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La Formule 1 prend la météo au sérieux

Paul Abeillé
Photo courtoisie Paul Abeillé, responsable de la prévision à Météo France Sports sur le circuit Gilles-Villeneuve.

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Il fera beau pour le Grand Prix du Canada. Heureusement, car dans un sport où chaque seconde compte, la moindre goutte de pluie peut faire tout déraper.

Pour les pilotes du Grand Prix de Formule 1, les conditions météorologiques sur le circuit Gilles-Villeneuve aujourd’hui peuvent faire toute la différence du monde. Quand vous roulez à 350 km/h, la plus petite averse ou brise imprévue peut vous faire gagner ou vous envoyer dans le champ. Pour la FIA, rien n’est laissé au hasard. Il est vital de connaître de minute en minute les données de température, de vent et de pluie tout le long du circuit afin d’optimiser les stratégies des écuries. Pour assurer aux pilotes des services uniformes et précis d’informations météo à tous les Grands Prix dans le monde, c’est Météo-France qui a ce contrat exclusif depuis quatre ans.

LES PILOTES DE FORMULE 1 ONT LEUR MONSIEUR MÉTÉO

Paul Abeillé, responsable de la prévision à Météo France Sports, une section de Météo-France qui offre des services spécialisés dans le domaine sportif, est le prévisionniste et chef de l’équipe de trois personnes débarquées à Montréal lundi avec des tonnes d’équipements météorologiques.


Pourquoi Météo-France est l’organisme chargé des prévisions météo pour le Grand Prix de Montréal plutôt qu’Environnement Canada, MétéoMédia ou autre ?

Météo-France est le prestataire météo sélectionné par la FIA pour assurer une qualité de service météorologique uniforme tout au long de l’année sur tous les Grand Prix. Par ce contrat, la Fédération internationale de l’automobile (FIA) souhaite développer des procédés techniques et des prises de décisions avec un seul fournisseur pour toutes les compétitions. Au-delà de la prévision météorologique, nous installons des systèmes d’observations, des radars haute définition et des systèmes informatiques. La FIA et les écuries ont donc une solution identique et des interlocuteurs identifiés à tous les GP. Évidemment, les prévisionnistes canadiens sont les meilleurs experts de leur territoire, mais la Formule 1 demande d’autres spécificités. Et c’est ce que nous développons. Nos prévisionnistes sont sélectionnés et formés pour répondre à cette approche de pouvoir travailler partout dans le monde sous des climats très variés, sous pression, très vite et avec des attentes spécifiques. En tant que prévisionniste pour le sport, on se doit de connaître les rouages des sports pour lesquels on travaille. C’est un axe de travail passionnant.


Quel est l’élément météo le plus critique pour le GP ?

Tout est important en Formule 1. On chasse le centième de seconde partout, même à la météo. Les précipitations, plus spécifiquement l’impact sur la piste est vital. Il faut en général entre 1 min 15 et 1 min 30 pour faire un tour de piste. Une erreur de prévision de 5 sec sur le début de la pluie et son impact sur la piste, et les conséquences sont énormes. La prévision de la fin de la pluie est aussi très importante car c’est à partir de là que les stratèges vont adapter le changement de pneus en fonction de l’assèchement de la piste et des enjeux de sécurité pour le pilote. Nous devons avoir cela à l’esprit tout le temps. La température est l’élément primordial et sans doute le plus déterminant pour la performance du moteur. Dans une Formule 1, on est sans cesse en train de refroidir certaines parties du bolide et d’en réchauffer d’autres. La température de l’air a une grande influence sur le maintien dans la fenêtre de température optimale des pneus, mais aussi sur l’efficacité du carburant, sur le confort et la performance des pilotes et des mécaniciens. Même les matériaux des appuis-tête sont sélectionnés en fonction de la température pour apporter le meilleur niveau de sécurité aux pilotes. Le vent a évidemment une influence sur le comportement aérodynamique de la voiture. Les meilleurs pilotes utilisent l’information sur les vents dans leur pilotage. On pourrait aussi citer la pression atmosphérique qui a un impact sur la performance du moteur. À Mexico, à 2200 m d’altitude, c’est un paramètre fondamental.


Le Canada est le pays le plus froid pour un Grand Prix. Comment le climat de Montréal influence un Grand Prix de Formule 1 comparé à ceux des pays chauds ? 

Chaque circuit possède ses spécificités. Le circuit Gilles-Villeneuve n’est pas réputé pour être un circuit très chaud en comparaison avec des circuits comme Budapest en juillet, ou les circuits du Moyen-Orient. Mais en juin, les températures à Montréal ne posent pas trop de problématiques. En Belgique, à Spa Francorchamps, ou en Allemagne, à Nurburgring, ou même sous certaines conditions à Austin, au Texas, on peut aussi avoir des journées très fraîches. La saison des Grands Prix s’étend de février à novembre. Notre équipe voit donc des climats différents d’un endroit à l’autre du monde. Ici, la couleur de la piste est assez spécifique par rapport aux autres pistes, plutôt gris clair, ce qui évite d’avoir des températures de piste trop chaudes. 


Quel type d’instruments météorologiques installez-vous sur le circuit ? 

Nous installons 3 stations de mesure sur le circuit pour mesurer la température, l’humidité, la précipitation, la pression et le vent. Et un capteur de température de piste qui permet d’affiner nos prévisions, mais également qui permet aux écuries, qui reçoivent en temps réel les données sur place et à l’usine, de suivre le comportement de la voiture et de travailler leur stratégie. Enfin, nous installons un radar haute définition pour la précipitation. Il nous permet de mesurer et de prévoir la pluie sur la zone avec une précision de 100 m et de 1 minute. Pour comparaison, un radar classique comme ceux d’Environnement Canada donne des informations au kilomètre près, ce qui est incompatible avec les exigences de la Formule 1. Ces radars de haute définition permettent d’anticiper des catastrophes orageuses, comme jeudi soir ! (rires) 

Pour la prévision, nous utilisons des modèles de prévision du temps en usage à Météo-France, bien sûr, car nous connaissons bien leur comportement, notamment le modèle européen qui a de très bonnes performances partout dans le monde. Mais selon le pays où nous nous trouvons, nous utilisons tout ce qui est disponible sur les réseaux, comme les modèles de prévisions allemands, américains ou canadiens. 


Avez-vous des anecdotes sur des problèmes durant un GP causés par la météo ?

Dès qu’il pleut, le stress et l’adrénaline dans le paddock augmentent, les médias et le public s’emballent. La stratégie est changée alors très vite. Les cartes se rebattent et les pilotes de milieu de tableau ont leurs chances. Une fois, à Budapest, il y a eu un créneau très court entre deux pilotes avant l’arrivée de la pluie. Mercedes a fait sortir Lewis Hamilton le premier, et il a pu boucler son tour. Mais les autres ont attendu un tour. Tout s’est joué en 2 sec ou 3 sec. Ils ont roulé sous la pluie et Mercedes a gagné alors qu’il n’était pas favori. Je me souviens aussi d’un GP de Bahreïn où Lewis Hamilton a réussi un dépassement spectaculaire sur Sébastian Vettel en jouant sur le fait qu’il avait le vent de face à un virage précis. Il a pu ainsi retarder son freinage au maximum et prendre les devants. La chasse au centième de seconde se fait même sur tous les éléments du ciel, même dans un souffle d’air... Ça en devient presque poétique et c’est ce qui rend ce sport si fascinant.


Pour consulter la météo, cliquez ici.

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