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La joie de serrer dans ses bras un patient réanimé

GEN - JEAN-MARC YELLE ET URGENCE SANTÉ
Photo Martin Alarie À la demande du Journal, Toy-Mathieu Fortier et Jean-Marc Yelle étaient heureux d’avoir l’opportunité de se retrouver une seconde fois pour une prise de photos, hier, à Anjou.

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D’un appel à l’autre, les paramédics sont exposés à des situations souvent dramatiques, parfois heureuses. Dans le cadre de la Semaine nationale des services préhospitaliers d’urgence, trois sauveurs de vie d’Urgences-santé ont accepté de se confier sur des interventions émouvantes qu’ils ont vécues.


Les yeux humides. La gorge nouée. Un petit moment de silence. Bien qu’il ait raconté l’histoire des dizaines de fois, le paramédic Toy-Mathieu Fortier ne peut s’empêcher d’être émotif lorsqu’il repense à la « pièce d’homme » à qui il a sauvé la vie lors d’un appel de routine en 2019.

La première neige de l’année tombait sur Montréal. Le vent était froid. Celui qui cumulait plus de 10 ans d’expérience à l’époque terminait son quart de travail lorsqu’il a reçu un appel pour un homme en arrêt cardiorespiratoire, dans Anjou.  

Le paramédic a utilisé un défibrillateur semi-automatique une première fois sur le patient, puis une deuxième. Soudainement, le pouls du sexagénaire est revenu. 

Comme c’est toujours le cas dans leur métier, les paramédics n’ont pas eu de nouvelles du patient après son transport. D’ailleurs, contrairement à la croyance populaire, c’est plutôt rare que les manœuvres de réanimation permettent de sauver la vie d’une personne, selon Urgences-santé. 

GEN - JEAN-MARC YELLE ET URGENCE SANTÉ
Photo Martin Alarie

Le hasard fait bien les choses

Ainsi, M. Fortier, qui était demeuré marqué par cet appel, espérait sincèrement que son patient s’en soit sorti indemne. 

Puis, par le plus grand des hasards, les deux hommes se sont recroisés l’été suivant. Alors que sa partenaire et lui arpentaient les rues de Montréal pendant leur pause dîner à la recherche d’un cornet de crème glacée, Toy-Mathieu Fortier a cru reconnaître la résidence où il était intervenu l’année précédente.

« Et puis là, je l’ai vu en train de faire des travaux dehors sur sa maison, dit-il, la gorge serrée. Je suis désolé, chaque fois que j’en parle, ça me rend émotif. »

Même s’il était inconscient lors de l’intervention, Jean-Marc Yelle a immédiatement fait le lien. 

« C’était vraiment émouvant comme moment, parce que c’est grâce à lui et les autres intervenants que je suis en vie aujourd’hui, raconte l’homme de 68 ans. Je me trouve tellement chanceux d’avoir eu la chance de le remercier. »

Le cœur gros, les deux hommes avaient envie de se prendre dans leurs bras, mais comme c’était le début de la pandémie, ils n’ont pas pu. Toy-Mathieu Fortier demeure marqué par cette rencontre fortuite.

« C’est pour ça que je fais mon métier, dit-il. De voir ce monsieur-là continuer sa vie et travailler sur sa maison, ça met un baume sur tous les autres appels dramatiques qu’on a pu faire avant. »

Une intervention très bouleversante

Valérie Cyr, Ambulancière
Photo courtoisie
Valérie Cyr, Ambulancière

La panique dans l’air, le nombre de témoins et la quantité de sang demeurent des images gravées à jamais dans la mémoire de Valérie Cyr, qui est intervenue auprès de Romane Bonnier en octobre 2021. 

Lorsqu’elle est arrivée sur la rue Aylmer, en plein après-midi, la paramédic a rapidement compris que quelque chose de grave s’était produit en voyant des intervenants d’urgence courir dans tous les sens. 

Lorsqu’elle a aperçu la jeune femme gravement blessée au sol, elle s’est rapidement mise en mode « robot ». 

« C’est comme s’il y a un halo qui se forme autour de moi et je suis concentrée à 100 % sur ma patiente », explique-t-elle. 

Poignardée à de nombreuses reprises, vraisemblablement dans un contexte conjugal, Romane Bonnier n’avait déjà plus beaucoup de chances de survie à l’arrivée des paramédics. Comme le crime épouvantable s’était produit en pleine rue, tout près de l’Université McGill, des dizaines de passants et d’étudiants assistaient à la scène, groupés autour. 

« Il y avait de nombreuses lacérations et énormément de sang, dit Mme Cyr. Les pansements que j’utilise depuis 20 ans et qui ont toujours été performants ne collaient même pas. On le savait qu’il n’y avait plus de coïncidence avec la vie, mais on devait quand même essayer de la sauver. »

Après l’événement, et pour la première fois de sa carrière, Valérie Cyr était hautement chamboulée. 

Contrairement à son habitude, elle n’a pas souhaité en discuter avec ses pairs, après, et a plutôt préféré s’isoler pour aller nettoyer son ambulance seule.

Corps différent

« Je sentais que mon corps était différent, explique-t-elle. Je n’ai à peu près pas dormi, les battements de mon cœur étaient irréguliers et j’étais incapable de redescendre mon niveau de stress. Le lendemain, en voyant mes collègues, j’ai explosé et j’ai pleuré, de profonds sanglots. »

Il faut dire que dans les jours qui ont précédé le meurtre de Romane Bonnier, Valérie Cyr avait tenté de réanimer un enfant de deux ans et avait pratiqué un accouchement « sur le coin d’une rue ». 

Elle venait ainsi de vivre une grande accumulation de stress. 

« L’humain n’est pas fait pour voir ça, affirme-t-elle. C’est une partie de nous qu’on donne pour les autres. Il faut être vigilants aux signaux d’alerte parce que je suis convaincue qu’il y a énormément de paramédics qui sont secrètement en choc post-traumatique. » 

Le traumatisme de voir un enfant mourir

Jean-Benoit Gince, Paramédic
Photo courtoisie
Jean-Benoit Gince, Paramédic

Le cœur de père du paramédic Jean-Benoît Gince s’est serré le jour où il a dû répondre à un appel pour une fillette de 7 ans ébouillantée à mort. 

« Je ne comprends juste pas comment on peut en arriver là, se questionne toujours celui qui traîne plus de 20 ans d’expérience dans le domaine. J’aime mes enfants d’un amour inconditionnel et disons que, ce soir-là, je les ai serrés plus fort qu’à l’habitude dans mes bras. »

Blessures antérieures

À travers les brûlures qui couvraient plus de 80 % du petit corps de la victime, des blessures antérieures étaient visibles, comme des ecchymoses et un bras dans le plâtre, se souvient le paramédic. 

« Ses chances de survie étaient quasi nulles, on le savait, explique-t-il. Elle était en arrêt cardiorespiratoire. Les traumatismes sur son corps étaient tellement importants que c’était initialement impossible pour nous de savoir si c’était un garçon ou une fille. »

L’ambiance dans la maison fut également marquante pour lui, alors qu’il ressentait peu d’émotions et de réactions de la part des proches de la fillette. La scène atroce est demeurée gravée à jamais dans sa mémoire. 

« Voir un aîné mourir à 90 ans d’une maladie naturelle, ce n’est jamais agréable, mais ça suit le cours normal de la vie, dit-il. Mais voir un enfant mourir d’une cause évitable, c’est vraiment traumatisant. »

Après cet épouvantable appel, Jean-Benoit Gince, également superviseur, s’est empressé d’organiser un débreffage avec tous les paramédics impliqués pour ventiler.

Traumatisé

Mais il s’est rapidement rendu compte qu’il avait lui-même un grand besoin de parler. Qu’il avait vécu un traumatisme. Il a donc eu recours au programme de pairs aidants d’Urgences-santé, qui lui a permis de discuter avec un confrère formé pour intervenir dans une telle situation. 

« Des fois, c’est juste de l’orgueil mal placé, mais ça fait le plus grand bien d’en parler. »

À ce jour, Jean-Benoit Gince se questionne encore à savoir de quelle façon ce drame aurait pu être prévenu. 

La mère de l’enfant a été accusée de négligence criminelle causant la mort depuis l’événement. 

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