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Un conte à hauteur d’enfant

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Photo AFP

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Trois ans après le succès mondial de son film Portrait de la jeune fille en feu, la réalisatrice française Céline Sciamma revient avec Petite maman, une fable onirique dans laquelle elle met en scène la rencontre improbable entre une fillette de huit ans et un double de sa mère, au même âge que le sien, peu de temps après la mort de la grand-mère de l’enfant. Le Journal s’est entretenu avec la cinéaste par visioconférence.

Petite maman marque un retour dans le monde de l’enfance, un univers que vous avez souvent exploré dans vos premiers films comme Tomboy. C’était voulu ?

« Non, ce n’était pas un choix. C’est plutôt cette histoire qui s’est présentée à moi. Pendant que j’étais en train d’écrire Portrait de la jeune fille en feu, cette idée d’une petite fille qui construit une cabane dans la forêt est venue me ravir. Je me suis dit que ce serait mon projet suivant. Cela dit, c’est vrai que je reviens souvent aux personnages d’enfant et je pense que c’est parce que mes films tournent toujours autour de personnages qui observent. La profondeur du regard des enfants est sans doute sa grande tension. Et comme je fais aussi un cinéma du regard, ce sont des personnages formidables à explorer et à suivre. »

Joséphine et Gabrielle Sanz dans une scène du film Petite maman.
Photo courtoisie
Joséphine et Gabrielle Sanz dans une scène du film Petite maman.

Les enfants ont beaucoup souffert de la pandémie. Cette réalité a-t-elle influencé votre façon de raconter cette zhistoire ?

« Je dirais plus que c’est cela qui m’a poussée à me dépêcher à faire le film. Je n’avais aucune ambition d’aller vite. Je sortais d’un film très lourd (Portrait de la jeune fille en feu) qui m’avait pris des années à réaliser. Dès mars 2020, j’ai commencé à écrire Petite maman en pensant que j’allais tourner un an plus tard. Mais quand la pandémie est arrivée, ce film qui avait tous les accents du film intemporel est soudainement devenu urgent parce qu’il parlait des enfants et qu’il avait l’ambition de s’adresser à eux. Il parlait aussi de deuil, de mort, d’une maison qu’on vide, et il devenait tout à coup très contemporain. On voit bien comment les enfants sont toujours les enjeux du futur. Ils sont instrumentalisés politiquement, mais en même temps jamais respectés. 

La première scène du film, qui est un au revoir collectif avec des femmes dans une maison de repos, je l’ai écrite il y a des années. Mais après le premier confinement, j’ai relu cette scène et je l’ai vue différemment. C’est là que je me suis dit : allez, je tourne le film dans trois mois. »

Le duo mère-fille de votre film est interprété par Joséphine et Gabrielle Sanz, deux sœurs jumelles. Comment les avez-vous dénichées ?

« Quand on a commencé le casting, on a dit qu’on cherchait des sœurs et que les jumelles étaient bienvenues. Mais au final, je n’ai pas eu à rencontrer beaucoup d’actrices. C’est le bénéfice d’avoir déjà fait des films avec des enfants. Les jeunes actrices qui sont venues passer le casting de Petite maman avaient déjà vu Tomboy et Ma vie de courgette [qu’elle a scénarisé]. Elles savaient donc pour quel type de cinéma elles venaient. Quand j’ai vu Joséphine et Gabrielle arriver aux auditions, je me suis dit que si elles avaient envie de faire le film, c’était bon. Je n’ai pas eu l’angoisse du choix. Le casting s’est fait assez vite. »

Dans le film, la petite fille et sa mère construisent une cabane ensemble dans la forêt. Que symbolise cette cabane pour vous ?

« Matériellement, la cabane est un objet pour lequel on a tous une espèce de désir. Un enfant dans une cabane, c’est une image qui dépasse tout type de frontière et d’époque. Sur le plan du jeu, la cabane produit aussi un effet commun très fort, même chez les adultes qui ont toujours un grand plaisir à en construire une avec leurs enfants. Symboliquement, c’est donc très riche ; il y a quelque chose de l’enfance de l’art et de l’humanité. »


Petite maman prend l’affiche le 13 mai.

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