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Des Airbnb à 2000$ la nuit au lieu de logements

Des appartements de Griffintown accueillent des touristes plutôt que des locataires

Sonder
Photo Pierre-Paul Poulin L’entreprise Sonder loue 47 appartements dans cet édifice du Sud-Ouest baptisé le Richmond.

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Un immeuble de Griffintown qui devait accueillir des logements abrite maintenant un vaste hôtel-appartement où chaque nuitée coûte de 150 $ à 2000 $.

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Hier, notre Bureau d’enquête rapportait qu’en pleine crise du logement, Québec prêtera 30 M$ à la multinationale Sonder, spécialisée dans la location à court terme, de type Airbnb.

La firme, dont le siège social se trouve aux États-Unis, gère la location de 389 appartements à Montréal.

Or, nous avons constaté que 47 de ces appartements se trouvent dans un édifice, le Richmond, qui devait plutôt abriter des logements traditionnels.

En 2011, le promoteur Groupe Dayan avait demandé un changement de zonage pour lui permettre de transformer d’anciens édifices industriels de Griffintown en projet résidentiel de 300 logements. 

Un exemple de 3 1/2 de cet immeuble qui demandait plus de 200 $ la nuit lorsque Le Journal en a fait la location récemment.
Photo Charles Mathieu
Un exemple de 3 1/2 de cet immeuble qui demandait plus de 200 $ la nuit lorsque Le Journal en a fait la location récemment.

Ce complexe devait contribuer «à la création d’un nouveau milieu de vie», peut-on lire dans les documents présentés aux élus de l’arrondissement du Sud-Ouest à Montréal.

Droit acquis

Au moment de demander le permis de construction pour la première phase de son projet, le promoteur a plutôt demandé de faire un hôtel-appartement de 84 unités.

De ce nombre, 47 appartements sont présentement gérés par Sonder et sept autres sont à louer sur Airbnb par le Groupe Dayan.

«C’est une décision d’affaires», s’est contenté de dire le président de l’entreprise, Georges Dayan, qui ne souhaitait pas commenter davantage.

Sonder a ainsi pu profiter du changement de zonage pour s’installer au Richmond, juste avant que l’arrondissement du Sud-Ouest ne restreigne considérablement la possibilité d’y faire de la location de type Airbnb.

«C’est sûr que des années plus tard, avec une crise du logement qui est là, c’est frustrant. Là, on s’assure actuellement que des affaires de ce type-là, on n’en ait pas. On a vraiment réglementé», affirme le maire du Sud-Ouest et responsable de l’habitation au sein de l’administration Plante, Benoît Dorais.

Interdit depuis 2019

Depuis 2019, la location de courte durée est interdite dans le Sud-Ouest sauf sur un court tronçon de la rue Notre-Dame.

«L’usage hôtel-appartement, dans une zone résidentielle, était encore autorisé en 2018. Or [Sonder] est aujourd’hui en “droits acquis”», précise la chargée de communication de l’arrondissement, Anyck Paradis.

«Au moment de l’émission du permis, les résidences de tourisme étaient autorisées dans cette zone», s’est également défendu Sonder.


Dans son projet de 300 condos, le Groupe Dayan s’était aussi engagé à construire 15 % de logements sociaux et 15 % de logements abordables. Quarante-sept de ces logements doivent être mis en chantier cet automne. 

Hôtels sans réception  

La compagnie Sonder peut exploiter des «hôtels» sans employé à la réception, même si la réglementation municipale actuelle ne le permet plus.

Selon ses permis obtenus auprès de Tourisme Québec, Sonder exploite actuellement deux «résidences de tourisme», dont le Richmond, et quatre «hôtels».

En nous rendant sur place, nous avons constaté que trois des quatre hôtels de Sonder n’ont pas d’employé sur place affecté à la réception.

Il s’agit des projets Gare St-Denis, en face du CHUM, Victoria, dans le Vieux-Montréal, et Lofts Guérin sur Le Plateau-Mont-Royal. 

Deux règlements

À ce dernier endroit, au moment où Sonder a ouvert son établissement, l’arrondissement avait déjà tenté de contrer les hôtels sans personnel. 

Toutefois, la réglementation n’était pas assez précise pour empêcher Sonder d’offrir son service de réception seulement à distance.

«Une réception avait bel et bien été aménagée dans l’établissement, et comme la notion de service n’était pas vraiment définie, on pouvait difficilement exiger quoi que ce soit à ce niveau», explique le responsable des communications du Plateau-Mont-Royal, Michel Tanguay.

Cet arrondissement a donc dû de nouveau réglementer pour contrer les projets comme ceux de Sonder.

C’est également le cas des arrondissements de Ville-Marie et du Sud-Ouest, qui exigent désormais des hôtels qu’ils aient un employé en fonction 24 heures sur 24.

Sonder s’était d’ailleurs opposé à cette réglementation.

«Il faut qu’il y ait une réception, avec quelqu’un qui est là physiquement en place. Sinon, ce n’est pas conforme», souligne le responsable de l’habitation au sein de l’administration Plante, Benoit Dorais.

Droit acquis

Sonder peut toutefois exploiter trois de ses hôtels selon les anciennes réglementations, en vertu de droits acquis, s’est défendue l’entreprise.

«Pour cette raison, on ne peut pas parler de non-conformité à notre règlement, ni exiger la présence d’un employé 24 h/24», précise Michel Tanguay.

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