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Il faut se battre pour le français

Michel Tremblay
Photo d'archives, Pierre-Paul Poulin Michel Tremblay

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« Ce qui m’a fait devenir un séparatiste, il y a 60 ans, c’était l’orgueil de pouvoir rêver qu’un jour, on aurait un pays qui serait le représentant de la langue française en Amérique du Nord. C’est ça qui nous gouvernait quand on était jeunes. »

C’est ce que Michel Tremblay m’a dit l’autre jour à QUB Radio. 

« Je me suis tellement fait dire quand j’étais jeune : “I don’t speak French”, j’ai pas envie à 80 ans de l’entendre encore. »

  • Écoutez l'entrevue avec Michel Tremblay à l’émission de Sophie Durocher diffusée chaque jour en direct 17 h 30 via QUB radio : 

LA LANGUE DE TREMBLAY

J’interviewais Michel Tremblay au sujet de sa pièce Cher Tchekhov, présentée au TNM jusqu’au 28 mai, dans laquelle un dramaturge de 75 ans se demande s’il est encore pertinent.

Comme la pièce est mise en scène par Serge Denoncourt, j’ai demandé à Michel Tremblay ce qu’il pensait du pétage de coche de ce dernier, qui n’a pas été servi en français dans un Tim Hortons de la rue Sainte-Catherine. 

« Ça m’a fait penser à ma propre jeunesse quand j’avais 16-17 ans, j’en ai souvent parlé dans mes livres. Quand on allait dans les grands magasins de l’ouest de Montréal, les petites Québécoises qui travaillaient là comme vendeuses étaient obligées de nous parler anglais. Et on pense qu’on s’est débarrassé de ça, on pense que c’est fini. Là, tout d’un coup, ça revient, ils font ça sans peur et sans reproches, comme s’ils pilonnaient la loi 101. C’est assez terrible. C’est la preuve qu’il faut continuer à se battre... si on veut rester francophones. » 

Parce que Michel Tremblay est l’auteur des Belles-sœurs, d’Albertine en cinq temps, de À toi, pour toujours, ta Marie-Lou, on ne parle plus de la « langue de Molière » au Québec, on dit « la langue de Tremblay ». Est-ce que le cri du cœur de Michel sera entendu par la jeune génération ?

« Quand on dit que la langue française est en danger, ce n’est pas une figure de style, m’a dit Michel Tremblay, en entrevue. Si ça ne nous intéresse plus, ben qu’on laisse aller les choses pis le français va mourir petit à petit. Mais si c’est important pour nous, faut continuer à se battre. Faut recommencer à se battre. »

J’ai beaucoup pensé à Tremblay samedi, quand j’ai lu le reportage d’Émilie Dubreuil (pour Radio-Canada) sur l’enseignement du français dans les cégeps anglophones, en particulier au John Abbott College, dans le « West Island ». Un des profs interrogés parle « des enfants dont un des parents est francophone, mais qui disent toujours à la fin de leur cégep : “Je suis 18 ans et mon maison est bleue.” » 

Un autre raconte que certains étudiants francophones sont allergiques à leur propre culture. « Ce n’est pas de la haine de soi, c’est de la négation de soi. Ils sont anglophones dans leur tête. Ils ne veulent pas appartenir à la mauvaise gang, celle des pauvres, incultes, unilingues, fermés sur eux-mêmes ».

  • Écoutez l'édito de Sophie Durocher diffusé chaque jour en direct 7 h 50 via QUB radio :

LE VRAI MONDE ?

Cher Michel, dans ta dernière pièce, tu te demandes si tu es encore pertinent, si ce que tu as à dire a encore un écho. Je te rassure. Avec tes pièces, tes romans, tes coups de gueule bien envoyés, tu es plus pertinent que jamais. 

Je me demande juste combien d’étudiants du John Abbott College savent qui tu es. 

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