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Un examen de français absurde

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Un article nous révélait récemment que, lors de l’épreuve ministérielle de français de 5e secondaire, certaines classes pouvaient utiliser un dictionnaire numérique alors que d’autres n’avaient droit qu’au dictionnaire papier.

Citant une étude de son ministère disant que l’utilisation d’un tel outil n’entraînait pas de meilleurs résultats chez ceux qui l’utilisent, le ministre de l’Éducation disait ne pas voir de problème d’équité lors de la passation de l’examen. 

Sachant que le dictionnaire numérique Usito a été «développé par l’Université de Sherbrooke et financé notamment par le gouvernement», mon collègue Mathieu Bernière soulignait ce paradoxe savoureux:

«Dois-je comprendre que nous encourageons et finançons l'implantation de technologies qui n'ont aucun impact?»

Les trois valeurs fondamentales

Selon la Politique d’évaluation des apprentissages (PEA), il ne peut y avoir de justice en évaluation des apprentissages sans que l’égalité et l’équité ne soient respectées. 

Le respect de l’égalité implique que des exigences uniformes doivent être définies. Mais l’égalité, à elle seule, ne garantit pas la mise en œuvre de moyens assurant la réussite du plus grand nombre. De fait, lors de l’élaboration de la PEA en 2003, la valeur d’équité s’est ajoutée à celles de justice et d’égalité. 

Lors des évaluations, cette valeur nous oblige à mettre en application les principes de différenciation pédagogique. Grâce à l’équité, certains élèves peuvent bénéficier de mesures particulières qui doivent être inscrites dans leur plan d’intervention.

Quand le ministre Roberge dit ne pas s’inquiéter de l’accès inégal au dictionnaire numérique, car cette situation n’apporte pas un problème d’équité, il fait fausse route. Il s’agit d’une injustice due au non-respect de la valeur d’égalité.

Enfin un changement?

Dans toute cette histoire, il serait souhaitable de s’interroger sur la pertinence de l’examen. À ce propos, voici la réflexion de Mathieu Bernière, enseignant de français:

«Le bachotage est tel que bien des élèves qui sont mieux préparés à l'examen du ministère le sont en fait moins pour la vie: on élague la littérature, les échanges, le plaisir d'écrire, les projets enrichissants et motivants. Le français ne devient plus qu'un outil technique. Une “compétence” sans profondeur. Et c'est d'une tristesse absolue, particulièrement au Québec.

En ce sens, je remets sérieusement en question cette épreuve, mais plus particulièrement l'importance qu'on y accorde, dans le temps et dans la pondération. Par ailleurs, plusieurs correcteurs m'ont rapporté qu'il était pratiquement impossible d'y échouer. Mis à part le filtre orthographique, il faut vraiment être sous-préparé pour échouer dans les critères liés au contenu.

La langue française est ainsi réduite à sa grammaire, et ce dictionnaire numérique, quoi qu'on en dise, vient pallier un manque, celui de la rigueur. Je crois qu'on sous-estime grandement l'importance de l'étymologie, qui permet de mieux comprendre la logique de la formation des mots.

Cela dit, imposer aux jeunes de rédiger une lettre ouverte pertinente et intéressante en trois heures, ça reste d'une telle absurdité que très peu d'entre eux en conserveront le plaisir d'exprimer leur point de vue.»

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