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Guy Lafleur vu par ses Remparts

D’anciens coéquipiers se remémorent le passage du Démon blond à Québec

Dossier Guy Lafleur - Remparts
Photo courtoisie, Remparts de Québec Guy Lafleur dans l’uniforme des Remparts, celui dans lequel il a inscrit 379 points en seulement 118 matchs, entre 1969 et 1971.

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Claude Bédard aura dirigé pendant 28 ans la section des sports du Journal de Québec, de 1969 à 1997. Témoin privilégié de la vie sportive à Québec durant plusieurs décennies, il nous raconte aujourd’hui le passage de Guy Lafleur chez les Remparts à travers l’œil de certains de ses coéquipiers de l’époque. 

– Avec la collaboration de Jessica Lapinski


Quand André Savard arrive à Québec, en 1969, après un long voyage de 17 heures en train depuis le Témiscamingue en passant par North Bay, il se retrouve face à face avec Guy Lafleur dans le vestiaire des Remparts.

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« Je savais qui il était pour avoir entendu parler de ses prouesses au Tournoi international de hockey pee-wee et avec les As de Québec junior, raconte Savard. Mais c’était la première fois que j’avais le plaisir de le voir en personne. J’avais hâte de sauter sur la patinoire avec lui. »

Déjà, à l’époque, Lafleur paraît plus grand que nature. Les dépisteurs qui rôdent à chaque match des Remparts s’extasient devant le coup de patin et le tir de cette jeune étoile.

Maurice Filion, son entraîneur, l’appelle souvent « sa fusée ». Il ne tarit pas d’éloges à l’endroit de son nouveau jeune joueur de centre.

Savard est lui aussi un joueur infatigable, capable de monter son jeu d’un cran dans les moments critiques. Lafleur et lui allaient devenir une paire idéale. Ils allaient s’amuser avec Michel Brière, à leurs côtés, complétant des jeux qui allaient souvent obliger le gardien adverse à regarder scintiller la lumière rouge derrière lui.

C’est bien connu : Lafleur terminera son séjour de deux saisons chez les Remparts avec pas moins de 379 points... en seulement 118 matchs. À sa deuxième campagne, il trouvera le fond du filet pas moins de 130 fois.

Les Diables rouges

Filion surnomme Lafleur sa « fusée », mais aussi, « son étoile filante ». C’est un espoir qui ne cesse jamais de travailler pour s’améliorer.

« Guy en voulait toujours plus », ajoute Savard.

Ce dernier estime encore aujourd’hui avoir été choyé de faire ses classes aux côtés de cette grande vedette.

« Avec Guy, on ne se posait pas de questions. On patinait comme des diables. C’est comme ça que les Remparts ont fini par être surnommés les Diables rouges », rappelle-t-il.

Déjà un modèle

Ce n’est pas seulement par son grand talent que Lafleur a marqué Savard. Ce dernier se souvient d’un adolescent « poli, gentil, toujours au rendez-vous, avec le sourire aux lèvres ».

Il n’avait que 18 ans, mais déjà, il était un modèle, pointe-t-il. « Quand c’était le temps de s’amuser, il ne cédait pas sa place. Un vrai gars d’équipe à tous points de vue. »

Un gars d’équipe et... un farceur. Après chaque séance d’entraînement, Lafleur quittait la patinoire en direction du vestiaire, où il se détendait un peu avant de prendre sa douche.

« Jamais il n’oubliait de prendre ma serviette de bain en plus de la sienne, que l’entraîneur avait placée devant chaque casier durant la pratique. Il avait un plaisir fou à savoir que je m’en chercherais une autre et que la gang se paierait du bon temps à mes dépens », raconte Savard. 

Ils étaient plus forts avec le Démon blond    

L’édition 1970-1971 des Remparts, championne de la Coupe Memorial. Guy Lafleur, qui était le capitaine de l’équipe, est assis au centre de la photo.
Photo courtoisie, Remparts de Québec
L’édition 1970-1971 des Remparts, championne de la Coupe Memorial. Guy Lafleur, qui était le capitaine de l’équipe, est assis au centre de la photo.

Guy Lafleur est arrivé chez les Remparts au lendemain d’une sérieuse dégelée de 19-0, à Sorel. « Il y avait tellement de joueurs blessés que nous n’étions plus que 11 en uniforme ! » se souvient son coéquipier Réjean Giroux.

Déjà, Giroux connaît bien Guy Lafleur. Comme André Savard, il l’avait vu jouer dès les rangs pee-wee, au Tournoi international de Québec, puis avec les As junior.

L’attaquant qui a porté l’uniforme rouge et noir entre 1969 et 1972 se rappelle que son nouveau coéquipier était très discipliné pour son âge et était travaillant comme pas un. Il ne laissait personne indifférent dans le vestiaire des Remparts.

« Ce qui m’avait marqué chez lui, c’est son allure réservée. Il avait l’air sûr de lui avec un objectif précis en tête. Nous étions super motivés. Guy se concentrait et mûrissait tout ce qu’il faisait. C’était sa force ! En d’autres mots, il avait tout pour réussir », explique Giroux.

Mais, ajoute Giroux, Lafleur savait aussi être détendu, drôle et sarcastique à ses heures. Déjà, à l’adolescence, il pouvait lâcher une boutade et ensuite décamper.

Encore meilleurs

Les Remparts de la nouvelle Ligue de hockey junior majeur du Québec représentaient déjà une équipe prometteuse, mais elle le devenait encore davantage avec l’arrivée de la merveille de Thurso.

Selon Giroux, ils constituaient une formation talentueuse, soudée par un esprit d’équipe à toute épreuve.

« Nous étions plus forts que jamais. Sans complexes et toujours prêts à foncer vers la victoire chaque soir, » rappelle-t-il avec fierté.

« Le défenseur Pierre Roy, à l’écorce dure, entouré de quelques coéquipiers aussi intimidants, mettait toute l’équipe en confiance. Chaque soir, Guy, Jacques Richard, André Savard, Michel Brière, moi-même et d’autres n’avions qu’une seule vitesse », ajoute Giroux.

Bagarres à l’entraînement

D’ailleurs, il n’était pas rare de voir les Remparts se défouler physiquement au lendemain d’une performance moins reluisante. Le couvercle de la marmite sautait assez souvent.

Pourtant tous « de bons chums », les joueurs n’hésitaient pas à laisser tomber les gants entre eux pour se défouler et se débarrasser du mauvais souvenir de la veille.

Giroux raconte qu’une fois tout le monde revenu au vestiaire, l’entraîneur-chef Maurice Filion disait à ses jeunes pur-sang, avec un petit sourire : « Je n’aime pas toujours voir vos folies sur la glace au lendemain d’une défaite, mais ça me console de constater que vous n’avez pas besoin de mon sermon. Vous avez très bien compris ».

Il l’a payé cher...

Giroux se souvient d’avoir essayé de faire son brave devant son ami Guy. C’était au cours d’un exercice à l’aréna Ste-Foy-Couillard.

« Tiens-toé, dit-il avoir lancé à Lafleur, je vais te montrer de quel bois je me chauffe. Les gants sont tombés et ayoye ! En moins de deux, Ti-Guy me tient au collet et me soulève par le chandail pour me secouer comme une plume. Je me suis retrouvé sans chandail et un peu secoué. Je n’ai jamais eu le temps de savoir ce qui s’était passé. »

« Je suis retourné au vestiaire pour me remettre de mes émotions et enfiler mon chandail. Quand je suis revenu sur la glace, avec mes 157 livres bien secouées, les gars se pinçaient pour ne pas rire, y compris Guy. Il faisait toujours beau chez les Remparts. » 

Sans peur devant les « goons »    

Capitaine des Remparts qui ont remporté la Coupe Memorial en 1971, Guy Lafleur a encore brandi le célèbre trophée lors d’une cérémonie au Centre Videotron en février 2019.
Photo courtoisie
Capitaine des Remparts qui ont remporté la Coupe Memorial en 1971, Guy Lafleur a encore brandi le célèbre trophée lors d’une cérémonie au Centre Videotron en février 2019.

En 1970-1971, les Remparts de Guy Lafleur se rendent jusqu’à la Coupe Memorial, déjà considérée comme l’emblème du hockey junior canadien. Dirigés par Maurice Filion, les Diables rouges ont tout raflé sur leur passage en saison régulière. Ils ont signé un effarant total de 54 victoires en 62 rencontres.

À l’époque, la Coupe Memorial n’est pas disputée sous forme de tournoi à la ronde. Les Remparts, champions de l’Est, accueillent à Québec les vainqueurs des séries dans l’Ouest, les Oil Kings d’Edmonton. Deux victoires convaincantes de 5 à 1 et de 5 à 2 au Colisée leur vaudront leur premier titre national.

Ce ne sont toutefois pas ces deux matchs ultimes qui ont marqué André Savard qui, avec Lafleur, était l’un des as de cette équipe. C’est plutôt la série précédente, disputée au meilleur de sept rencontres face aux redoutables Black Hawks de St. Catharines.

« Tout le monde nous avait prévenus que les champions de la Ligue junior de l’Ontario n’avaient pas de complexes, mentionne-t-il. Au contraire. Ils étaient déjà trop forts pour nous, selon ce qu’ils prétendaient. »

« Marcel Dionne, leur joueur étoile déjà scruté par plusieurs équipes de la LNH, était entouré de très bons joueurs et aussi de plusieurs durs à cuire, dont Pierre Guité. Mais à vrai dire, ça ne nous dérangeait pas tellement. C’est sur la glace que ça se joue, se disait-on. »

Il s’en moquait

Les Remparts n’avaient pas tort. Savard rappelle que les Ontariens avaient comme plan d’intimider Lafleur, qui venait de terminer le calendrier régulier avec 130 buts et 79 aides. Mais, dit son coéquipier, jamais le Démon blond n’a craint les joueurs de St. Catharines.

« Il commençait même à se moquer de ses rivaux, lance-t-il. Les goons des Hawks le pourchassaient toujours et les Remparts ont pris les devants dans la série. »

« Je pense que Guy s’était découvert une autre vitesse. Il patinait encore plus vite et la rondelle collait à son bâton. Et nous, nous levions avec lui ! » explique-t-il.

Cette série tant attendue n’a cependant pas connu un dénouement normal. Menés 3 à 2, les Black Hawks devaient revenir à Québec, où ils allaient faire face à l’élimination. Mais ils ont refusé de retourner au Colisée.

Dans les journaux de St. Catharines, on racontait que leurs porte-couleurs avaient reçu des menaces des felquistes et de gens qui leur promettaient la vie dure à Québec. Il était aussi question de menaces de mort, ce qui n’a jamais été prouvé.

Les Remparts ont donc été couronnés champions de l’Est sans avoir à disputer une seule autre partie. Ils ont ensuite remporté la Coupe Memorial et quelques semaines plus tard, Lafleur allait être appelé au tout premier rang du repêchage de la Ligue nationale de hockey par le Canadien. 

Il méritait un meilleur sort    

Dans l’esprit de plusieurs athlètes qui l’ont côtoyé, dont Réjean Giroux, Guy Lafleur aurait mérité un meilleur sort à Montréal. 

« Je connais assez bien Guy pour savoir qu’il n’a jamais été heureux dans ses fonctions d’ambassadeur du Canadien, alors qu’il avait encore des fourmis dans les jambes. Ce n’était pas lui », affirme-t-il.

Son ancien coéquipier des Remparts soutient que l’étoile du Canadien a été sous-payée durant son séjour à Montréal.

« C’était ce qui se donnait à l’époque, mais à mon avis, Guy valait de l’or. Il n’était pas seulement un patineur électrisant ou un joueur flamboyant, il était aussi un ambassadeur unique pour l’équipe du Forum », ajoute Giroux.

Un gladiateur

Giroux rappelle des moments magiques d’une époque qui ne s’éteindra pas. « Guy n’était pas un athlète ordinaire. C’était un gladiateur. Il s’est donné aux Remparts et aux partisans comme s’il leur devait tout. »

« C’est un des êtres les plus forts que j’ai rencontrés dans ma vie et je ne crois pas qu’il en existera un autre », ajoute-t-il.

Guy Lafleur était ému lors du retrait de son chandail numéro 4 par la LHJMQ, le 28 octobre 2021, au Centre Vidéotron de Québec. Il pose ici à côté de sa bannière, qui trône désormais au plafond de tous les amphithéâtres du circuit.
Photo d'archives, Martin Chevalier
Guy Lafleur était ému lors du retrait de son chandail numéro 4 par la LHJMQ, le 28 octobre 2021, au Centre Vidéotron de Québec. Il pose ici à côté de sa bannière, qui trône désormais au plafond de tous les amphithéâtres du circuit.

Giroux a revu son coéquipier au Centre Vidéotron, à l’occasion du retrait de son chandail numéro 4, en octobre dernier.

« J’avoue avoir versé quelques larmes. Ce qui m’a le plus touché, c’est sa force de cœur et d’esprit malgré la maladie. Et ce qui m’a fait le plus mal, ce fut de le voir monter les marches avec difficulté. Ce n’est pas lui. Guy était trop fort ! » murmure-t-il avec beaucoup de tristesse. 

Inquiet pour son ami    

Cinquante ans après avoir fait la pluie et le beau temps dans l’uniforme des Remparts, Guy Lafleur et André Savard ont partagé des souvenirs d’époque lors du retrait du numéro 4 par la LHJMQ au Centre Vidéotron, en octobre dernier.
Photo courtoisie
Cinquante ans après avoir fait la pluie et le beau temps dans l’uniforme des Remparts, Guy Lafleur et André Savard ont partagé des souvenirs d’époque lors du retrait du numéro 4 par la LHJMQ au Centre Vidéotron, en octobre dernier.

André Savard s’attendait à voir Guy Lafleur dominer dès son arrivée avec le Canadien. Mais trois ans après les débuts de son ancien coéquipier des Remparts à Montréal, il s’inquiète.

« Ce n’était pas le compagnon de jeu que j’avais connu. Il avait l’air perdu. Plus rien ne fonctionnait. Tout paraissait difficile », se souvient Savard.

À l’époque, Lafleur représente une énigme pour bon nombre d’amateurs de hockey. En trois saisons avec le Canadien, le premier choix de l’encan 1971 n’a jamais dépassé le plateau des 30 buts.

Sa meilleure campagne dans la ligue est alors celle de son année recrue : 29 filets et 35 aides, en 73 matchs.

« Meilleur que cela »

De Maurice Filion à Scotty Bowman, il y avait naturellement un monde de différence. Aussi, la marche à gravir entre les rangs juniors et la Ligue nationale était énorme, surtout dans une équipe aussi grande et impressionnante que celle du Canadien.

« Je trouvais que ça prenait beaucoup de temps avant qu’il éclate, ajoute Savard. Je savais qu’il était meilleur que cela, même si c’est une autre histoire dans la Ligue nationale. Mais je ne désespérais pas. »

C’est finalement à sa quatrième saison chez le Canadien que l’explosion tant attendue se produit. Lafleur est redevenu lui-même. Dès lors, « plus personne n’avait de doute », mentionne celui qui est depuis quelques années recruteur pour les Devils du New Jersey.

Lafleur terminera son passage chez le Canadien en 1984, avec à sa fiche un total de 1246 points en 961 matchs.

« Qui l’oubliera ? Je suis convaincu qu’il demeurera un modèle pour le hockey », prédit son ancien joueur de centre.

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