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Où recruter des futurs travailleurs?

Bedienung serviert Essen für die Gäste im Restaurant
Photo Adobe Stock Le secteur des services d’hébergement et de la restauration est celui qui compte le plus de postes vacants, selon les plus récentes données.

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En vue de pourvoir une partie des 259 200 postes vacants, il serait peut-être temps de regarder dans la population inactive (les « inactifs ») parmi les 15 ans et plus, c’est-à-dire les gens qui n’occupent aucun poste, et qui n’en cherchent pas, pour mille et une raisons, dont l’âge, les études, le salaire, des contraintes au travail, des contraintes familiales, etc.  

Selon les dernières données de Statistique Canada, on dénombrait en mars dernier 2,6 millions d’inactifs, soit 36,6 % de l’ensemble de la population des 15 ans et plus. Oublions les 70 ans et plus. 

Toujours est-il qu’il reste un bassin de 1,5 million de personnes inactives parmi les 15 à 69 ans.  

Par groupe d’âge, voici le nombre d’inactifs, avec le pourcentage qu’ils représentent dans leurs groupes respectifs.   

  • 15 ans - 19 ans : 195 000 (45,3 %)  
  • 20 ans - 24 ans : 122 000 (25,7 %)  
  • 25 ans - 54 ans : 348 500 (10,6 %)  
  • 55 ans - 59 ans : 127 200 (21,1 %)  
  • 60 ans - 64 ans : 300 900 (48,4 %)   
  • 65 ans - 69 ans : 426 100 (77,7 %)   
  • 70 ans et + : 1 087 000 (93 %)   

Si une portion des personnes inactives entrait sur le marché du travail, cela aiderait à soulager la pénurie de main-d’œuvre.  

Par rapport au nombre de personnes inactives répertoriées en février 2020, dernier mois où l’économie fonctionnait à plein régime juste avant le déclenchement de la pandémie de COVID-19, j’ai noté qu’on retrouvait en mars dernier un pourcentage plus élevé d’inactifs chez les 20-24 ans (+ 5,5 points de pourcentage), les 60-64 ans (+2,2 points de %) et les 65-69 ans (+ 1 point). 

Ce qui est, évidemment, négatif dans le cadre de la présente pénurie de main-d’œuvre.  

D’autre part, le pourcentage d’inactifs a quelque peu baissé (-1,1 point de pourcentage) dans la principale catégorie de travailleurs, soit chez les 25-54 ans.  

Bonne nouvelle également chez les 55-59 ans, où le taux d’inactifs a reculé de 3,7 points de pourcentage par rapport à février 2020.  

Manque criant d’employés 

La pénurie de main-d’œuvre frappe fort au Québec. Très fort. À la fin mars, Statistique Canada rapportait qu’il y avait 259 200 postes vacants sur notre territoire.  

C’est deux fois plus qu’il y a à peine 18 mois, alors qu’en décembre 2020, Québec affichait 127 860 postes vacants.  

Et dire qu’au cours de cette même période allant de décembre 2020 à mars 2022, il s’est pourtant créé au Québec 131 300 emplois qui ont trouvé preneurs.  

Le taux de postes vacants, c’est-à-dire le nombre de postes vacants par rapport à la demande de main-d’œuvre (postes occupés et postes vacants), atteignait en mars dernier les 6,7 %, soit le deuxième plus haut taux au Canada. Seule la Colombie-Britannique fait pire que nous, avec un taux de postes vacants de 7,3 %. 

Qu’on se le tienne pour dit, le problème de la pénurie de main-d’œuvre est très grave dans la province. Tout le Québec est perdant puisque cela représente un sérieux frein à la croissance de nos entreprises, de notre productivité et de l’ensemble de l’économie québécoise.  

La pénurie de main-d’œuvre frappe dans tous les secteurs de l’activité économique, dont voici les plus touchés selon les plus récentes données disponibles sur le nombre de postes vacants :  

  • Services d’hébergement et restauration : 35 160  
  • Soins de santé et assistance sociale : 35 045  
  • Fabrication : 31 565  
  • Commerce de détail : 29 515  
  • Services professionnels et techniques : 17 655  
  • Services administratifs, soutien, etc. : 14 995  
  • Construction : 14 890    

Mis à part le bassin des « inactifs », où pourrait-on trouver des travailleurs en vue de pourvoir une grande partie des postes vacants ?  

Les chômeurs et assistés sociaux

Alors qu’en mars il y avait 259 200 postes vacants, le nombre de chômeurs, lui, s’élevait à 208 300.  

J’ose croire qu’il serait possible de puiser dans ce vaste bassin de chômeurs pour pourvoir des dizaines de milliers de postes vacants en fonction des compétences exigées.  

On n’est quand même plus à l’époque de la pandémie de COVID-19 où il était plus « payant » pour bien des « chômeurs » de rester chez eux grâce à une PCU (prestation canadienne d’urgence) plus généreuse que le salaire offert par plusieurs entreprises.  

Autre bassin où il serait sans doute possible de recruter des travailleurs potentiels ? Regardons du côté des prestataires de l’assistance sociale qui n’ont pas de contraintes pour revenir sur le marché du travail.  

Selon le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, il y a 83 440 prestataires d’assistance sociale qui sont actuellement aptes au retour au travail. À cela s’ajoute un autre bassin potentiel de 46 500 prestataires qui pourront éventuellement retourner sur le marché du travail lorsque prendront fin leurs contraintes temporaires. 

Les immigrants  

Comme autre solution visant à régler le problème de pénurie de main-d’œuvre, plusieurs interlocuteurs souhaitent que le gouvernement du Québec augmente le nombre annuel d’immigrants. Mais il s’agit ici d’une mesure à long terme.  

Prenons le Conseil du patronat du Québec (CPQ). Pour faire face aux enjeux liés au vieillissement de la population et aux besoins en main-d’œuvre, le CPQ recommande les mesures suivantes :   

  • Augmenter les seuils d’immigration permanente, avec une sélection plus efficace pour correspondre aux besoins du marché du travail et avec une réduction des délais dans le traitement des demandes.  
  • Renforcer et rendre efficace les dispositifs visant la reconnaissance des acquis et compétences des personnes immigrantes.  
  • Revoir les règles du Programme des travailleurs étrangers temporaires en facilitant la venue de travailleurs pouvant répondre aux besoins des employeurs, et ce, en assouplissant les exigences administratives et en accélérant le traitement des demandes du programme.   
  • Faciliter l’accès des travailleurs étrangers temporaires à la résidence permanente.  
  • Accompagner les PME quant à l’accès à ces travailleurs et à l’intégration de ces derniers.  
  • Mettre en place de vraies mesures d’intégration régionales.   
  • Attirer et retenir les étudiants étrangers.   

Le CPQ reconnaît en outre qu’il faut miser sur une immigration francophone ou francophile. Et, ajoute-t-il, s’assurer de l’offre adéquate de cours de francisation avant et après l’arrivée des immigrants au Québec dans le dessein de ne pas se priver de talents et de candidats intéressants en raison de leur méconnaissance préalable de la langue. 

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