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Un PDG ou un ti-coune?

Charles Émond
Photos courtoisie et d'archives, Chantal Poirier Il faut que les grands commis de l’État respectent les élus.

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« Tycoon », nom masculin, homme d’affaires important ; magnat. « Ti-coune », nom masculin singulier (Canada). (Très familièrement), personne sans envergure. 

On croyait rêver. Mercredi, en commission parlementaire à Québec, le grand patron de la Caisse de dépôt, Charles Emond, a servi un camouflet à la mairesse de Montréal. 

Dans sa version des faits, elle avait changé son fusil d’épaule dans l’épineux dossier du REM de l’Est. Quelques jours auparavant, elle aurait été « ravie », selon M. Emond. 

Entendons-nous bien, M. Emond a le droit le plus strict à ses opinions et ça fait partie de la vie de se faire critiquer en politique. Le carrousel de la vie politique tourne inexorablement et l’élu critiqué par un autre élu aura l’occasion de répliquer au retour.

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MANQUE DE RESPECT

Mais Charles Emond n’est pas un élu. Il est un technocrate, employé grassement payé de l’État. C’était un impair inadmissible qui a terni son rôle. Valérie Plante n’était pas présente et ne pouvait pas immédiatement répondre. 

La mairesse Plante s’est montrée digne de sa fonction lorsqu’elle a pu répliquer. Sa retenue contraste avec les cocoricos du gestionnaire de notre bas de laine. 

Emond en a ajouté une couche affirmant que « REM de l’Est » est une marque déposée de la Caisse et que le gouvernement n’a pas le droit de s’en servir ! 

C’est la queue qui remue le chien. La Caisse est une créature de la loi et, désolé M. Emond, ce sont les élus qui font et défont les lois, pas vous. 

UN GOUVERNEMENT POUR LES PUISSANTS

Il fut un temps où c’était Hydro-Québec qui était considérée comme « l’État dans l’État ». L’expression signifiait que les mandats, projets et budgets d’Hydro étaient si importants, que ça dictait beaucoup les décisions de l’ensemble du gouvernement, qui n’osait pas prendre la puissante société d’État de front. 

Au fil du temps, les intouchables ont graduellement changé. J’étais ministre lorsque Bombardier est venu chercher une énième garantie de prêt pour ses avions. C’était peut-être une entreprise privée et l’État n’avait d’autre choix, c’était si important que ça. 

Le jour où Bombardier a tourné d’autres fonds avancés par le fédéral en bonis pour ses cadres, le petit jeu était terminé.

Bombardier a vendu la C Series à Airbus pour 1 dollar. 

ÊTRE AU SERVICE DU PUBLIC

Le cas de Charles Emond n’est pas unique, surtout depuis que François Legault est premier ministre. Les riches, comme son « chum » Pierre Fitzgibbon, se croient tout permis et Legault ne fait rien pour les décourager. 

La vie politique n’est pas facile. Elle demande énormément en termes de sacrifices, de temps et d’efforts. 

La moindre des choses serait que les dirigeants d’importantes institutions comme la Caisse respectent les élus et leurs fonctions. 

Questionné sur le salaire de M. Emond, le premier ministre a défendu le fait que le grand patron de la Caisse gagne plus de 50 fois le salaire d’un député de l’Assemblée nationale. 

Peut-être que ses compétences comme ancien banquier peuvent justifier un tel salaire exorbitant, mais M. Emond doit apprendre qu’il y a toute une différence entre le service aux actionnaires et le service public.

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