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Tous ses amis fauchés par le cancer du poumon

Un retraité et ex-fumeur de Montréal encourage les gens à écraser pour de bon

Lucien Bourdage
Photo Chantal Poirier Lucien Bourdages, âgé de 64 ans, a perdu dernièrement une dizaine d’amis d’enfance, tous fauchés par le cancer du poumon.

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Un retraité de Montréal qui a perdu une dizaine d’amis atteints du cancer du poumon ces dernières années encourage tous les fumeurs à écraser pour de bon le plus rapidement possible et à se faire dépister.

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« Tous les amis que j’ai perdus, et j’en perds encore, toujours à cause du cancer du poumon. Huit de mes amis sont morts juste dans la dernière année », déplore Lucien Bourdages, âgé de 64 ans.

Ce retraité d’une fonderie est témoin bien malgré lui des ravages causés par le cancer le plus diagnostiqué et le plus mortel au Québec. 

« Ça me fait peur, parce que je n’ai plus d’amis. Ce n’est plus ma vie comme avant », se désole le grand-père de quatre petits-enfants qu’il veut continuer de voir grandir.

Souffrant lui-même d’une maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC), notamment l’emphysème, il a cessé de fumer il y a près de 10 ans.

« Je fais attention à moi », assure-t-il, ajoutant que même son épouse qui fumait jusqu’à deux paquets par jour a réussi à briser sa dépendance il y a quelques années.

« Fait du bien »

« Ça m’a fait du bien [...] tout le monde devrait arrêter », lance-t-il, avec conviction, ponctuant sa phrase d’un sacre bien senti. Aujourd’hui, il mène une vie plus saine. Il s’alimente bien, ne fume plus, ne boit plus et fait de l’exercice.

Mais il a fumé pendant plusieurs décennies, comme ses amis de la petite école qu’il perd autour de lui. « Tout le monde fumait », dit-il, à l’instar de son héros Guy Lafleur, qu’il se souvient avoir vu patiner au Forum.

Et aujourd’hui, il ne se gêne pas pour encourager tous ceux qu’il croise dans la rue à cesser de fumer. « Quand j’en vois un fumer sur la rue, je lui dis : qu’est-ce que tu fais ? T’en as pas assez à vivre ? », raconte-t-il, ajoutant en riant que rien ne l’arrête malgré ses 120 livres.

Dépisté précocement

Faisant partie de la population à risque ciblée par le projet pilote sur le dépistage précoce du cancer du poumon, M. Bourdages a subi l’examen au printemps.

À son plus grand soulagement, aucun cancer n’a été décelé. « C’était une crainte », explique-t-il. Non seulement en raison de son passé de fumeur régulier, mais aussi pour ses 30 ans passés dans une fonderie dans la poussière.

Il demande à tous ses amis de l’imiter et d’aller se faire dépister avant qu’il ne soit trop tard. Récemment, il raconte qu’un bon ami lui avait confié se sentir de plus en plus faible. Des examens à l’hôpital ont décelé pas un, mais cinq cancers tellement la maladie s’était propagée, poursuit-il avec émotion. 

Cesser de fumer demeure le meilleur remède  

Tous les médecins s’entendent : la meilleure façon de prévenir un cancer du poumon est d’arrêter de fumer.

« Ce n’est jamais trop tôt et jamais trop tard [pour cesser de fumer] », martèle le directeur du programme de cessation tabagique au Centre universitaire de santé McGill (CUSM), le pneumologue Sean Gilman.

« Au Québec, il y a 10 000 nouveaux cas de cancer associés à la cigarette par année. C’est le principal facteur de risque évitable. Autrement dit, s’il y a quelque chose auquel on peut s’attaquer, c’est au tabagisme », ajoute à son tour le vice-président à la Société canadienne du cancer, Diego Mena.

Et plusieurs études démontrent qu’arrêter de fumer permet de regagner jusqu’à 10 ans de vie, soulignent les spécialistes.

Les pires années

Le pneumologue Simon Martel, médecin à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ), estime que la province vit actuellement ses pires années en termes de diagnostic de cancers du poumon. 

Et il faudra attendre encore 10 à 15 ans avant que « l’effet bénéfique de la baisse du tabagisme commence à se faire sentir de plus en plus ». 

Depuis les années 2000, les lois contre le tabagisme ont contribué à réduire énormément le nombre de fumeurs. Par contre, le Dr Martel souligne que le vieillissement de la population est un autre facteur de risque du cancer.

Plus de flexibilité

Pour le Dr Sean Gilman, la prévention reste la clé dans la lutte au cancer du poumon.

Il demande d’ailleurs au gouvernement de mieux rembourser les médicaments pour cesser le tabac. Actuellement, un patient peut les obtenir gratuitement pour une période consécutive de 24 semaines dans une année.

Or, le traitement est difficile et doit souvent être interrompu par ceux qui souhaitent écraser pour de bon. Le gouvernement devrait offrir plus de flexibilité, plaide-t-il.

– Avec la collaboration de Nora T. Lamontagne

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