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Meurtres dans la métropole: des enquêtes complexes et plus longues

La police de Montréal a tout de même résolu plus de 90 % des homicides survenus au cours de l’année 2020

Paul Verreault
Photo Pierre-Paul Poulin Paul Verreault, commandant des crimes majeurs du SPVM depuis trois ans, est fier du taux de résolution des meurtres de l’année 2020.

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Même si les enquêtes sont longues et de plus en plus complexes, la police de Montréal a résolu pas moins de 92 % des meurtres survenus en 2020, renforçant ainsi le principe selon lequel la justice a le bras long.

« Ça démontre que le travail qu’on effectue permet de résoudre des crimes, même ceux dans le passé », a lancé le commandant à la section des crimes majeurs du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Paul Verreault. 

Des centaines d’heures d’images de caméra de surveillance à analyser, de nombreuses communications à scruter et déplacements à établir. Les dossiers sont de plus en plus compliqués et plusieurs mois peuvent s’écouler avant que les enquêteurs soient en mesure d’arrêter des suspects de meurtre.

Pour l’année 2020, les enquêteurs ont réussi à mettre la main au collet des suspects dans 23 des 25 homicides. Cette performance devrait ainsi faire augmenter le taux moyen de résolution des 10 dernières années, qui frôle 70 %. 

Malgré tout, le chef de la section des homicides insiste : un meurtrier qui ne s’est pas encore fait pincer ne devrait pas nécessairement dormir tranquille.

« Ce n’est pas parce qu’un meurtre est survenu en 2020 qu’on va l’oublier. On va poursuivre nos efforts aussi longtemps qu’il le faudra pour résoudre l’enquête, on ne lâche jamais le morceau », a-t-il dit.

Un temps fou

Les avancées de la technologie donnent bien sûr aux limiers des pistes d’enquêtes considérables qui n’étaient pas disponibles il y a quelques années. En contrepartie, elles grugent énormément d’énergie et de temps aux policiers, a rappelé le commandant. 

« On a de nouveaux moyens d’aller chercher de la preuve, de positionner des gens et prouver leur implication. Par exemple, les caméras des citoyens [comme les sonnettes intelligentes], on n’avait pas ça il y a 10 ans. Ça peut aider, mais ça prend un temps fou à analyser », a-t-il expliqué.

Celui qui cumule 20 ans dans les enquêtes est d’avis que les témoins restent les « essentiels » d’une investigation. 

« Un témoin apporte tellement plus d’informations qu’une caméra qui est fixe. Le témoin bouge, entend, observe, note des choses anormales, comme une voiture qui passe plusieurs fois en peu de temps dans la rue, par exemple. Les gens connaissent leur quartier, leur aide est donc essentielle », a-t-il décrit.

Dénoncer la violence armée

C’est l’arrestation, le 5 mai dernier, du meurtrier présumé de Frantz Louis qui a fait grimper à 92 % le taux de résolution des enquêtes d’homicides au cours de l’année 2020 au SPVM. 

La victime de 49 ans avait été tirée en plein jour en novembre de cette année-là. Il était lié à la mafia, selon les autorités. Malgré tout, les policiers n’ont en aucun cas lésiné sur les efforts pour résoudre ce crime. 

« C’est aussi important d’enquêter sur le meurtre d’une personne criminalisée parce que chaque fois que quelqu’un utilise une arme à feu en public, il met à risque tout le monde et c’est inacceptable », a-t-il dit.

Malgré tout, il note que la violence armée n’a heureusement pas provoqué de hausse marquée de décès. L’arme à feu reste un moyen de prédilection lors des meurtres (voir plus bas). 

DE L’ÉCOUTE ÉLECTRONIQUE POUR ÉPINGLER LES SUSPECTS

Paul Verreault
Photo d'archives, Agence QMI

Le 25 juillet 2020, un présumé trafiquant de drogue de 38 ans a été retrouvé en pleine rue, presque nu et gravement blessé. Il a finalement succombé à ses blessures plusieurs jours plus tard. Sans témoin ni informations sur ce qui avait pu se passer, les enquêteurs des crimes majeurs ont finalement mis sur pied une opération d’écoute électronique, baptisée Maculée. Cela a mené, plus d’un an plus tard, à l’arrestation de plusieurs suspects. 

« Parfois, on a des cibles et le seul moyen, c’est d’aller en écoute électronique pour aller chercher la preuve. C’est un exemple de dossier qui peut se faire à beaucoup plus long terme, qui est beaucoup plus complexe, qui mobilise énormément de temps d’enquête », a expliqué le commandant de la section des crimes majeurs, Paul Verreault.  

DES TÉMOINS QUI COLLABORENT DAVANTAGE

Le meurtre de Frantz Louis est l’un des deux règlements de compte survenus sur le territoire de Montréal en 2020. Le tireur présumé a été arrêté le mois dernier.
Photo d'archives, Agence QMI
Le meurtre de Frantz Louis est l’un des deux règlements de compte survenus sur le territoire de Montréal en 2020. Le tireur présumé a été arrêté le mois dernier.

L’année 2020 a été marquée par seulement deux règlements de compte. 

« Habituellement, on en a huit ou neuf », explique M. Verreault. 

Dans ce type de crime, les témoins sont malheureusement peu loquaces, a-t-il admis. 

« Lorsque les gens ne collaborent pas, on a un plus long parcours à faire pour résoudre le meurtre », a-t-il dit.

Ainsi, l’excellent taux de résolution des homicides pour cette année-là s’explique certainement par le fait que les enquêteurs ont eu généralement des témoins ouverts à collaborer.

Et 2021 a largement dépassé l’année précédente avec 16 règlements de compte sur le territoire du SPVM. 

« Si on n’a pas de collaboration des témoins, imaginez le temps que ça prend », a-t-il lancé.

Le taux de résolution des meurtres de 2021 se situe d’ailleurs présentement à 59 %. L’année en cours semble suivre la même tendance pour ce qui est des règlements de compte, a-t-il noté. 

PLUS DE 1000 HEURES DE VISIONNEMENT

Paul Verreault
Photo d'archives, Agence QMI

Pour arriver à identifier les suspects du triple meurtre survenu il y a près d’un an, l’équipe d’enquête du SPVM a dû visionner plus de 1000 heures d’images de caméras de surveillance. 

« Il y a eu un travail colossal qui a dû être fait pour arriver à des arrestations et pour bâtir une preuve », a expliqué le commandant Verreault en référence aux meurtres sanglants du 2 août dernier dans le quartier de Rivière-des-Prairies.

Lors de ce carnage, une rafale de coups de feu avait été tirée en direction d’un appartement, à partir d’un véhicule en mouvement. Trois hommes ont été tués et deux autres, gravement blessés. Quelques semaines plus tard, les policiers avaient appréhendé trois individus. Un quatrième a aussi été arrêté peu après

Ils sont tous accusés de meurtres prémédités et de tentatives de meurtre. Cette fusillade survenue en plein jour avait grandement affecté le sentiment de sécurité des Montréalais, alors que de nombreux événements semblables se multipliaient.  

UN HOMME APERÇU TORSE NU AIDE L’INVESTIGATION

Dans un dossier de meurtre, les enquêteurs ont pu mettre la main au collet d’un suspect notamment grâce au banal témoignage d’une dame qui disait avoir trouvé étrange de voir un homme courir torse nu à l’extérieur. Ce qu’elle ignorait, c’est que les enquêteurs avaient aussi retrouvé des vêtements près de là. 

« Elle, elle a juste vu un homme courir torse nu. Mais nous, on a fait des expertises [sur les vêtements], on a pu retracer le parcours [du suspect] », a expliqué le policier Verreault. 

« Chaque témoin a son morceau de casse-tête qui aide à résoudre le crime », a-t-il ajouté. 

MEURTRES PAR ARMES À FEU DANS LA MÉTROPOLE


NOMBRE PAR ARMES À FEU NOMBRE TOTAL
2021 19 37
2020 6 25
2019 10 25
2018 15 32
2017 9 24
2016 11 23
2015 12 29
2014 12 28
20131528
2012 15 35

 

Sources : Police de Montréal et Archives

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