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La culture du ressenti

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« Tes sentiments ne sont pas une excuse valable. Les émotions peuvent expliquer pourquoi certaines personnes surréagissent, mais ça n’est pas une justification ». 

C’est Margaret Atwood, l’auteure de La servante écarlate, qui a dit ça. Ça prend du culot pour dire des choses pareilles, en cette époque où il faut toujours tenir compte des sentiments et du « ressenti » de tout un chacun.

  • Écoutez l'édito de Sophie Durocher diffusé chaque jour en direct 7 h 50 via QUB radio :

À BAS LES DOGMES !

Margaret Atwood a fait cette déclaration lors d’un discours brillant quand elle a reçu le Hitchens Prize, du nom de Christopher Hitchens, un écrivain et journaliste britannique, auteur entre autres de God is not Great, décédé en 2011.

Ce prix est remis à un auteur « attaché à la liberté d’expression » et qui « est prêt à chercher la vérité sans craindre les conséquences personnelles ou professionnelles. »

Atwood raconte qu’à l’époque où elle a connu Hitchens, « avoir des sentiments n’était pas à la mode. Et si nous avions des sentiments, ce n’était pas considéré comme des arguments pertinents. »

Ça fait du bien de lire ça ! En effet, s’écrier : « Je suis offensé, je suis blessé », ce n’est pas un argument suffisant quand on débat entre adultes. J’ai particulièrement aimé quand Atwood a déclaré : « Vous ne pouvez pas exister très longtemps comme auteur sans apprendre que ce que vous écrivez va déranger quelqu’un, quelque part, à un moment donné. [...] La signification la plus importante de la liberté d’expression ce n’est pas que vous pouvez dire n’importe quoi sans conséquence, mais que vous ne soyez pas puni pour l’expression d’opinions politiques qui ne coïncident pas avec celles d’autrui. »

Dans son discours, Atwood fait aussi cette affirmation percutante : « Il faut faire la distinction entre des croyances et des vérités. Une croyance ne peut pas être vérifiée ou prouvée. Alors qu’une affirmation présentée comme une vérité peut être discutée, analysée, décortiquée. » 

« Au cours des dernières années, les gens ont confondu les croyances et les vérités. Et de cette confusion sont nés des idéologies et des dogmes — la caractéristique d’un dogme étant qu’il est proposé comme une vérité absolue qui ne peut être contestée, et que si vous la contestez, vous allez être brûlé comme un hérétique. »

Je pensais à cette citation quand je lisais le reportage d’Émilie Dubreuil, de Radio-Canada, sur Martin Drapeau, un prof de psychologie de McGill qui a été « ostracisé » parce qu’il a critiqué la discrimination positive. 

Il s’était opposé au fait qu’on demande aux candidats à l’université s’ils adhèrent aux idées dites de « justice sociale ». Il s’était opposé aussi à la proposition qu’on demande aux étudiants leur orientation sexuelle (pour favoriser ceux qui ne sont pas hétéros).

Parce qu’il a écrit des lettres d’opinion dans Le Devoir sous le titre Diversité ou discrimination ?, du jour au lendemain, il est devenu, aux yeux de certains collègues, « un colonialiste, un transphobe, un raciste, un misogyne ». 

« On a bousillé ma carrière sans raison. Ç’a été un cauchemar et ce n’est pas terminé » a-t-il confié à la journaliste.

BOU HOU HOU

Dans son texte, Atwood se demande ce que Hitchens, s’il était encore vivant, aurait dit de notre époque. Je suis sûre qu’il aurait écrit un livre ou un article cinglant sur les wokes... et qu’il se serait foutu complètement de savoir si ça leur faisait de la peine.

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