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Peine de Bissonnette: la communauté musulmane déçue et inquiète pour les orphelins

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Des orphelins de la mosquée de Sainte-Foy croiseront peut-être le tueur de leur père dans les rues de Québec dans 20 ans, déplore la communauté musulmane, déçue de la décision de la Cour suprême, mais néanmoins prête à tourner la page.

• À lire aussi: Tuerie de la mosquée: Bissonnette pourra demander une libération conditionnelle après 25 ans

Le Centre culturel islamique de Québec (CCIQ) a «pris acte» vendredi de la décision du plus haut tribunal d’invalider le cumul des peines et de confirmer l’admissibilité d’Alexandre Bissonnette à une libération conditionnelle après 25 ans d’emprisonnement, soit dans 20 ans.

«À notre avis, cette décision ne prend pas en considération à leur juste valeur l’atrocité et le fléau des meurtres multiples qui se multiplient en Amérique du Nord ainsi que l’aspect haineux, islamophobe et raciste du crime», a réagi Mohamed Labidi, président de l’organisme, depuis la mosquée du chemin Sainte-Foy où six fidèles ont été froidement abattus en janvier 2017.

«Bien que nous accueillions avec déception cette décision de la plus haute instance judiciaire du pays, celle-ci nous permet de clore ce chapitre judiciaire et nous souhaitons désormais nous concentrer sur l’avenir», a-t-il continué.

Photo Didier Debusschère

17 orphelins

L’assaillant de la mosquée a fait 17 orphelins, dont certains étaient bébés et seront âgés dans la trentaine quand le sort de Bissonnette reviendra à l’avant-plan. Des familles endeuillées sont hantées à l’idée que leurs enfants devront possiblement, un jour qui n’est pas si lointain, vivre dans une société où le meurtrier de leur père est libre.

«C’est ça la plus grande crainte des familles des victimes. Peut-être que la libération conditionnelle va retarder un peu cette sortie et qu’elle va tenir compte de ce fait-là, mais c’est ça notre véritable crainte, ce sont les orphelins qui vont devenir des hommes et des femmes et qui vont [a]voir le tueur de leur père devant les yeux, libre», a avoué M. Labidi, promettant d’être aux côtés de ces enfants le moment venu.

Le récent massacre dans une école du Texas perpétré par un jeune homme blanc a d’ailleurs ébranlé le président du CCIQ, qui y voit une autre preuve que les tueurs de masse ne doivent pas être traités de la même manière que les autres meurtriers.

«Il faut que les lois assurent cette dignité de vivre tranquille dans une vie paisible, sans penser qu’un jour peut-être en sortant, en se trouvant dans un centre d’achats, peut-être qu’on sera massacré par quelqu’un et, après, on va le retrouver 25 ans plus tard devant notre face», a-t-il lâché.

Photo Didier Debusschère

Tourner la page

Contacté par Le Journal, Aymen Derbali, un père lourdement handicapé après avoir miraculeusement survécu à sept balles qui l’ont atteint lors de l’attentat, confie qu’il «respecte» la décision du tribunal même s’il a ressenti «une grande déception» quand elle est tombée.

«Moi, ce qui m’inquiète comme citoyen, [c’est] que ça encourage les futurs criminels à perpétrer des meurtres multiples étant donné que la sentence serait la même», dit-il. 

La décision vient malgré tout mettre un point final à une longue saga qui l’aidera à fermer ce douloureux chapitre. Il veut consacrer toutes ses énergies à sa famille, à l’avenir de ses enfants et à ses projets d’aide humanitaire.

«Je tourne la page. J’ai tourné la page un petit peu il y a quelque moment, mais avec cette décision-là... Finalement, on a eu la décision. La loi va être appliquée de la même façon partout au Canada», soupire-t-il.

Équilibre rompu

Boufeldja Benabdallah, cofondateur du CCIQ, a de son côté laissé entendre que les souffrances des proches des victimes n’ont pas pesé suffisamment dans la balance, selon lui, par rapport au droit du condamné de se réhabiliter.

«Cette observation que la Cour suprême a faite sur le plan purement juridique, pour nous, elle n’a pas tenu compte de l’humanité que possèdent les familles. Elle a tenu compte de l’humanité d’un tueur qu’il faut réhabiliter plus tard. [...] Aujourd’hui, on sent que l’équilibre a été rompu», a-t-il soutenu.

Maintenant que tous les recours juridiques ont été épuisés, il a dit vouloir faire œuvre utile en continuant de militer pour le vivre-ensemble, qui, comme un baume sur les cicatrices de la tragédie, a fait un grand pas en avant depuis cinq ans, selon lui.

«Les gens ne sont pas venus uniquement le lendemain de l’attaque, c’est tout au long de ces cinq dernières années que les gens se sont approchés de nous et, nous aussi, on a fait l’effort de se rapprocher d’eux», a-t-il remercié.

«Sincèrement, nous voulons tourner la page» pour le bien-être des familles, a-t-il ajouté.

«Moi, personnellement, en tant qu’individu, je veux tourner la page. J’ai été assez blessé, j’ai assez pleuré, comme on dit [...] C’est le moment de dire “c’est terminé”. Je vais faire autre chose, je vais faire du vivre-ensemble quelque chose de pratique», a-t-il conclu.

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