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Bruno Marchand, le joueur d’échecs aux espadrilles colorées

Le maire de Québec célèbre ses 50 ans aujourd’hui

Quebec
Photo d'archives, Stevens LeBlanc Bruno Marchand est devenu maire de Québec il y a un peu plus de six mois en battant sa principale rivale sur le fil d’arrivée.

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Les Québécois ont découvert Bruno Marchand il y a six mois. Le 7 novembre 2021, lors d’une soirée électorale au scénario improbable, cet adepte de course a rattrapé sa principale rivale au fil d’arrivée pour accéder à la mairie de Québec. Le Journal a parlé à plusieurs amis et adversaires du nouveau maire, qui fêtera ses 50 ans aujourd’hui, pour savoir qui se cache derrière ce grand sportif et champion d’échecs aux espadrilles colorées.

Un champion d’échecs 

«Bruno a toujours trois coups d’avance», lance Isabelle Genest en riant. Mme Genest, qui a côtoyé Bruno Marchand durant plusieurs années et qui lui a succédé à la tête de Centraide, ne tarit pas d’éloges au sujet de celui qu’elle qualifie de «mentor».

Bruno Marchand à l’âge de 1 ou 2 ans
Photo courtoisie
Bruno Marchand à l’âge de 1 ou 2 ans

Son analogie empruntée au monde des échecs – un jeu auquel le nouveau maire excelle – est souvent revenue dans les discussions avec les proches de Bruno Marchand. Tous ont loué son côté stratège, son intelligence et sa capacité d’anticipation. Transposées en politique, ces qualités permettent de prévenir les coups des adversaires et de savoir porter les attaques au bon moment. 

«C’est un gars brillant et stratégique qui est capable de voir deux, trois coups en avant. C’était une force pour le gestionnaire, mais ça le sera aussi sûrement chez le politicien qui doit faire le lien entre des situations complexes», explique Benjamin Bussière, vice-président aux opérations à Centraide. Ce dernier dit avoir formé «un couple professionnel» avec Bruno Marchand au cours des neuf dernières années, à l’Association québécoise de prévention du suicide (AQPS) puis à Centraide.

Le principal intéressé, qui a participé dans sa jeunesse à des tournois d’échecs à travers le Québec, affirme ceci: «Je ne sais pas si j’ai trois coups d’avance, mais je travaille à ça. Les gens attendent d’un leader qu’il puisse lire l’environnement et voir venir les coups.»

Prendre soin 

En raison de sa formation en travail social et de ses expériences professionnelles, Bruno Marchand est centré sur le «care», un concept qui est très présent dans la sphère anglo-saxonne et que l’on pourrait traduire par «prendre soin» ou par «sollicitude».

Victor Thibaudeau, qui a enseigné la philosophie à l’étudiant Marchand il y a une vingtaine d’années, garde un souvenir marquant de ce jeune homme avec lequel il est toujours resté en contact. En 2014, celui qui fut également doyen de la Faculté de philosophie a déposé la candidature de Bruno Marchand au prestigieux prix des «grands diplômés» de l’Université Laval.

«Son travail a contribué à sauver des centaines de vies, et à épargner du même coup autant de familles et d’amis d’un drame dont personne ne se remet», a écrit le professeur pour motiver sa requête en faisant référence au travail de M. Marchand à l’AQPS.

Aujourd’hui encore, M. Thibaudeau demeure extrêmement élogieux au sujet de Bruno Marchand, un «bon gars, positif, dynamique et qui prenait soin des gens». «Dans l’association étudiante, il n’était pas dans les games de pouvoir», se remémore-t-il.

Bruno Marchand à l’âge de 5 ou 6 ans
Photo courtoisie
Bruno Marchand à l’âge de 5 ou 6 ans

Les bémols des opposants

Si les amis du maire dressent de lui un portrait flatteur, ses opposants à l’hôtel de ville sont évidemment plus nuancés. Claude Villeneuve soutient que Bruno Marchand «a joué un jeu très dangereux avec le tramway» en soutenant, en compagne électorale, que le projet ne se ferait pas à n’importe quel prix. Le chef de Québec d’abord a également regretté «le manque de vision» du maire et a qualifié son programme de «léger et périphérique». Selon lui, «le vrai Bruno est moins gentil que ce qu’il essaie de nous montrer», relativise-t-il.

Pour Jackie Smith, cheffe de Transition Québec, «la moitié de ceux qui ont voté en novembre pour Bruno Marchand pensaient qu’il était pro-tramway. L’autre 50% pensait qu’il était contre. C’est clair que l’ambiguïté est une stratégie pour confondre la population». Qualifiant le maire de «beau parleur», elle estime «qu’il dit [des] choses qui sont juste assez floues [pour] que tout le monde y trouve ce qu’il cherche». La conseillère de Limoilou juge également que le désir de collaboration affiché par le maire, «c’est un peu une façon d’éteindre l’opposition».

«La collaboration» à toutes les sauces 

Dans les semaines qui ont suivi son arrivée en poste, Bruno Marchand a tellement répété le mot «collaboration» que les journalistes se sont amusés à compter combien de fois le terme était utilisé en point de presse. Cette volonté affichée ne surprend pas ses anciens employés, qui le décrivent comme «un gars d’équipe» et «un coach» capable de s’effacer pour laisser toute la place à ses adjoints.

«Bruno, c’est quelqu’un qui a beaucoup d’énergie. Il était capable d’avoir une vision à 360 degrés de l’organisation et de s’impliquer dans différentes sphères, et de développer une connaissance fine de l’organisation. En même temps, il faisait confiance à ses équipes et savait nous accompagner», décrit Nancy Charland, vice-présidente au développement social chez Centraide.

Son proche ami Frédéric Desrosiers, qui le côtoie depuis leurs années d’université et qui fait encore régulièrement du sport avec lui, le qualifie d’être «humble», «nuancé» et «réfléchi».

«Il veut que la solution émane de consultations élargies et non pas d’une seule tête dirigeante. Il veut dégager un large consensus. Il n’a rien de narcissique. Il a toujours eu des scrupules à être à l’avant-plan», relate-t-il.

La charge de travail 

Avant d’accéder à la tête de la Ville, Bruno Marchand se doutait bien que son travail serait extrêmement exigeant. Mais la réalité a été encore plus dure. «Il y a ce que tu peux planifier, mais il y a beaucoup de choses que tu ne peux pas planifier, parce que ça arrive sur l’agenda de façon imprévue. Dans une ville, la quantité de choses [à gérer] est phénoménale, décrit-il. En six mois, il y a eu presque une crise par mois.»

Cela dit, à l’aube de son 50e anniversaire, le maire ne veut pas donner l’impression de se plaindre. Il assure continuer à prendre le temps de faire du sport (de la course et du vélo, surtout) et il fait tout ce qu’il peut pour avoir une vie de famille aussi normale que possible. «Je suis énormément privilégié, contrairement à beaucoup de gens, dit-il. On n’était pas riches, mais ma famille m’offrait trois repas par jour. Mes parents m’aimaient. J’ai des amis précieux et fidèles. J’ai des enfants en santé et je suis en santé.»

Les fameuses espadrilles colorées 

Les souliers colorés du maire font beaucoup parler. Un compte parodique a même été créé sur Twitter pour leur rendre hommage, dans la foulée de l’élection municipale.

S’agit-il d’une opération marketing bien rodée? D’anciens employés de Centraide rient de bon cœur à cette question et rappellent volontiers que leur ancien PDG arrivait souvent au bureau avec ce même genre d’espadrilles très voyantes aux pieds. Ils jurent par ailleurs que le maire possède aussi des chaussures de bureau «normales».

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