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Le raz-de-marée de faillites s’en vient

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Photo d'archives, Agence QMI Plusieurs institutions financières canadiennes, notamment la RBC, ont accru leurs effectifs dans les départements des prêts spéciaux et du recouvrement.

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Il ne faut pas se voiler la face, de nombreuses faillites se pointent à l’horizon. Avec la fin des aides gouvernementales, la hausse de taux d’intérêt et l’inflation incontrôlable, la situation est comparable à une bombe à retardement. 

Plusieurs institutions financières se préparent au pire. Le nombre d’entreprises qui n’arrivent plus à joindre les deux bouts pourrait exploser au cours des prochains mois. Selon mes informations, plusieurs banques ont augmenté leurs effectifs dans les départements des prêts spéciaux et du recouvrement. C’est notamment le cas à la RBC.

On s’attend à voir tomber plusieurs compagnies surendettées. Les généreux programmes d’aide gouvernementale pourraient leur exploser en plein visage. C’est le cas pour le Programme de crédit pour les secteurs très touchés (PCSTT) offert par Ottawa pendant la pandémie. 

  • Écoutez en balado l'émission « À vos affaires » de LCN diffusée chaque jour en direct 18 h 30 via QUB radio :  

Le mur

On compte 15 334 entreprises, des gyms et des restaurants notamment, qui ont touché cette aide. Durement frappées par les confinements, elles ont reçu entre 25 500 dollars et un million de dollars... et l’échéance arrive à grands pas. D’ici quelques semaines, la plupart vont devoir commencer à rembourser tout cet argent prêté à un taux d’intérêt de 4 %.

« Bien des entreprises n’y arriveront tout simplement pas. Elles vont frapper un mur », m’a expliqué un banquier d’affaires, qui ne souhaite pas être identifié, car son institution financière ne l’autorise pas à me parler.

« Des restaurants qui ont un chiffre d’affaires de 500 000 $ par année se sont endettés de 250 000 dollars, ce qui est insoutenable, s’inquiète-t-il. D’ici quelques semaines, ils vont devoir rembourser le capital, les intérêts et affronter l’inflation. Plusieurs vont tomber. »

3,4 milliards de dollars ont été prêtés via le PCSTT, à condition d’être remboursés sur un horizon de 10 ans. Avec l’inflation galopante, la pénurie de main-d’œuvre et la chute boursière actuelle, bonne chance aux entreprises pour trouver les fonds nécessaires !

Vague d’insolvabilité

À plusieurs reprises, depuis mars 2020, des analystes prévoient que l’économie frappera un mur d’insolvabilité. Mais ce scénario ne s’est pas encore avéré... du moins jusqu’à aujourd’hui.

Au cours des deux dernières années, on n’a jamais vu si peu d’entreprises forcées de faire faillite. Une des raisons principales est simple à comprendre : elles n’avaient pas à rembourser les prêts garantis par les gouvernements pour traverser la pandémie.

Mais le retour à la réalité pourrait s’avérer très difficile. 

« Pour vous donner une idée, un gym qui a emprunté 1 million $ pour traverser la crise devra maintenant rembourser jusqu’à 140 000 $ chaque année au cours des dix prochaines années. C’est tout un fardeau pour une petite PME » donne en exemple le banquier, inquiet.

Signes précurseurs

Déjà, vendredi dernier, Le Journal rapportait une hausse de 34 % des dossiers d’insolvabilité chez les entreprises canadiennes par rapport au premier trimestre de 2021. C’est la plus forte augmentation d’entreprises en difficulté depuis 1991.

Il sera difficile d’éviter une déferlante des faillites au cours des prochains mois. L’horizon s’assombrit pour les entreprises qui ont des bilans dopés aux mesures d’urgence.

En coulisses, la pression est forte pour que les gouvernements transforment une partie de leurs prêts d’urgence en subvention directe. 

« Le fédéral a prêté beaucoup d’argent à des entreprises qui en arrachaient déjà avant la pandémie. Quand viendra le moment de rembourser cette aide, d’ici quelques semaines, j’anticipe bien des fermetures et des pertes d’emplois », témoigne une autre source du milieu bancaire, qui supervise les comptes d’une centaine de PME québécoises.

  • Écoutez l'entrevue de Mario Dumont avec Pierre-Olivier Zappa sur QUB radio :

Sans oublier l’inflation...

Jean-Daniel Breton, président de l’Association canadienne des professionnels de l’insolvabilité et de la -réorganisation (ACPIR) abonde dans le même sens. 

« Le nombre d’entreprises qui déclarent faillite ou déposent une proposition augmente. La situation risque d’empirer en raison du stress causé par l’inflation, et à mesure que les failles commenceront à apparaître après le retrait de l’aide gouvernementale liée à la pandémie », met-il en garde.

Après le raz-de-marée des confinements, souvent plus stricts au Québec, nous serons en mesure d’évaluer pleinement les dégâts de la pandémie d’ici quelques semaines. 

Avec l’aide gouvernementale qui se transforme désormais en boulet financier, il faut s’attendre à un nouveau choc qui pourrait s’avérer brutal, et certaines entreprises commencent déjà à retenir leur souffle.

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