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Victimes sans seconde chance

Victimes sans seconde chance
Photo AFP

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Alexandre Bissonnette vient de se voir accorder une nouvelle chance, une «deuxième vie», ce dont les six victimes qu’il a tuées ne disposeront jamais.

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C’est toujours ce qui est le plus éprouvant, lorsqu’on apprend qu’un assassin verra sa peine ou ses conditions réduites. Dans ce cas, Bissonnette pourra demander une libération conditionnelle après 25 ans, au lieu de 40. 

On pense aux victimes, à la peine et au mal qu’elles doivent encore endurer. On aimerait que «justice soit faite», et c’est d’autant plus vrai pour les proches.

Lors du prononcé de la sentence par le juge François Huot, auquel j’ai assisté en 2019, le récit tellement réel des événements était à glacer le sang. 

Pour les victimes de ce tueur, auxquelles s’ajoutent 17 orphelins de père, il n’est plus possible de faire quoi que ce soit.

Si on le pouvait... 

Se réhabiliter

Il devient instinctif, quand survient une telle horreur, de souhaiter voir l’auteur de ces gestes inadmissibles et inhumains pourrir en prison pour l’éternité. Et même plus.

Contre la peine de mort, je me suis surprise à penser, après l’écoute d’un documentaire sur le tueur en série américain John Wayne Gacy, qui a fait 33 victimes: «Heureusement que la peine de mort existait dans un tel cas...»

Au Canada, la peine de mort a été abolie en 1998, et on n’y a pas eu recours depuis 60 ans. C’est une bonne chose, quand on tient compte du fait qu’une seule erreur judiciaire en la matière ne peut être tolérée, et qu’on n’est jamais à l’abri. 

Il y a aussi dans la Constitution canadienne une Charte des droits et libertés, dont des dispositions protègent tout citoyen contre des peines «cruelles et inusitées», a statué la Cour suprême dans la décision sur Bissonnette.

Le plus haut tribunal du pays a estimé que les peines consécutives introduites dans le Code criminel en 2011 par les conservateurs étaient inconstitutionnelles. «L’horreur des crimes ne nie pas la proposition fondamentale que tous les humains portent en eux la capacité de se réhabiliter.»

Douche froide

La communauté musulmane a accueilli la décision comme une douche froide. Pour le cofondateur du Centre culturel islamique de Québec, où a eu lieu la tuerie en 2017, les souffrances des proches des victimes n’ont pas pesé suffisamment dans la balance. La cour n’a pas tenu compte, selon lui, de l’humanité que possèdent les familles. 

La décision, écrit la Cour, «ne doit pas être perçue comme une dévalorisation de la vie de chacune des victimes innocentes». C’est pourtant la perception qu’on a trop souvent, face aux décisions du tribunal: les victimes semblent moins importantes que les accusés.

Certes, Bissonnette n’obtiendra pas de libération automatique après 25 ans, loin de là. S’il pouvait en faire la demande et parvenait à convaincre la Commission chargée de rendre les décisions, il serait surveillé. 

Mais là aussi, on a vu des criminels remis en liberté qui ont commis à nouveau des crimes, allant même jusqu’à tuer de nouveau. Pensons au meurtrier de Marylène Lévesque, à Québec, en 2020.

Sans tomber dans la colère ou un esprit de vengeance malsain, il est certainement permis d’être déçu. Encore une fois, mes pensées vont aux victimes et à leurs familles. Je leur souhaite de trouver le courage de tourner la page.

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