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[PHOTOS] Redécouvrez 10 églises disparues du paysage de Québec

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Au Québec, à partir des années 1840 et pendant plus de cent ans, l'Église connaît une expansion fulgurante. La construction de très grandes églises se multiplie et celles-ci deviennent des éléments incontournables du paysage québécois. Plusieurs n'hésitent pas à les qualifier de «châteaux du Québec». Cependant, avec la Révolution tranquille, la pratique religieuse s'étiole et ces beaux édifices sont désertés. Il faut néanmoins continuer à les chauffer et à les entretenir, un défi de plus en plus lourd pour les autorités religieuses.

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Au Québec, on recycle les grands bâtiments désaffectés, ou on les intègre à de nouveaux projets, mais on démolit nos églises. Souvent abandonnées, le temps fait son œuvre et les démolitions deviennent inévitables. C'est bien triste. C'est ainsi que l'agglomération urbaine de Québec a vu un nombre important d'églises disparaître. L'église du Très-Saint-Sacrement vient d'être sauvée, mais on craint pour l'avenir de l'église Saint-Charles-Garnier. Voici donc une dizaine d'églises, dans le seul arrondissement La Cité-Limoilou, qui sont ainsi disparues.

1) L'église du Sacré-Cœur-de-Jésus  

L’église Sacré-Cœur-de-Jésus vers 1950.
BAnQ, fonds L'Action catholique
L’église Sacré-Cœur-de-Jésus vers 1950.

L’ancienne paroisse du Sacré-Cœur-de-Jésus, aujourd’hui intégrée à la paroisse Saint-Sauveur, est située dans la basse-ville de Québec, sur la rue Montmartre. Son église actuelle emprunte le style d’un amphithéâtre moderne. Si on faisait abstraction de son clocher et de sa croix, bien malin celui qui y reconnaîtrait une église. Pourtant, le temple précédent était beaucoup plus beau. Cette paroisse avait été érigée en 1917 à même le territoire de la paroisse Saint-Sauveur. 

Dès l’année suivante, les marguilliers commandent à l’architecte Joseph-Siméon Bergeron les plans d’une église temporaire qui deviendrait une salle paroissiale lors de la construction d’une église permanente. L’architecte construit un édifice de style Beaux-Arts, tout en brique, avec un avant-corps couronné d’un fronton néoclassique et surmonté d’un clocher. La toiture est plate. 

Ce lieu de culte sera temporaire... jusqu’en 1967 alors qu’il est démoli pour faire place à l’édifice actuel. On avait considéré que les coûts d'une restauration auraient été beaucoup trop importants. 

L'ouverture de la nouvelle église coïncidait avec la célébration du cinquantenaire de la fondation de la paroisse.

2) L'église St. Patrick de la Grande Allée  

L'église St. Patrick de la Grande Allée, date inconnue.
Carte postale BAnQ
L'église St. Patrick de la Grande Allée, date inconnue.

Au début du XXe siècle, le nombre de catholiques anglophones est en hausse à Québec. Les rédemptoristes, responsables de la paroisse St. Patrick, décident alors de construire une nouvelle église, sur la Grande Allée. 

En 1914, l'architecte René-Pamphile LeMay en dessine les plans. Cependant, faute d'argent, seul le soubassement est construit. On y célébrera les offices religieux en attendant de compléter la construction, et ce, pendant plus de 40 ans. 

Certains comparaient ce temple à une salle de quilles, comparaison injuste puisqu'il s'agissait d'un sous-sol faisant temporairement office de lieu de culte. Néanmoins, cette drôle d'église sera très active jusqu'en 1957 alors que l'architecte Charles-A. Jean dessine les plans de ce qui s'élèvera au-dessus. 

La nouvelle église enfin complétée sera ouverte au culte le 17 mars 1958, jour de la St. Patrick. De style gothique moderne, c’est davantage l’imposante croix celtique en façade qui attire l’attention. 

Malheureusement, ce temple est démoli dans la controverse en mars 1988 pour céder la place à un complexe immobilier, Le Saint-Patrick. On avait alors vu s'affronter le promoteur Laurent Gagnon-Citicom, une coalition d'opposants, l'Administration municipale et l'Ordre des architectes du Québec dans ce qu'on avait appelé «La bataille de la Grande Allée».

3) L'église St. Peter de Limoilou  

L'ancienne église St. Peter de la 12e Rue à Limoilou, vers 1993.
Collection J.F. Caron
L'ancienne église St. Peter de la 12e Rue à Limoilou, vers 1993.

Au début des années 1920, la communauté anglicane de Limoilou est suffisamment importante pour que l’on décide d'y construire une église. D'abord en 1923, la paroisse anglicane St. Peter se fait construire un presbytère de deux étages, avec une toiture en comble, fait en bois et en stuc. Il s'élève sur la 12e Rue, entre la 2e et la 3e Avenue.

L'année suivante, sur le même terrain, elle commande à l'architecte Thomas Reid Peacock les plans d'une chapelle. De petite dimension et construite en bois, en stuc et en briques brunes, son ornementation était très simple. Sur la façade, au-dessus du porche, les colombages du pignon étaient apparents. 

De concert avec les arcs Tudor et le clocheton, cet édifice rappelait l’architecture médiévale anglaise. Il était donc très sobre, voire austère, rejoignant ainsi la tradition des temples du culte protestant. 

Pour la dessiner, Peacock s'est vraisemblablement inspiré de la chapelle de la communauté baptiste construite en 1918 sur la Grande Allée Ouest, à proximité de l’avenue Cartier, avec laquelle elle partage plusieurs éléments architecturaux. 

Malheureusement, cette chapelle limouloise et son presbytère ont été démolis en 1994 pour faire place à deux immeubles à logements en copropriétés. Sa clôture demeure le seul souvenir de l'ancien complexe religieux.

4) L'église Notre-Dame-du-Chemin  

L'église Notre-Dame-du-Chemin, vers 1940, W.B. Edwards.
Photo BAnQ, Fonds de L'Action catholique
L'église Notre-Dame-du-Chemin, vers 1940, W.B. Edwards.

L'érection canonique de la paroisse Notre-Dame-du-Chemin a eu lieu en 1909. C'est la chapelle des Jésuites, située sur le chemin Sainte-Foy, entre les avenues Casot et des Érables, qui en devient alors la première église paroissiale. 

En 1929, on décide de construire un nouveau temple qui sera érigé sur l'avenue des Érables, au coin sud-est de la rue Père-Marquette. C'est l'architecte Émile-Georges Rousseau qui est mandaté pour la concevoir. Bien qu'il soit associé à l'architecte Henri Talbot, il en dessine seul les plans et l'église est aussitôt mise en chantier par les entrepreneurs G.E. Morissette Limitée. Elle est ouverte au culte à Noël 1931.

Le style de l'église Notre-Dame-du-Chemin est d'inspiration néomédiévale modernisée. Malheureusement, au tournant du XXIe siècle, elle a été démolie jusqu'aux murs du soubassement sur lesquels on a construit des condos. On a également conservé le portail principal de l'église pour en rappeler l'existence passée. Une bien triste consolation.

En bordure de la rue Père-Marquette, le cordon de pierre qui faisait autrefois la démarcation entre le soubassement de l'église et son rez-de-chaussée existe toujours et on y retrouve une belle curiosité, soit une pierre de signature où apparaissent les noms de l'architecte et des entrepreneurs.

5) L'église Notre-Dame-de-Grâce  

Église Notre-Dame-de-Grâce dans les années 2000.
Photo Archives de la Ville de Québec, Jonathan Robert
Église Notre-Dame-de-Grâce dans les années 2000.

À partir de 1895, on retrouvait dans le quartier Saint-Sauveur la brasserie Rock Spring Brewery. Elle était située sur un terrain en pente de la rue Arago, entre les rues Colbert et Sauvageau, aujourd'hui la rue de Mazenod, immédiatement sous la côte Salaberry. 

Elle ferme ses portes en 1916. L'édifice est démoli en 1924 pour céder la place à l'église Notre-Dame-de-Grâce. Ayant peu de ressources financières, la fabrique fait appel à deux amis du curé Lavergne, l'abbé Jean-Thomas Nadeau et le notaire Gérard Morisset. Ce sont eux qui dessinent les plans de la future église, ce qui met en colère l'Association des architectes de la Province de Québec.

Les architectes amateurs travaillent d'une façon originale. Ils créent des espaces intérieurs qui se traduisent sur le volume extérieur. On se retrouve alors avec un bâtiment en pierre et en brique, peu élevé et rectangulaire, flanqué de bas-côtés. Derrière le chœur, l'abside est polygonale. En façade, le portail est flanqué d'une massive tour qui supporte un clocher et de l'abside polygonale de la chapelle baptismale. 

Cette église est bénite en 1926 pour être démolie en 2009, cédant ainsi sa place à des logements locatifs.

6) L'église Saint-Vincent-de-Paul  

Le patronage et l'église Saint-Vincent-de-Paul, 1937.
Photo BAnQ
Le patronage et l'église Saint-Vincent-de-Paul, 1937.

C'est en 1861 que l'œuvre du Patronage des écoliers et des apprentis de Québec est fondée par la Société Saint-Vincent-de-Paul. En 1870, le Patro, comme on l'appelait, s'installe sur la rue Saint-Georges, aujourd'hui la côte d'Abraham. Au fil du temps, on y construit plusieurs autres bâtiments. En 1884, c'est l'arrivée des frères de Saint-Vincent-de-Paul de Paris qui prennent les commandes de l'œuvre. Le complexe du patronage prend alors de l'ampleur.

En 1895, on amorce la construction d'une vaste chapelle selon les plans de l'architecte François-Xavier Berlinguet. La façade est flanquée de tours surmontées de coupoles et le clocher central comporte un tambour circulaire. À l'intérieur, la hauteur permet le déploiement de galeries latérales et le sous-sol est constitué d'une grande salle.

En 1940, cette chapelle devient une desserte pour les paroisses Saint-Jean-Baptiste et Notre-Dame de Québec. Le 15 mai 1949, l'église est détruite par un incendie. Elle est reconstruite en 1950-1951 d'après les dessins des architectes Pierre Lévesque et Gérard Venne. En façade, les coupoles de Berlinguet sont passablement aplaties et le clocher circulaire devient octogonal avec des abat-sons. De plus, ils ajoutent un large fronton. Fermée au culte en 1988, l'église est finalement démolie dans la controverse en 2009.

7) L'église Saint-Joseph  

L'église Saint-Joseph de Québec, 2011.
Photo courtoisie Marcel Walter Landry
L'église Saint-Joseph de Québec, 2011.

L'église Saint-Joseph est devenue célèbre grâce au roman de Roger Lemelin, Au pied de la pente douce, où elle est mise en scène. C'est notamment sur son chantier de construction qu'évolue le triangle amoureux constitué de Denis Boucher, Lise Lévesque et Jean Colin.

Cette paroisse est érigée en 1925. Faute de fonds suffisants, on construit d'abord un soubassement qui servira d'église temporaire, le temps de regarnir les coffres de la fabrique. C'est l'architecte Héliodore Laberge qui conçoit les plans de ce soubassement recouvert d'une toiture en bardeaux d'amiante. 

Ce n'est qu'en 1939 que l'édifice est achevé selon les plans des architectes Charles-A. Jean et René Blanchet. Ils dessinent une église de style néogothique modernisé en pierre de taille et coiffée d'une toiture en tôle à baguettes. Au centre de la façade, une seule tour-clocher est percée par le portail. L'extérieur est complété en 1941 et l'intérieur, l'année suivante. 

En 1949, malgré des ressources financières limitées, la fabrique se dote d'un orgue Casavant et de vitraux provenant des ateliers de Rhéault, de Rennes en France. Cette église de la rue Saint-Sauveur a été démolie en 2011 pour céder la place à des logements locatifs. Quant au presbytère, il a été conservé.

8) L'église Notre-Dame-de-Pitié 

L'église Notre-Dame-de-Pitié, 2003.
Photo Conseil du patrimoine religieux du Québec
L'église Notre-Dame-de-Pitié, 2003.

Au début des années 1940, le ministère de la Défense nationale lance son programme du Wartime Housing et il réquisitionne des terrains sur lesquels il ouvre plusieurs rues où on construit des habitations pour loger des ouvriers travaillant à l'arsenal de Saint-Malo. Il s'agit des rues de la Marine, de l'Aviation, de l'Armée, Churchill, Roosevelt, Général-McNaughton et de la Victoire. C'est dans ce contexte qu'on crée, en 1945, la nouvelle paroisse Notre-Dame-de-Pitié.

On confie à l'architecte Étienne Bégin le mandat de dessiner les plans du temple religieux qui sera localisé sur la rue Saint-Vallier. Comme c'est souvent le cas, on débute par la construction d'un soubassement qui devra servir de lieu de culte temporaire. Cependant, les ressources financières ne semblent pas avoir été un enjeu puisqu'on décide de poursuivre la construction de l'église dans son entièreté. Elle est finalement ouverte au culte le 8 juin 1947.

La particularité de cette église d'inspiration moderniste est qu'elle a été construite en pierres des champs taillées, ce qui lui donne un aspect rustique. L'intérieur a subi d'importantes modifications en 1965-1967. Malheureusement, son nom s'est ajouté à la liste des églises disparues en 2011 alors qu'on l'a démolie pour construire une résidence pour personnes âgées.

9) L'église Saint-Cœur-de-Marie  

L'église Saint-Cœur-de-Marie dans les années 2000.
Photo courtoisie Monique Trempe
L'église Saint-Cœur-de-Marie dans les années 2000.

C'est en 1918 que les Pères eudistes reçoivent la direction de la nouvelle paroisse Saint-Cœur-de-Marie. Dès l'année suivante, ils font construire une église sur la Grande Allée. Le curé Dagnaud, originaire de Rennes en France, commande des plans à l'architecte français Arthur Régnault. Celui-ci lui envoie ceux qu'il a dessinés pour l'église Sainte-Jeanne-d'Arc de Rennes. 

À Québec, l'architecte Ludger Robitaille reçoit le mandat d'adapter ces plans au site. Il en résultera une église d'inspiration byzantine avec son clocher si caractéristique. La décoration intérieure est conçue par le peintre et architecte de renom Guido Nincheri; le maître-autel en marbre blanc est fabriqué dans l'atelier Jobin et Genois de Québec; les verrières et vitraux proviennent de la maison O'Shea de Montréal; l'orgue sort de chez Casavant et Frères de Saint-Hyacinthe. Bref, il y avait peu de choses banales dans cet édifice. 

Le temple reçoit sa bénédiction solennelle le 6 février 1922 en présence du premier ministre du Québec et paroissien Louis-Alexandre Taschereau. 

Malheureusement, à l'instar de plusieurs autres églises, celle de Saint-Cœur-de-Marie est fermée au culte en 1997. Dès lors, elle est pratiquement abandonnée, de sorte qu'elle se détériore rapidement. 

Elle devient irrécupérable et elle est finalement démolie en octobre 2019.

10) L'église Saint-François-d'Assise  

L'église Saint-François-d'Assise, 2012.
Photo Wikimedia Commons
L'église Saint-François-d'Assise, 2012.

L'érection canonique de la paroisse Saint-François-d'Assise a lieu en mars 1914. Jusque-là, les fidèles du secteur fréquentaient une chapelle de bois située en bordure de la 1re Avenue. 

Lors de la création de la paroisse, cette chapelle est agrandie. En juin 1918, elle est déplacée pour permettre l'édification d'une première église digne de ce nom. Sa construction s'échelonnera sur plusieurs années.

C’est l’architecte Joseph-Siméon Bergeron qui dessine les plans d'un soubassement où les paroissiens célébreront temporairement le culte. Ce n’est qu’en décembre 1925 que l’évêque donne la permission d’ériger la partie haute du temple. 

Les architectes Bergeron, Lemay et Dumais livrent le nouveau bâtiment en juillet 1927. Cependant, l’intérieur reste à compléter. Il faudra attendre 1941-1942 pour que l’architecte Bergeron complète l’aménagement intérieur. La nouvelle église est finalement inaugurée le dimanche 4 octobre 1942.

Le style de ce temple s’inspire de plusieurs églises françaises, dont celles de Saint-Étienne de Tours et de Notre-Dame-de-la-Croix à Paris. Tous ces bâtiments ont en commun la présence d’un clocher-porche et de murs latéraux à deux étages. On y reconnaît plusieurs éléments du style roman. Malgré bien de l'opposition, cette église est néanmoins démolie à l'hiver 2020 au profit d'un complexe de logements locatifs.


Un texte de Jean-François Caron, historien, Société historique de Québec  

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