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Plaidoyer pour une santé publique forte et indépendante

Plusieurs scientifiques appellent le gouvernement à tirer des leçons des deux années de pandémie

Le Dr Alain Poirier, ancien directeur national de santé publique
Photo d'archives, AGENCE QMI Le Dr Alain Poirier, ancien directeur national de santé publique

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La communauté scientifique somme le gouvernement de ne pas tourner la page trop vite sur les leçons des deux dernières années et de continuer à écouter la science pour les prochaines vagues et les pandémies à venir.

Une de ces leçons pour le Dr Alain Poirier, ancien directeur national de santé publique, c’est la distinction claire à garder entre le politique et la santé publique. «C’était tellement gros au départ que ça a été vite contrôlé par le politique, par le premier ministre lui-même», observe le médecin.

«C’est toute la question de comment doit être gérée une urgence sanitaire. On a vu que cette fois-ci, ça a été très politique et puis les gens ont fini par ne même plus démêler les fonctions du Dr Arruda, du ministre de la Santé et du premier ministre.»

Une fois ce constat établi, il faudra aussi s’attaquer rapidement à différentes structures du réseau qui ont failli, estiment les scientifiques présents vendredi à un colloque sur la gestion de la COVID-19 au congrès de l’ACFAS.

«Si on pense pour l’avenir, on ne peut pas le faire sans adresser la question de ces problèmes majeurs là, parce que toutes les choses qu’on va mettre sur papier dans un beau plan, on va frapper un mur si on n’a pas la capacité de les mettre en place», insiste la Dre Cécile Tremblay, microbiologiste-infectiologue au Centre de recherche du CHUM.

Surveillance permanente

Cette dernière propose la création d’une structure permanente de vigie pandémique qui serait indépendante du politique et à l’abri des coupures qu’a vécues la santé publique dans les dernières années.

«On en avait écrit, des plans, pour le post-Ebola, pour le post-H1N1, mais ça reste sur une belle tablette parce que personne n’a la responsabilité de faire le suivi des recommandations», explique la spécialiste.

À titre d’exemple, la Dre Judith Fafard du Laboratoire de santé publique du Québec a rappelé que la province avait fait des réserves de réactifs pour les tests après les dernières épidémies de grippe, mais que celles-ci n’avaient pas été renouvelées «au fil des coupures budgétaires».

«Il va falloir éviter de resserrer trop vite et retourner à l’état prépandémie», estime la Dre Annie-Claude Labbé, de l’Université de Montréal. «Il faut se garder de la souplesse et ne pas mettre dehors des expertises dont on n’a peut-être pas besoin au quotidien.»

Fabrication locale

La question de la fabrication locale d’équipements clés est aussi identifiée par les scientifiques dans les priorités pour mieux réagir à des menaces futures.

Le Dr Richard Massé, qui était le bras droit d’Horacio Arruda dans les premières vagues de la crise, admet que ce manque de capacité aura été «une nuisance significative».

«Il n’y a pas de réserve d’équipements, il n’y a pas de réserve sanitaire ni de réserve dans les laboratoires», affirme le médecin qui indique que le sujet était remis à l’agenda, mais qu’on devait maintenant talonner le gouvernement «pour s’assurer que ce sera fait».

«Il va falloir accepter que dans certains secteurs névralgiques, on va payer plus cher pour avoir sous la main ce dont on a besoin pour répondre à une pandémie», ajoute Cécile Tremblay qui en appelle à la fin des «économies de bout de chandelle» en santé.

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Se parer à la prochaine vague

Et pour la suite, sachant qu’une septième vague est «quasi assurée» à l’automne, le gouvernement devra rester sur ses gardes même si la population, elle, a plus la tête aux joies de l’été.

«Les meilleurs indicateurs sur les variants proviennent de l’Europe, entre autres. Ce sont des indicateurs qu’on ne peut négliger», estime le virologue Benoit Barbeau.

«On n’aura pas affaire à un virus moins transmissible. Quand ça va arriver, ça va arriver d’aplomb comme une vague Omicron. Ça va prendre une stratégie de dépistage et de tests qui corresponde à ça», insiste Cécile Tremblay, martelant que la pandémie n’est pas terminée.

«Il meurt encore 30 personnes par jour. Il faudrait encore mettre un nom sur chacun de ces gens-là parce qu’à la première vague, il en mourait 30 par jour et on était en émoi, mais là, plus du tout.»

Quelques clés dans la lutte aux prochaines vagues et pandémies   

  • Indépendance claire de la santé publique versus le politique  
  • Mise sur pied d’une structure permanente de vigie pandémique  
  • Investissement dans la fabrication locale d’articles médicaux essentiels  
  • S’assurer de maintenir les investissements en santé publique  
  • Évolution du réseau d’analyse des données informatisées  
  • Maintien des tests pour les populations à risque    

Source: Colloque «Science, dépistage et pandémie: Le choc des idées», ACFAS

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