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Le lent mammouth de la santé: les impacts de la pandémie sur les promesses de la CAQ

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Photo d'archives, Agence QMI Le ministre de la Santé, Christian Dubé, a présenté son plan de relance du réseau de la santé, en mars dernier.

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La pandémie a servi à la fois de frein et d’accélérateur pour les réformes en santé promises par la CAQ. Si les principales promesses n’ont pas été réalisées, l’élan semble avoir été donné pour apporter de réels changements, estiment les experts consultés.

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Lors de la dernière campagne électorale, les engagements de la CAQ en santé sonnaient parfois comme des slogans publicitaires: un médecin pour tous les Québécois! Quatre-vingt-dix minutes d’attente aux urgences! Un médecin ou une IPS vus en moins de 36 heures !

Sans surprise, ces promesses n’ont pas été remplies. C’est un peu la faute de la pandémie, mais pas seulement.

Par exemple, l’idée d’un médecin pour tous a été abandonnée parce qu’elle était «irréaliste», estime Olivier Jacques, professeur adjoint à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

«La CAQ blâme la pandémie, mais ce n’était pas en voie de réalisation avant la pandémie», observe celui qui signe le chapitre sur la santé d’un livre à paraître du Polimètre sur le bilan du gouvernement Legault*.

Cet engagement a plutôt été remplacé en fin de mandat par un guichet d’accès à la première ligne, qui dirigera le patient vers un professionnel de la santé approprié, que ce soit un médecin, une infirmière ou un pharmacien.

L’accès à la première ligne demeure tout aussi difficile qu’il y a quatre ans. 

«Le nombre de personnes sur le guichet d’accès [à un médecin de famille] a augmenté et la proportion de Québécois qui disent avoir un médecin de famille a baissé», souligne Maude Laberge, professeure agrégée à l’Université Laval et chercheuse au CHU de Québec.

Puissant lobby des médecins

Les batailles pour revoir la rémunération des médecins se sont aussi heurtées à leurs puissants lobbys. Loin du milliard de dollars promis dans l’opposition, le gouvernement Legault est en voie de retrancher 560 M$ de l’enveloppe des médecins spécialistes.

Du côté des omnipraticiens, le principe d’une rémunération basée sur la prise en charge d’un groupe de patients, plutôt qu’à l’acte, a été repoussé aux calendes grecques.

«Réduire le salaire des médecins ou changer leur mode de rémunération, c’est vraiment plus facile à dire qu’à faire. Les médecins ont un veto : ils peuvent bloquer les réformes en décidant de travailler moins, ce qui causerait des problèmes dans le système de santé», explique Olivier Jacques.

Impact de la pandémie

Si la pandémie a ralenti certaines réformes lancées par la ministre Danielle McCann en début de mandat, elle a aussi donné un élan à son successeur, Christian Dubé. La télémédecine, par exemple, a été adoptée avec un tel enthousiasme que le Collège des médecins a dû faire un rappel à l’ordre.

Un récent sondage Léger** montre aussi que le bien-être des équipes de soins arrive désormais en tête des priorités des Québécois quand vient le temps de prendre des décisions pour le système de santé. 

«Il y a eu cette prise de conscience là qui a été apportée par la pandémie», affirme Mme Laberge.

Ça a permis d’augmenter le salaire des préposés aux bénéficiaires, d’augmenter les dépenses en santé et d’annoncer la nationalisation de nombreux CHSLD privés conventionnés, fait remarquer Olivier Jacques.

Le plan Dubé

En fin de mandat, le ministre Christian Dubé a présenté un plan en 50 points pour redresser le système de santé. Nos deux experts y voient une certaine continuité, bonifiée par les apprentissages de la crise sanitaire.

«Il va y avoir des réformes importantes qui vont sortir de ce plan-là, mais probablement pas tout ce qui est proposé», estime M. Jacques. 

Il rappelle que les réformes en santé sont toujours «incrémentales». Il ne faut pas espérer une révolution.

Mme Laberge a bon espoir de voir des changements dans un deuxième mandat. Le ministre Dubé a d’ailleurs annoncé qu’il sera à nouveau candidat l’automne prochain. Il y a fort à parier qu’il souhaitera compléter la réforme amorcée.  


* Bilan du gouvernement de la CAQ, entre nationalisme et pandémie, Presses de l’Université Laval
** Réalisé du 18 au 20 février 2022, auprès de 1007 Québécois, commandé par SSA Québec. 

DES RÉUSSITES DU PREMIER MANDAT  

PAS DUR DUR À RÉALISER

Le stationnement de l’hôpital de Rimouski dans le Bas-Saint-Laurent.
Photo d'archives
Le stationnement de l’hôpital de Rimouski dans le Bas-Saint-Laurent.

Certaines promesses étaient plus faciles que d’autres à réaliser. Dès 2020, la CAQ a imposé aux hôpitaux d’offrir deux heures gratuites de stationnement, puis de plafonner le prix des suivantes. La prise de rendez-vous en ligne a aussi été bonifiée. «Les promesses les plus simples ont été réalisées», souligne la professeure Maude Laberge.   


DES MILLIERS DE BRAS EN RENFORT

L’hécatombe du printemps 2020 a obligé le gouvernement Legault à revoir ses façons de faire face à la pandémie.

Pour combler les milliers d’absences dans le réseau de la santé, Québec a formé en un été près de 10 000 préposés aux bénéficiaires. 

Ceux-ci ont été rémunérés durant leur formation accélérée, en échange d’une prestation de service minimale d’un an.

En parallèle, le gouvernement a allongé des primes de 15 000 $ pour convaincre 4300 infirmières, infirmières auxiliaires, inhalothérapeutes et perfusionnistes de revenir dans le réseau public. À ce jour, 3047 personnes ont répondu à l’appel.

Québec fait également valoir que 8598 employés à temps partiel ont été rehaussés à temps plein. 


20 % DES PROMESSES PORTAIENT SUR LA SANTÉ

En 2018, un peu plus d’une promesse sur cinq portait sur la santé, selon le Polimètre. Et à ce jour, huit sur dix sont réalisées ou en voie de l’être, indique l’outil créé par l’Université Laval, même si certaines promesses phares ont été reportées. «On peut voir que le gouvernement est allé dans le sens de ce qu’il voulait faire, mais partout, ça prend plus d’un mandat pour faire des réformes substantielles», dit le professeur Olivier Jacques. 


PLUS D’AUTONOMIE

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Photo d'archives, Stevens LeBlanc

Un des changements notables est l’autonomie conférée aux pharmaciens et aux super-infirmières, qui peuvent désormais poser des actes autrefois réservés aux médecins. Même la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec se dit maintenant ouverte à cette approche. «Autonomiser divers professionnels, ça peut vraiment aider le réseau de la santé», souligne M. Jacques.  


 PLEINS FEUX SUR LA SANTÉ PUBLIQUE

Dépistage dans une école de Québec en 2020.
Photo d'archives, Dominique Lelièvre
Dépistage dans une école de Québec en 2020.

Le parent pauvre du réseau a pris une place centrale avec la pandémie. Mme Laberge aimerait maintenant qu’on s’intéresse aux saines habitudes de vie, qui permettent notamment d’éviter l’obésité et les maladies chroniques. «À moyen, long terme, une population en santé a besoin de moins de services», dit-elle.   


UN NÉOPHYTE EN SANTÉ

Pour la première fois depuis 2003, le ministre n’est pas issu du domaine de la santé. Christian Dubé est plutôt un gestionnaire de haut niveau, qui a œuvré chez Cascades et à la Caisse de dépôt. Cela lui donne l’avantage d’être «moins influencé» par les groupes qui composent le système, mais peut aussi causer «un excès de confiance dans la capacité de réforme du réseau», estime M. Jacques.  

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