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Salon bleu: évitons le massacre patrimonial

Quebec
Photo d'archives, Stevens LeBlanc La période de questions au Salon bleu de l’Assemblée nationale le 15 mars dernier.

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La volonté de « rénover » la salle emblématique de l’Assemblée nationale, le Salon bleu, est dans l’air depuis des années.

Il faudrait être dans le déni pour nier que le « Bleu » mérite un petit coup de pinceau. (À un endroit en particulier où je passe souvent, la peinture et le plâtre, du plancher au plafond, sont profondément vérolés.)

Des travaux s’imposent certes. Mais il y a travaux et travaux.

  • Écoutez l'édito d'Antoine Robitaille lors de la rencontre Foisy - Robitaille diffusée chaque jour en direct 12 h via QUB radio :

Hémicycle ?

Or, certains propos de parlementaires actuels font craindre un vrai massacre patrimonial.

D’abord, ceux du président lui-même, François Paradis. Depuis 2019, il a évoqué à plusieurs reprises la transfiguration du Salon bleu. Tout serait sur la table : hémicycle, demi-lune, ovale, etc.

Dans son projet de réforme de l’« Assnat » déposé en 2020, l’actuel leader parlementaire du gouvernement, Simon Jolin-Barrette, reprenait l’idée de l’hémicycle avec enthousiasme, citant nommément Paradis.

Le Québec a beau être une des plus vieilles démocraties du monde ; a beau avoir évolué dans la tradition britannique depuis sa première chambre élue en 1792, il devrait absolument s’inspirer de ce qui se fait ailleurs.

Les parlementaires « dans plusieurs pays, comme la France, les États-Unis, la Suisse, l’Allemagne et le Danemark », siègent dans des hémicycles, soulignait Jolin-Barrette. Même chose « au Parlement d’Écosse et aux assemblées législatives du Manitoba et des Territoires du Nord-Ouest ». Ah, si ça se fait ailleurs, surtout au Manitoba !

Que les élus se fassent face encouragerait la confrontation. Aussi, écrivait M. Jolin-Barrette, la rénovation du Salon bleu devrait être « une occasion à saisir afin de poursuivre sa modernisation par un nouvel aménagement susceptible d’assainir le climat de travail ».

Je suis certain qu’aucune étude sérieuse ne soutient l’idée que les débats parlementaires sont plus sereins dans les hémicycles.

En tout cas, ça s’invective assez copieusement dans les parlements non britanniques de tous les pays cités plus haut. Même qu’une des chambres d’assemblée où on se tape le plus souvent sur la gueule est Taiwan. Et devinez quoi ? Les sièges y sont disposés en ovale.

  • Écoutez aussi l'émission balado d'Antoine Robitaille diffusée chaque jour en direct 19 h via QUB radio :

Purification

L’autre tentation terrible actuelle ? La « purification » historique.

Semblant sous l’effet de stéroïdes antibritanniques, le péquiste Pascal Bérubé, le 5 mai, révélant que l’« Assnat » allait bientôt présenter « la nouvelle maquette » du Salon bleu, a proposé cette fausse bonne idée : on devrait y « retirer un par un tous les symboles de l’Église anglicane. On est laïcs ou on ne l’est pas. »

Bref, les passionnés du patrimoine devront surveiller étroitement les parlementaires actuels et futurs dans ce projet. La séparation des pouvoirs fait que ces élus (par définition de passage) sont souverains et n’ont de compte patrimonial à rendre à aucune autre institution.

Des précédents inquiétants : sous prétexte de « modernisation », en 2019, les autorités de l’Assemblée nationale ont annihilé la fontaine des Abénaquis, devant le parlement, et gâché des perspectives anciennes en construisant deux édicules policiers noirs en forme de Tim Hortons hideux.

Le risque, maintenant, est grand : défigurer le lieu central de notre démocratie en lui imposant une chirurgie plastique aussi déformante qu’inutile.


«Vous avez des informations pour notre chroniqueur? Écrivez à antoine.robitaille@quebecormedia.com »

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