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Le vieux pro contre la bête

Lemieux et Benavidez croisent le fer samedi

David Lemieux
Photo Julie Bertrand Samuel Décarie-Drolet, Camille Estephan, David Lemieux et Marc Ramsay au moment de faire leur entrée du mythique Central Gym à Phoenix.

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PHOENIX, ARIZONA | Pendant quelques secondes, j’ai eu l’impression d’un film de Sergio Leone. Quand les cowboys marchent lentement vers le lieu du duel. Manquait juste la musique languissante pour accompagner la chaleur d’Ennio Morricone. 

On était dans un des couloirs immenses de l’aéroport de Phoenix. Débarqués d’un long vol ennuyant de plus de cinq heures. 

Camille Estephan, Marc Ramsay, Samuel Décarie et David Lemieux tiraient leur petite valise en se rendant à la location de voitures. Passé minuit à Montréal. Neuf heures en Arizona.

David Lemieux carbure dans cette ambiance de commando. De mission. Il se rappelle l’atmosphère précédant ses combats à Las Vegas, surtout celui contre Spike O’Sullivan. Et de Verona quand il a assommé Curtis Stevens en trois rounds. Et du Madison Square Garden à New York rempli à capacité pour Gennady Golovkin. 

Phoenix, c’est la première fois. Et là, en attendant ses bagages, il se laissait déjà gagner par l’énergie de la ville, des gens, des fans et des professionnels : « En tous les cas, personne ne va dire que je suis un boxeur local. Je suis allé partout pour affronter les meilleurs », a-t-il murmuré.

BENAVIDEZ PÈRE

Le lendemain, hier, on est arrivés deux minutes avant le clan Lemieux. Émerveillés par l’incroyable muraille qui couvre tout le mur du Central Gym à Phoenix. Zora Foley, Jose Benavidez, les plus grands champions passés par l’Arizona se retrouvent sur le mur. Il raconte des légendes fabuleuses. 

J’étais convaincu d’impressionner Marc Ramsay. 

« Je connais très bien ce gym. J’y ai passé huit semaines pour préparer Jean Pascal avant son combat contre Carl Froch en Angleterre. Si mes souvenirs sont exacts, c’est le père de David Benavidez qui était le propriétaire ou le gérant du gym », a vite raconté Marc Ramsay.

Un vrai gym de boxe. Je dirais le plus impressionnant de tous ceux que j’ai vus en plus de 40 ans. Deux rings, des murs tapissés, une chaleur qui s’installe malgré la climatisation et cette présence mexicaine qui écrase tout le reste.

C’est là que David Benavidez a commencé à boxer, avec son père, quand il avait trois ans.

À 15 ans, l’ado pesait 250 livres. À 20 ans, il était champion du monde, à 23, il était suspendu pour usage de cocaïne, à 24, il redevenait champion, mais sautait le poids à la prochaine défense et à 25, se retrouve devant David Lemieux pour mettre la main sur sa ceinture intérimaire de la WBC.

David Benavidez accompagné de son épouse Karina et de son fils Anthony.
Photo Julie Bertrand
David Benavidez accompagné de son épouse Karina et de son fils Anthony.

« David Benavidez, c’est un talent brut, naturel, extraordinaire. Parfois, il se fie trop à son seul talent. Cette fois, il s’est préparé sérieusement », explique doucement Librado Andrade. C’est l’ancien adversaire de Lucian Bute. Il était à quelques secondes de le battre au douzième et dernier round. 

Que fait Andrade au Central Gym ? Al Haymon de PBC l’a envoyé de Vancouver pour qu’il garde un œil averti sur Benavidez et sur son entourage. C’est pas dit de même, mais c’est ça qui est ça.

LE VIEUX PRO CONTRE LA BÊTE

David Lemieux a 33 ans. C’est un vieux pro même s’il est encore jeune. Il voit la boxe comme une formidable passion, mais aussi comme un précieux gagne-pain. C’est en boxant qu’il a payé ses maisons : « Et c’est en boxant que je mets la nourriture sur la table pour mes enfants. Surtout que là, j’en ai un beau petit troisième », dit-il.

C’est touchant de voir cet impitoyable guerrier s’attendrir quand il montre des photos de Xander à deux semaines endormi sur la poitrine de son père. Xander, c’était pour être certain que les jeunes dans les cours d’école ne raccourciraient pas son prénom : « On aimait Alexander, mais ç’aurait fini en Alex... », dit-il en souriant.

Lemieux a fait une entrée discrète dans le gym et s’est mis sérieusement au travail. En vieux pro qu’il est.

Puis, après son départ, David Benavidez et sa bande sont arrivés. Les verres fumés, le grand sourire, la ceinture verte de la WBC sur l’épaule de son entraîneur. Total show off. Faut dire qu’ils sont chez eux et que Benavidez a grandi dans ce gymnase.

– C’est vrai que c’est ton père qui le dirigeait ?

– Bien sûr... j’étais toujours ici quand j’étais enfant...

Et ça n’a pas changé avec les générations. Karina, sa femme et Anthony, son fils de deux ans, accompagnent le mari et le père. Comme dans le temps.

Et ça m’a rappelé un autre fabuleux voyou surdoué. Quand Billy Joe Saunders était venu affronter David Lemieux à Laval, son fils l’accompagnait. Il avait même décoché un coup de pied sur la jambe de Michel Hamelin. Le commissaire Maigret de la boxe québécoise n’avait pas souri. Faut dire qu’il souriait rarement. Et que ça roulait rondement. 

D’ailleurs, la Régie n’a pas encore approuvé les formidables combats du gala du 23 juin au Casino. Faudrait rappeler que ça presse même en Arizona.

Puis, Benavidez est monté dans le ring. Y est grand, y est gros. Il est talentueux et il a une dégaine de voyou. 

Il est largement favori par les preneurs aux livres. 

Mettons qu’il faisait 40 degrés hier dans le désert et que ça risque d’être encore plus chaud dans le ring samedi soir.

DANS LE CALEPIN- Mes amis les grands connaisseurs d’Elvis Presley vont me pardonner. Samedi après-midi, je vais rater l’Expo Elvis à la salle St-Gilbert au 5415, Jean Talon est. Maudite boxe. Et je préviens mon ami le doc Sylvain Simard que je risque de rater mon voyage de pêche avec sa joyeuse bande au Saguenay le 23 juin. Encore là, maudite boxe. Et le 19, à cause de Beterbiev, je ne pourrai être au Grand Prix de François Dumontier. Et le 13 août, faut être à Cali en Colombie pour le combat d’Oscar Rivas. Maudite boxe, même pas le temps de vieillir...

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