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«Vortex»: l’inévitable déclin

«Vortex»: l’inévitable déclin

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Avec ce «Vortex», Gaspar Noé livre son film le plus accessible, mais aussi le plus triste. 

Les personnages, à part le fils Stéphane (Alex Lutz), le petit-fils Kiki (Kylian Dheret) et la maîtresse Claire (Corinne Bruand), n’ont pas de nom. Ils sont anonymes : lui (Dario Argento) et elle (Françoise Lebrun). Ils vivent dans leur appartement, au milieu de leurs livres, d’affiches de films – le père est en train d’écrire un livre sur la mémoire, les rêves et le cinéma – et de souvenirs accumulés pendant leur vie. Elle, c’est une ancienne psychiatre qui, aujourd’hui, se prescrit des pilules.

Elle est atteinte de la maladie d'Alzheimer, lui a de graves problèmes de cœur. Ce matin-là, lorsque «Vortex» débute, elle se lève, fait le café, s’habille et sort. Du dédale encombré de leur appartement, elle se retrouve dans le dédale tout aussi encombré d’un petit magasin. Il vient la chercher, la ramène à la maison. Leur quotidien s’étale, se précise, s’expose ainsi pendant 135 minutes. On la voit oublier, ne pas savoir, chercher ses mots, ne pas le reconnaître, ne pas reconnaître son fils, chuchoter, avoir peur, se perdre, être perdue. Lui gère comme il peut, essaye de lui parler, de lui faire comprendre.

L’aime-t-il encore? L’a-t-il aimée malgré la présence d’une maîtresse pendant 20 ans? Et elle? L’aime-t-il? L’a-t-elle aimé? Qu’ont-ils vécu? Ont-ils été heureux? Est-ce cela la vieillesse, à la fois une fuite du quotidien – il se réfugie dans l’écriture – et la tyrannie de ce même quotidien – les gestes répétés, les courses, le ménage –, l’ennui aussi. Le vide, l’absence du tourbillon de la vie en attendant celui de la mort.

La poésie de Gaspar Noé, celle de ses longs métrages précédents, tient au cadrage, à la musique, aux différents rythmes des dialogues et des corps qui se meuvent. Ici, outre l’écran divisé en deux – une moitié pour chaque personnage filmé séparément qui, de temps en temps, se rejoignent – et la chanson «Mon amie la rose» de Françoise Hardy, le rythme est fait de silences, de moments d’un quotidien banal, cru et sans éclat. À quoi sert la vie, à quoi servent toutes ces paroles et tous ces actes qui seront oubliés – ou résumés à un diaporama fait de vieilles photos à notre mort – une fois que nous aurons disparu? Et pourtant, malgré cette presque désespérance, ce presque nihilisme, on sort de «Vortex» rasséréné. Oui, le miracle Gaspar Noé opère. Et c’est tant mieux.

  • Note: 3,5 sur 5
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