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200$ pour s’offrir une école moins plate

Jean-François Roberge, ministre de l'Éducation
Photo d'archives Jean-François Roberge, ministre de l'Éducation

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Afin d'augmenter l'offre et l'accessibilité des programmes pédagogiques particuliers (PPP), les ministres Charest et Roberge ont annoncé un investissement total de 29,5 M$.

Ainsi, les frais de tous les PPP dans les écoles publiques secondaires seront assumés par les écoles, jusqu'à concurrence de 200$. L'ensemble des parents d'élèves inscrits à un PPP tirera profit de cette nouvelle mesure, à l'exception de ceux pour qui la facture était déjà sans frais.

Selon le gouvernement, l'accès à ces programmes sera dorénavant gratuit pour plus de 60% des participants. Les élèves inscrits à un PPP, dont le coût d'accès est supérieur à 200$, profiteront d'une diminution de 200$ de leur facture totale.

La bonne cible?

J’aurais bien aimé connaître le profil socioéconomique des élèves concernés par la mesure. Quelle est la situation financière des familles d'élèves qui participent à des PPP? Et quelle est celle des élèves qui ne fréquentent pas un PPP?

L’idée me rappelle étrangement le récent don de 500$ à tous les contribuables ayant un revenu inférieur à 100 000$. Avec une mesure universelle, on rate la cible. Le cadeau de 200$ pour les programmes particuliers ne règle pas les problèmes d’accessibilité de ceux qui en ont vraiment besoin. De plus, il me semble inapproprié de subventionner des places réservées aux adolescents qui fréquentent un programme sélectif.

Mon cas servira d’exemple. Mes trois enfants seront dans un programme particulier sélectif à la polyvalente près de chez moi. Le coût? Environ 500$ par adolescent. J'aurai donc le droit à un rabais de 200$ comme le coût du PPP de mes enfants dépasse ce seuil. Bref, au lieu de me coûter 1500$, l’inscription me coûtera 900$ lors de la rentrée 2022. Pour votre information, mon revenu familial annuel est de 185 000$...

C'est un cadeau bien gentil, mais qui est loin d’être nécessaire. Et c’est le cas de plusieurs autres familles. Pourquoi ne pas y aller selon le prorata du revenu familial comme le font certaines municipalités dans leurs ententes pour les loisirs?

Le revers de la médaille

Cette course à la multiplication des projets particuliers dans nos écoles est, à l’origine, une idée fort intéressante. On veut motiver les jeunes et les garder à l’école. Qui peut être contre la vertu?

En contrepartie, cette façon de concevoir l’école comporte un effet pervers. Actuellement, le message est le suivant: l'école c'est plate, apprendre c'est plate, mais tu pourras au moins faire quelque chose d'autre que des cours plates.

Tu pourras avoir une vraie raison d'aller à l'école. Même s'il y a des matières qu'on t'oblige à apprendre, ton «choix» t'aidera à supporter cette torture.

Cette vision de l’éducation nous éloigne du plaisir d’apprendre. À quand une valorisation de l’apprentissage dans toutes les matières au programme?

Le revers de la médaille des PPP, c'est que ça relègue l'importance d’une culture générale au 2e rang.

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