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«Vous ne pouvez pas blâmer le fusil»: des Américains proarmes réagissent au massacre d'Uvalde

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Le massacre d’Uvalde au Texas rend Keith Jehlen «malade», mais «vous ne pouvez pas blâmer le fusil» utilisé pour abattre les 21 victimes, selon ce retraité présent vendredi à la convention annuelle du premier lobby américain des armes, la National Rifle Association (NRA). • À lire aussi: Tuerie d’Uvalde : une survivante de 11 ans s’est enduite de sang pour échapper au tireur

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«Nous avons toujours eu des armes dans ce pays», ajoute l’homme de 68 ans, ancien employé de la poste, qui possède à titre personnel plus de 50 armes à feu.

La grand-messe de la NRA se tient à Houston, à seulement quelques heures de route de l’école primaire d’Uvalde, où un adolescent de 18 ans a tué mardi 19 enfants et deux enseignantes. 

M. Jehlen est venu écouter l’ex-président républicain Donald Trump qui a énuméré sur scène les noms des victimes, avant de critiquer les démocrates «répugnants» accusés de diaboliser les membres «pacifiques» de la NRA qui possèdent des armes et respectent les lois. 

À l’évocation de la tuerie, Keith Jehlen grimace: «Ça m’a donné la nausée». 

Mais les armes ne sont pas le problème, selon celui qui porte un short à imprimé camouflage et une casquette Trump. Cette tragédie aurait pu se dérouler différemment si les adultes de l’école avaient été armés, argumente-t-il. 

«Les tueurs ne craignent pas le juge, ils ne craignent pas la police», assure Keith Jehlen. «Ils devraient avoir peur des victimes auxquelles ils s’en prennent». 

La convention de la NRA, qui dure jusqu’à dimanche, se déroule dans un vaste centre de conférences devant lequel se sont réunis des manifestants réclamant un durcissement des lois sur les armes individuelles. Aussi présent, le candidat démocrate au poste de gouverneur du Texas, Beto O’Rourke, qui attaque régulièrement ses rivaux sur leur incapacité à prendre des mesures pour réguler l’accès aux armes dans le pays. 

«Le sang est sur vos mains», «Armes = mort», clament des pancartes. 

À l’intérieur sont exposées dans les stands des centaines d’armes à feu – rendues inoffensives par le retrait d’une pièce appelée percuteur – du petit pistolet au AR-15, fusil semi-automatique utilisé par le tireur d’Uvalde et dans de nombreuses fusillades aux États-Unis. 

«Ce n’est pas l’Australie» 

Les équipements militaires et de chasse côtoient les accessoires pour armes, comme des lunettes à large champ de vision et des chargeurs à 60 balles. 

Selon Rick Gammon, policier à la retraite, toute tentative pour retirer aux Américains leurs armes est vouée à l’échec. 

«Vous n’enlèverez jamais leurs armes aux gens. Ici, ce n’est pas l’Australie», note l’homme de 51 ans, tout en examinant des fusils semi-automatiques noirs, qu’il pourrait placer dans sa voiture ou sa maison.

Après une tuerie de masse en 1996, l’Australie a interdit les armes semi-automatiques, sauf pour quelques exceptions. 

Les États-Unis, où les fusillades sont un fléau beaucoup plus récurrent, mais où le droit de porter une arme est inscrit dans la Constitution, ont jusqu’à présent été impuissants à mieux réguler l’accès aux armes à feu. 

«J’adorerais voir une vérification d’antécédents systématique», souligne Rick Gammon, mesure que des associations réclament depuis des années. «Mais cela n’arrêtera pas quelqu’un déterminé à commettre un crime».

«Une meilleure éducation aux armes» 

La convention de la NRA n’est pas juste un rassemblement de passionnés de fusils, mais aussi un lieu où ils peuvent tester «la sensation» que leur procurent les armes qu’ils envisagent d’acheter. 

«Ça me plaît», lance Lisy V, 31 ans, à une représentante d’un fabricant d’armes, tout en soupesant un pistolet 9 mm. 

«Vous l’avez en violet aussi, et ça a retenu mon attention», poursuit l’ex-militaire à la recherche d’un nouveau pistolet qu’elle puisse cacher sous sa jupe, «parce qu’il fait trop chaud au Texas pour porter des pantalons».

Interrogée sur Uvalde, elle devient songeuse.

«Personnellement, je pense qu’il devrait y avoir une meilleure éducation aux armes», dit-elle. 

Mais étant donné que les jeunes peuvent s’engager dans l’armée à 18 ans, ils devraient aussi pouvoir acheter des fusils, selon elle. 

Jim Maynard, militant proarmes, qui reconnaît l’existence «d’une forte incertitude» aux États-Unis en ce moment et le fait que de nombreuses personnes soient en deuil, considère toutefois que le maintien de l’assemblée de la NRA était une bonne décision.

«La diabolisation d’un outil ne règle pas le problème auquel nous sommes confrontés», juge-t-il.

Ceux qui blâment les armes pour la flambée de la violence aux États-Unis surfent juste sur une mode, et devraient se concentrer sur le développement de programmes d’aide à la santé mentale, selon lui. 

«La manifestation à l’extérieur n’aide pas à empêcher que le prochain massacre ait lieu», conclut-il. 

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