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Mon après-midi comme policière

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La police de Montréal a convié les médias à essayer son nouveau simulateur et à vivre une intervention à risque. Voici le récit de l’expérience de notre journaliste. 


En quelques heures, je me suis fait mordre par un chien, j’ai contribué à sauver un homme suicidaire et j’ai vu un poupon mourir devant mes yeux.  

Bien sûr, ces drames ne me sont pas arrivés réellement. Mais à travers les écrans d’un simulateur que vient d’acquérir le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), j’y croyais presque. 

Photo Martin Alarie

Photo Martin Alarie

La chair de poule aux bras, j’ai quasiment eu envie de plonger dans une rivière pour sauver d’une noyade certaine un nouveau-né jeté à l’eau par un père en crise. 

Mais au final, ce n’était qu’une scène jouée par des acteurs et projetée sur de gigantesques écrans. Cinq écrans, pour être précise, procurant ainsi un effet de 300 degrés. 

Photo Martin Alarie

Comme les livres pour enfants

Ce système de simulation sophistiqué, c’est le VirTra V-300. Le SPVM est le premier corps de police municipal au Canada à en posséder un. 

Photo Martin Alarie

Le principe est similaire aux livres qu’on lisait enfant, où l’on pouvait décider soi-même de la suite de l’histoire. Cette version pour adulte donne toutefois l’opportunité d’utiliser trois précieux outils pour nous glisser dans la peau d’un policier : une arme à feu, du poivre de Cayenne et la parole. 

Pour effectuer les simulations, le SPVM nous a équipés d’un Glock 19, soit l’arme de service des policiers, qui était non fonctionnel et adapté de lasers reconnus par l’écran.
Photo Martin Alarie
Pour effectuer les simulations, le SPVM nous a équipés d’un Glock 19, soit l’arme de service des policiers, qui était non fonctionnel et adapté de lasers reconnus par l’écran.

L’instructeur Pierre-Yves Lecompte dirigeait l’histoire sur son ordinateur en fonction des réactions des journalistes conviés à se mettre dans la peau d’un policier, jeudi dernier.

Photo Martin Alarie

Mes cinq confrères et moi avons tous agi différemment. Mon approche était plutôt good cop, alors que je tentais de raisonner l’individu en crise et que je n’ai jamais tiré. 

Ça m’a toutefois valu une vilaine morsure de chien, qui m’a sauté dessus bien plus vite que ce que j’aurais cru. Des contacts policiers me répètent depuis des années que le temps de réflexion est minime lors d’une intervention à haut risque. Je n’y ai jamais autant cru que cette semaine. 

Le journaliste Pascal Robidas, de Radio-Canada, était mon partenaire pour les simulations. Voyant qu’il avait la gâchette facile, je me suis amusée à lui tirer la pipe en lui disant que s’il était agent, il serait certainement la « vedette » de quelques vidéos sur les réseaux sociaux.

Notre journaliste Frédérique Giguère et son partenaire pour l’exercice, Pascal Robidas, journaliste à Radio-Canada, tentent de ramener à l’ordre un père en crise qui menace de lancer son poupon dans une rivière en bas d’un pont.
Photo Martin Alarie
Notre journaliste Frédérique Giguère et son partenaire pour l’exercice, Pascal Robidas, journaliste à Radio-Canada, tentent de ramener à l’ordre un père en crise qui menace de lancer son poupon dans une rivière en bas d’un pont.

À l’ère des vidéos 

Ce dernier point est d’ailleurs l’une des motivations derrière l’acquisition d’un tel système. 

La diffusion sur les réseaux sociaux d’interventions policières filmées par des citoyens est un phénomène avec lequel les autorités doivent désormais composer. 

Si les vidéos sont parfois prises hors contexte et ne montrent qu’une partie de la démarche, d’autres sont clairement le reflet d’une bavure policière. 

Les rapports du coroner sur les décès d’Alain Magloire et de Pierre Coriolan ont également motivé la décision de se munir d’un tel système, alors qu’on soulevait un manque de formation pour les cas de personnes en crise. 

« L’expérience que les policiers vont venir chercher ici, ça pourrait leur prendre cinq ans sur le terrain avant de l’acquérir. Ici, je vous la fais vivre en quelques minutes », explique l’instructeur Lecompte. 

L’agent Pierre-Yves Lecompte est actuellement le seul instructeur formé pour utiliser le système au sein du SPVM.
Photo Martin Alarie
L’agent Pierre-Yves Lecompte est actuellement le seul instructeur formé pour utiliser le système au sein du SPVM.

Au terme de cette journée, une chose demeure certaine pour moi : la police, ce n’est pas pour tout le monde, encore moins pour une maman dont le cœur se contracte en voyant un faux père échapper son faux bébé en bas d’un faux pont.  

Une façon d’aider les agents traumatisés  

Le nouveau simulateur du SPVM permettra bientôt de créer des scénarios immersifs sur mesure, ce qui pourrait grandement aider la réintégration de policiers en choc post-traumatique.

Suicides, meurtres, féminicides, infanticides, détresse humaine, consommation excessive, détresse psychologique, collisions mortelles, agressions sexuelles : la nature des interventions policières est bien souvent chargée en émotions. 

Dans certains cas, des agents vivent des traumatismes et doivent se placer en arrêt de travail pendant quelques jours, quelques mois, voire des années. 

« On voit des choses que la majorité des gens ne voient pas dans leur vie, lance le commandant Salvatore Serrao, chef de la section emploi de la force. Ça peut devenir un bel outil pour aider nos policiers à retourner sur la route. L’effet réaliste ici est sérieux, ce n’est pas un jeu, quand je l’ai essayé, j’ai senti mon rythme cardiaque augmenter pour vrai. »

Salvatore Serrao, chef de la section emploi de la force du SPVM.
Photo Martin Alarie
Salvatore Serrao, chef de la section emploi de la force du SPVM.

« Vraie scène montréalaise »

Si les scénarios actuellement disponibles ont été tournés aux États-Unis, donc en anglais, et en fonction des réalités de nos voisins du Sud, les capacités de ce système permettront au SPVM d’aller nettement plus loin dans les prochaines semaines. 

« On va pouvoir prendre un panoramique d’une vraie scène montréalaise et créer des scénarios sur mesure en fonction des besoins qu’on a ici, explique le commandant Serrao. On pourra même reproduire assez fidèlement un événement traumatique et offrir l’opportunité à nos policiers de le refaire afin de les désensibiliser. »

À plusieurs reprises pendant la simulation, l’instructeur Pierre-Yves Lecompte a été questionné par les journalistes à savoir quelle intervention était la bonne. 

Photo Martin Alarie

« Il n’y a pas de bonne réponse », a-t-il répété. 

« On travaille avec l’humain, alors il y a toujours des zones grises, et les perceptions du danger sont différentes d’une personne à l’autre, a ajouté l’agent Lecompte. C’est pourquoi des gens seront plus rapides que d’autres à dégainer. C’est pourquoi certains vont réussir à calmer des gens juste en leur parlant. Et c’est pourquoi certains policiers seront plus marqués que d’autres. »

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