté de choix soient si facilement ébranlables. Et savez-vous ce que je trouve le plus pernicieux avec ce qui se trame aux États-Unis? C’est que des gens, bien assis dans le confort canadien, pensent que ça ne se rendra jamais ici. 

Même si c’est quasi impossible que les lois canadiennes soient modifiées de façon à ce que l’avortement redevienne illégal, pensons aux 39 conservateurs anti-choix qui ont des rôles importants à la Chambre des communes. Songeons aux femmes qui habitent les provinces maritimes et qui doivent franchir des centaines de kilomètres pour avoir accès à un avortement. 

Et ne perdons pas de vue, surtout, que le retour de cette question dans l’actualité vient donner de la légitimité aux personnes qui se taisaient jusqu’alors. Un peu à la manière dont Donald Trump a légitimé le racisme, les discours qu’on peut entendre à propos de l’avortement ces jours-ci donnent du gaz à ceux dont c’est encore le combat. Et ça, c’est inquiétant.  

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