/lifestyle/books
Navigation

Microfictions 2022: un excellent millésime

Régis Jauffret (auteur)
Photo courtoisie, Francesca Mantovani

Coup d'oeil sur cet article

Avec ses nouvelles Microfictions, l’écrivain français Régis Jauffret nous offre plus de 1000 pages de macroplaisir. 

C’est en 2007 que Régis Jauffret a surpris tout le monde avec son premier Microfictions, sorte d’ovni littéraire dont les 500 brefs récits d’une page et demie, tous indépendants les uns des autres, n’ont absolument rien de tendre ou de gentillet. Ils ont beau comporter une bonne dose d’humour noir, la plupart d’entre eux sont plutôt du genre à frapper et à bousculer sans ménagement. 

«Je ne fais pas partie de ces écrivains français qui racontent leur vie, parce que je ne crois pas que ça intéresse les gens, explique d’entrée de jeu Régis Jauffret qu’on a pu joindre chez lui, à Paris. Alors je raconte des histoires. Mais des histoires qui se passent mal, autrement elles n’auraient pas grand intérêt. La réalité, quand elle s’y met, peut être aussi sombre que ce que j’écris.» 

Vieillesse misérable, pédophilie, amours déçues, inceste, maladie, pauvreté, problèmes d’ordre sexuel, alcoolisme, injustices, imbécillité... Quel que soit le sujet, Régis Jauffret s’en est donné à cœur joie. Tellement qu’il n’hésitera pas à remettre ça. En 2018 d’abord – on signale au passage que ce deuxième Microfictions a remporté le prix Goncourt de la nouvelle –, puis cette année encore, avec un Microfictions 2022 qui a déjà sa place dans notre liste de coups de cœur. Et chaque fois, toujours la même formule : un pavé qui réunit 500 brefs récits aussi incisifs que jubilatoires... à condition d’aimer l’esprit caustique et les destinées singulièrement tragiques!

Le cru 2022

Une tétraplégique défigurée dont le mari a pris la poudre d’escampette six mois après l’accident. Un nonagénaire qui s’accuse du meurtre de sa femme pour pouvoir enfin avoir la chance de parler à quelqu’un. Un enfant si laid que ses parents songent très sérieusement à s’en débarrasser de façon définitive. Un chômeur qui s’obstine à envoyer partout son CV même s’il n’a pas décroché un seul entretien d’embauche depuis deux ans. Une sans-abri qui ne voudra plus de son fils dès l’instant où il commencera à ressembler un peu trop à l’un des types qui l’ont violée. 

Comme on peut le voir, Régis Jauffret ne fait pas dans la dentelle. Il souligne d’ailleurs qu’il est des livres qui ne s’adressent qu’aux adultes. 

«Je crois qu’on vit dans un monde où il y a une violence terrible, des inégalités terribles, un racisme terrible, précise-t-il. Cela dit, je n’ai pas de thème préféré, mais c’est vrai, la vieillesse revient souvent. J’étais entouré de vieux quand j’étais jeune et j’ai été assez frappé par la mort de mes deux grands-mères. Et puis il y a aussi la vieillesse qui m’attend et que je n’aime pas.» 

Dommage qu’on ne puisse remplacer le mot pomme par histoire dans le proverbe «Une pomme par jour éloigne le médecin», car si cela avait été possible, Régis Jauffret aurait au moins eu l’assurance de vieillir en santé! 

«J’essaie de produire une histoire par jour, confie-t-il. Je vais au café et en une heure ou deux, elle est écrite. Après je reviens dessus pour la clarté du texte. Je n’ai jamais de problèmes d’inspiration. En fait, j’ai parfois un trop-plein d’imagination et je sais que je mourrai sans tout avoir écrit.»

Une part de pandémie

Lorsque la COVID a commencé à se répandre aux quatre coins de la planète, Régis Jauffret avait presque mis le point final à ses Microfictions 2022

«J’ai donc enlevé 100 histoires du volume terminé et je les ai remplacées par 100 histoires qui sont contemporaines de la COVID, indique-t-il. C’est une période dont on a très vite oublié les détails et maintenant, elle nous paraît déjà lointaine.» 

«On a beaucoup parlé de l’isolement des vieux dans les établissements pour personnes âgées, mais très peu des jeunes qui n’avaient pas de bourse et qui se sont retrouvés dans des situations de misère, poursuit-il. Les violences conjugales aussi on en a peu parlé et pourtant, c’était énorme. Être confiné dans un espace de 50 m2, c’est pas pareil que d’être confiné dans une villa avec jardin. Les plaintes, il y en a beaucoup qui n’ont pas été déposées.» 

Un terreau fertile que Régis Jauffret ne s’est pas gêné d’exploiter en trouvant toujours le moyen de nous faire grincer des dents. Mais avec style, car sa plume est tout simplement admirable. Un coup de cœur. 

Régis Jauffret (auteur)
Photo courtoisie

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.