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Nos artistes, des quêteux à cheval!

Quebec
Photo Stevens LeBlanc Nathalie Roy

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Ma mère disait d’un voisin qui avait une rutilante voiture à la porte, mais presque rien à manger, qu’il était un « quêteux à cheval ».

C’est le cas de milliers de nos artistes qui tirent le diable par la queue. La pandémie, il va sans dire, n’a rien arrangé. Si elle a jeté sur le pavé un nombre incalculable de travailleurs de l’hôtellerie et de la restauration, elle n’a pas épargné le monde du spectacle. Des centaines d’artistes ont délaissé leur métier dans l’espoir de gagner leur vie dans des milieux moins précaires. C’est pour éviter d’autres hécatombes du genre que Sophie Prégent, la présidente de l’Union des artistes, et les responsables de toutes les associations de la culture pressent le gouvernement de la CAQ d’adopter le projet de loi 35.

Ce projet de Nathalie Roy, ministre de la Culture et des Communications, entend « moderniser » le statut de l’artiste. C’est un mot bien prétentieux pour signifier que peintres, sculpteurs, écrivains, chanteurs, comédiens et autres pourront avoir des droits dont jouissent depuis longtemps la plupart des travailleurs. Mais encore faudra-t-il que la loi soit adoptée. C’est loin d’être acquis, les élections générales ayant lieu le 3 octobre.

UN MONDE D’ILLUSIONS

La loi modifiera cinq lois existantes et en abrogera une autre. Le texte auquel ont contribué Liza Frulla et Louise Beaudoin appelées en renfort — elles furent l’une et l’autre ministre de la Culture à Québec — reconnaîtra enfin des droits aux écrivains et aux artistes visuels. Grosso modo, peintres et écrivains bénéficieront de la même protection que les artistes de scène et de télévision lorsqu’ils négocieront des contrats d’emploi. Les associations professionnelles dont ils font partie pourront, comme l’UDA et la SARTEC, signer des ententes collectives.

Une fois la loi adoptée, tous les artistes seront mieux protégés contre le harcèlement psychologique et le harcèlement sexuel. Ils pourront recourir au Tribunal administratif du travail comme la plupart des travailleurs et la loi imposera des conditions minimales à ceux qui les emploient.

Le monde des arts a toujours fait illusion. Le monde de la télévision et du cinéma encore plus que tout autre. Le public en général croit que les artistes qu’on voit à l’écran roulent sur l’or et s’offrent toutes leurs fantaisies. Si certains gagnent grassement leur vie au petit écran comme Patrice Lécuyer, Guy A. Lepage ou Véronique Cloutier, par exemple, le plus grand nombre arrive à peine à joindre les deux bouts. Des centaines — et non des moindres — restent parfois un an et plus sans décrocher un seul rôle.

SÉCURITÉ ET DIGNITÉ

L’Union des Artistes compte plus de 10 000 membres en règle. De ceux-là, au moins 3000 ne gagnent pas un seul sou dans une année. Pandémie ou pas ! Le revenu moyen des membres de l’UDA est de 22 000 $. C’est la moitié du salaire moyen des Québécois. 

La SARTEC regroupe 1500 auteurs et scénaristes de cinéma et de télévision. Comme pour les membres de l’UDA, seul un petit nombre d’auteurs — moins d’une centaine — arrivent à vivre honorablement de leur travail. Quant aux écrivains, membres de leur propre union, à moins de publier chaque année un roman ou une biographie qui se vendrait à plusieurs milliers d’exemplaires, aucun n’arrive à vivre de sa plume. Ils doivent tous compter sur un revenu d’appoint.

La nouvelle loi ne réduira pas tellement le nombre d’artistes qui sont des quêteux à cheval, mais elle leur donnera plus de sécurité et leur assurera une certaine dignité.

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