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Fusillades: l’escalade de la violence détaillée en cour

Une fusillade a éclaté en plein jour mardi au beau milieu d'un quartier résidentiel de Laval.
Photo Agence QMI, Maxime Deland Une fusillade a éclaté en plein jour mardi au beau milieu d'un quartier résidentiel de Laval.

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Les tribunaux doivent envoyer un message fort en décernant des peines sévères pour dénoncer les fusillades entre gangs de rue, insiste un procureur, sans quoi l’escalade de violence par armes à feu dans la région de Montréal continuera de terroriser des citoyens innocents.

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«Ça ne va pas en s’améliorant. Juste cette semaine, ce qui s’est passé est un autre fâcheux exemple [...] Meurtre à Saint-Michel [mercredi], fusillade à Laval au début de la semaine en présence de jeunes enfants...», a illustré hier le procureur de la couronne Éric Poudrier au palais de justice de Montréal. 

En vue de l’été qui approche, ce dernier n’a pas mâché ses mots devant la juge Marie-Josée Di Lallo, en espérant qu’elle profite du dossier de Michaino Bruno.

Michaino Bruno, 26 ans a déchargé une arme à feu contre un dépanneur en septembre 2020, blessant un citoyen.
Photo courtoisie de la cour
Michaino Bruno, 26 ans a déchargé une arme à feu contre un dépanneur en septembre 2020, blessant un citoyen.

L'homme de 26 ans a été reconnu coupable en décembre dernier d’avoir blessé un innocent en déchargeant une arme à feu vers un dépanneur de Montréal-Nord, à un moment achalandé en septembre 2020. 

Il serait membre d’un gang de Rivière-des-Prairies, qui nourrit des conflits avec d’autres clans, dont ceux de Montréal-Nord. 

Réplique et escalade

Dans le cadre des plaidoiries sur sa peine, une experte en sphère d’activité criminelle reliée aux gangs de rue est venue témoigner de l’escalade de violence par armes à feu qui assaille la grande métropole depuis 2019. 

«Il y en a plus d’évènements de violence et ils sont beaucoup plus spontanés. Quand il arrive un événement dans un quartier, presque immédiatement, il va y avoir une réplique dans l’autre quartier», a expliqué Caroline Raza, sergente-détective pour le Service de police de la ville de Montréal.

C’est ce qui s’était notamment produit en novembre 2020: quelques heures après une première fusillade à Montréal-Nord, trois fusillades ont éclaté à Rivières-des-Prairies dans des lieux significatifs (lieu de tournage de vidéo de rap, demeure d’un membre, etc.) pour le clan opposé. 

Ce qu’elle note également, c’est que les membres - de plus en plus jeunes - n’ont plus besoin d’être en conflit direct pour s’en prendre à un adversaire qu’il croise dans la rue et n'importe qui peut devenir une cible. Autrefois, les règlements de compte étaient plus personnels.
«Il y a une certaine pression pour agir lorsque l’opportunité se présente. [...] Si un membre [croise un adversaire], ne fait rien et que son groupe l’apprend, il peut y avoir une perte de confiance. Ils se sentent obligés de faire quelque chose pour l’appartenance au groupe», a-t-elle détaillé.

  • Écoutez la chronique de Nicole Gibeault, juge à la retraite, au micro de Geneviève Pettersen sur QUB radio:

Une fusillade aux trois jours

Pas moins de 116 évènements impliquant des coups de feu ont eu lieu en 2020 et 411 douilles avaient alors été retrouvées, selon un rapport du commissaire des armes à feu déposé en preuve. 

«Ça, c’est une fusillade aux trois jours», a souligné Me Poudrier. 

En 2021, le nombre de fusillades a grimpé jusqu’à 152 tandis que 734 douilles ont été trouvées. Et en 2022, «on est loin d’être sorti de cette situation», a poursuivi le procureur en réclamant une peine «sévère» de 9 ans d’emprisonnement. 

«Nous sommes face à un cas qui clairement mérite une sentence je ne dirais pas exemplaire, mais qui reflète ce qui se passe, a-t-il plaidé à la juge. Vous devez vous adapter aux changements de la société.»

L’avocate de la défense, Me Noemi Tellier, a pour sa part fait valoir que la peine doit être adaptée à l'accusé et que la preuve ne démontre pas l’affiliation de son client avec des gangs de rues. Elle a estimé que la peine globale ne devrait pas dépasser 7 ans au total. 

Michaino Bruno possède de nombreux antécédents judiciaires notamment en matière de possession de substances, de vol qualifié, de port d’arme dissimulée et voies de faits graves.

Il est aussi accusé de s’en être pris à l’ancien enquêteur du SPVM Pietro Poletti dans une invasion à son domicile de LaSalle où il aurait commis des voies de fait, de la séquestration, des menaces et des méfaits.  


Michaino Bruno doit recevoir sa sentence le 17 juin.

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