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Promenade dans les bois

Cantine sauvage
Photo courtoisie

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Qui n’a pas craint un jour de se perdre en forêt et d’y mourir dépecé par un animal sauvage ou de faim après plusieurs jours d’errance ? Trop habitué à recevoir le tout cuit dans notre assiette et à magasiner dans les Costco et Walmart de la planète, on a perdu le sens de la débrouillardise et de la curiosité.

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Ce livre subversif va nous aider à le retrouver. « Cantine sauvage est un pied de nez aux MAPAQ et Sépaq de ce monde qui réglementent chacun de nos pas et de nos bouchées. » Projet appétissant.

Les deux auteurs nous entraînent donc, nous qui avons oublié d’où nous venons, hors des allées des supermarchés pour nous inviter à nous alimenter autrement, à même nos rivières et lacs et même en pleine mer, ou en forêt, dans des jardins à ciel ouvert – en faisant preuve de discrétion et de modération, bien évidemment –, ou encore dans des ruelles peu empruntées. Et chemin faisant, ils nous livrent leurs bons trucs et quelques recettes.

Le fleuve Saint-Laurent et ses milliers d’affluents drainent le quart des réserves d’eau douce de la planète. Y frétillent plusieurs variétés de poissons qu’on ne trouve jamais chez le poissonnier. Même chose avec l’oursin de mer, qu’on peut pêcher facilement « à la moppe » dans l’estuaire du Saint-Laurent jusqu’à Cacouna. Ce petit crustacé, dont on ne mange que les gonades, soit « les glandes sexuelles mâles ou femelles de couleur orange, gorgées d’eau de mer, onctueuses et sucrées », appelées aussi corail d’oursin, est également un inconnu de nos listes d’épicerie. Pourtant les Japonais en raffolent et achètent la presque totalité de notre production.

Vous êtes en vacances en Gaspésie et il vous prend une envie de manger un homard fraîchement cueilli ? Pas besoin de casier à homard, plutôt encombrant en camping ! Avec un masque d’apnée et un bâton, aventurez-vous dans des fonds peu profonds, rocheux et plantés d’algues. Vous découvrirez un monde insoupçonné : « Vous allez sans doute tomber sur un affrontement entre crustacés agressifs. Sûrement des mâles... Interposez-vous à l’aide de votre bâton et rabattez les plus combatifs (sont-ils tous idiots ?) vers le rivage, jusqu’à ce qu’ils soient à portée de main. [...] Avec vos mains, gantées de préférence, saisissez-les fermement par le dos, sans crainte. » La mer étant très froide, prévoir un bon feu pour vous réchauffer et cuire les crustacés, conseillent les auteurs avec humour. 

Même en ville

Vous avez le goût de viande, mais vous trouvez les prix trop élevés, surtout si vous pratiquez la simplicité volontaire ? La forêt sera votre meilleur pourvoyeur, surtout si vous avez encore l’âme d’un coureur des bois. En vous promenant le long des routes secondaires (elles sont moins dangereuses pour l’humain), vous découvrirez de nombreux animaux sauvages morts à la suite d’une collision avec un véhicule. Il suffit de repérer les cadavres encore chauds avant les rapaces et autres urubus. Lièvres, ratons laveurs, rats musqués, marmottes ou siffleux, gélinottes et autres bécasses peuvent combler vos besoins en protéines, disent les auteurs qui y vont de quelques recettes. Avec un peu de chance, surtout en période de rut, vous récolterez un chevreuil imprudent frappé par un chauffeur de véhicule insouciant. Vous n’aurez plus qu’à le dépecer à l’aide d’un couteau bien affûté comme le font nos frères amérindiens.

Mais si vous êtes un citadin indécrottable, genre Plateau Mont-Royal, l’écureuil ou cuy, comme l’appellent les Latino-Américains (une sorte de cochon d’Inde), est tout à fait à votre portée et facile à attraper avec un peu d’imagination. Les auteurs recommandent la plus grande discrétion pour ne pas froisser les âmes sensibles parmi vos voisins de balcon. 

« La brochette d’écureuil dans sa laque soya-sirop d’érable et vinaigre balsamique » aura un petit goût de revenez-y.

Les plantes sauvages ont aussi droit à leur quart d’heure de gloire. Mais il faut les cueillir avec prudence, car certaines sont mortelles, nous préviennent les auteurs. Pissenlits, asclépiade, têtes-de-violon, herbe de Sainte-Barbe, champignons ou, le long de battures, varech, livèche écossaise, salicorne et autre plantain rehausseront vos captures terrestres et marines. Sans oublier les petits fruits, des bleuets aux groseilles, en passant par les amélanches, chicoutais et pimbinas.

Après avoir lu cet ouvrage instructif et drôle, vous ne verrez plus la nature qui nous entoure de la même façon. 

À lire aussi  

LA VIE SECRÈTE DES INSECTES

Cantine sauvage
Photo courtoisie

Cet ouvrage captivant sur la vie secrète des insectes est très certainement un complément à Cantine sauvage. Feu Georges Brossard, fondateur de l’Insectarium, serait comblé, même s’il ne s’agit pas ici d’une dégustation d’insectes comestibles. Ce menu monde qui vit, s’ébat et se débat à nos pieds a beaucoup à nous apprendre. Ces milliers d’insectes, de champignons et de bactéries qui s’agitent autour et dans l’arbre mort, par exemple, ou autour d’une carcasse animale « veillent à rendre biodégradable ce qui est mort et lui permettre de connaître une nouvelle vie ». Ils ont donc leur utilité. Même ces moustiques qui souvent nous rendent la vie impossible. Ils servent aussi à la pollinisation, répandant des graines un peu partout, et voient au drainage des sols. D’autres produisent le précieux miel et des antibiotiques. Bref, « les insectes sont les petits rouages qui contribuent au bon fonctionnement de l’horloge du monde ». Fascinant ! Pensons-y deux fois avant de les écraser.  


420 GRAMMES

Cantine sauvage
Photo courtoisie

Dans cet ouvrage écrit à cœur ouvert, l’auteur comique Philippe Meilleur nous parle de sa dépendance au cannabis. « J’ai la mi-trentaine et je suis rendu au point où le weed est essentiel à mon homéostasie, confie-t-il. Dans mon corps, les cannabinoïdes sont sur un pied d’égalité avec l’oxygène, l’eau et l’album Infest de Papa Roach : j’en ai besoin pour survivre. » Depuis quinze ans, il fume du pot tous les jours. Puis un jour, il décide de tenter de mettre fin à cette dépendance. Ce qu’il découvre n’est pas banal : même s’il est une semaine, un mois, un an sans fumer, il sera toujours dépendant. « Car la journée où tu débarques du navire, tu es rempli d’un sentiment de honte, et ce sentiment de honte t’incite à fumer davantage. La sobriété est une plus belle prison que la consommation. Mais c’est une prison quand même. » 

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