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Que sommes-nous devenus?

drapeau en berne
Photo Simon Clark Fini la nostalgie

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Il n’y a pas que les nostalgiques de la génération lyrique, comme l’a si bellement nommée François Ricard, un des intellectuels les plus remarquables du Québec issu de la Révolution tranquille, qui sont plongés dans la confusion aujourd’hui.

Le Québec actuel semble englué dans des chausse-trappes. Je notais hier dans ma chronique cette espèce d’affaissement de notre tonus collectif.

Bien sûr, la pandémie obstrue notre vision. Nos déchirements actuels et notre apparente incapacité à saisir l’ampleur de nos échecs collectifs et de nos errances, que ce soit sur le plan moral, éthique, politique ou social, déstabilisent les uns et découragent les autres en créant une atmosphère toxique pour quiconque cherche à s’éloigner de la nouvelle « grande noirceur ».

Les mots qui ont cimenté les décennies pendant lesquelles nous avons rêvé d’un Québec ouvert, affirmé, tolérant, audacieux grâce aux chantres politiques qui incarnaient l’espoir, des mots comme fierté, dépassement, respect des bâtisseurs, admiration de nos maîtres à penser, ont perdu leur connotation affective.

Résignation

Un glissement vers la résignation s’observe à travers l’évolution des sondages. La popularité indéniable de la CAQ, cette création politique dirigée par un souverainiste tente avec plus ou moins de bonheur d’oublier et de faire oublier la vieille humiliation historique des Canadiens français d’avant 1960. 

Devant l’affaissement politique des péquistes, François Legault, l’incarnation du pragmatisme, marche sur la corde raide préférant être au pouvoir à Québec que condamné comme le PQ à vivre jusqu’à sa disparition dans l’opposition.

Le premier ministre connaît donc les limites que les Québécois se sont imposées en votant NON à la souveraineté. 

Le gouvernement caquiste oscille alors entre des pouvoirs négociés à la carte, les yeux fixés sur les jugements de la Cour suprême en matière constitutionnelle plutôt que de subir des refus cinglants et systématiques du gouvernement centralisateur de Justin Trudeau, le postnational.

Une majorité de francophones appuie la souplesse de François Legault que d’autres en revanche, parmi les militants irréductibles, qualifient plutôt de manque de courage.

Frontière

Au Québec, le choc des générations n’a jamais été aussi violent qu’aujourd’hui. Le fossé entre les plus âgés qui se sont nourris du patriotisme dans leur enfance, de la libération nationale et de la souveraineté dans leur jeunesse et les nouvelles générations biberonnées à l’individualisme et harponnées au relativisme où tout est égal à tout et paradoxalement où l’enfant est roi, ces deux mondes ne parlent plus la même langue.

Les murs sont tombés, certes, mais une frontière autrement plus fluide sépare maintenant les vieux des jeunes. La lenteur des premiers est devenue un boulet pour les extrémistes impatients que sont les seconds.

Bientôt l’on risque même d’assister à des changements de noms. Le terme « Canadien français » va redevenir peut-être à la mode et le mot « Québécois » sera réservé à un habitant de la ville de Québec.

La langue française que nous avons appris à écrire, à lire et à parler dans l’euphorie et l’émotion, cette langue maternelle dans le sens le plus charnel du terme, est dédaignée par les adorateurs du veau d’or de notre époque.

Ce n’est plus l’éducation, le savoir et la culture qui nous permettent de savoir qui nous sommes. C’est le miroir. Celui qui nous renvoie notre image à travers les réseaux de toutes les apparences, une image trouble, déformée, insignifiante, étrangère à nous-mêmes, mais parfois si lucide.

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