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Manque de motivation à l'école: «Les profs aussi sont nonchalants»

Des jeunes expliquent pourquoi ils sont aussi peu motivés par l’école en cette ère post-pandémique

GEN - RENCONTRE DE JEUNES
Photo Martin Alarie Félix Berruet, 14 ans, Ron Laviatrice, 16 ans, et Noa Livet-Pages, 15 ans, font partie des adolescents rencontrés à la Maison des jeunes Le Squatt d’Ahuntsic.

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Accusés d’être plus passifs et démotivés que jamais, des adolescents renvoient le miroir à certains de leurs enseignants qui sont eux-mêmes souvent absents ou qui se contentent de lire un manuel en classe.

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« C’est aussi à cause des profs si on n’est pas motivés. Ils ne sont jamais là. C’est toujours une remplaçante. Ils s’en foutent », lance Jessica Dumergean, 16 ans.

Le Journal a parlé à 10 personnes qui travaillent dans une école secondaire ou en maison des jeunes. Presque tous observent une démotivation vis-à-vis des études et une difficulté à s’organiser ou à se mettre en action.

Comment expliquer cette tendance ? Le Journal a rencontré une quinzaine d’élèves à la Maison des jeunes Le Squatt dans Ahuntsic, à Montréal, afin d’aller chercher leur point de vue.

« L’école à distance, ce n’était pas vraiment de l’école », témoigne Noa Livet-Pages, 15 ans. « J’allais juste pas [aux cours virtuels] et je passais quand même. »

Baisse de notes ?

Les journées et les périodes étaient plus courtes, les devoirs presque facultatifs.

« Là, ils resserrent vraiment la vis », dit le jeune homme, qui remarque un changement de rythme « radical » maintenant que la crise sanitaire est terminée.

« Les élèves ont juste gardé leurs habitudes du temps COVID », résume Noa.

Le Journal leur demande si leurs notes ont baissé depuis la pandémie. Dans un même élan, tous lèvent la main.

« Je suis passé de 90 % à 50 % dans quasiment toutes les matières », dit un élève qui ne souhaite pas être nommé.

Pour plusieurs, c’est surtout la faute des enseignants. Sur ce sujet-là, ils sont intarissables. « Ce n’est pas normal que le prof fasse juste lire le cahier en classe. Et que quand on a une question, il nous dise : “va sur Google”, rapporte un élève. Je ne vais pas mentir. Si je ne comprends rien, je ne vais pas travailler [pour réussir]. »

Bien qu’elle dénonce les comportements de certains enseignants, Jessica Dumergean avoue que la balle est aussi dans son camp. « Ça commence à m’inquiéter [la baisse de notes] ». Elle espère aller au cégep l’an prochain. Pour y arriver, elle compte mettre moins de temps à dormir... et plus à faire ses devoirs.

L’argent avant les devoirs

Un élève 13 ans avoue que s’il a le choix entre terminer un devoir important ou faire du gardiennage pour gagner de l’argent, il préfère le gardiennage.

Les jeunes semblent particulièrement conscients de la pénurie de main-d’œuvre, qui se manifeste à l’école, mais qui les avantage sur le marché du travail. « Même si étudier, c’est vraiment ennuyant, ça reste important. Je n’ai pas envie de passer 30 ans de ma vie dans un dépanneur », nuance Ron Laviatrice, 16 ans.

Pour les plus jeunes, la notion de carrière est très lointaine. « Il y a déjà des gens qui me demandent : “Que veux-tu faire plus tard ?” Mais je suis juste en secondaire 2 », s’exclame Sydney Fleury, 14 ans.

 

Du personnel scolaire au bout du rouleau  

Les jeunes qui rapportent une démotivation chez leurs professeurs n’ont peut-être pas complètement tort puisque plusieurs intervenants scolaires trouvent que leurs collègues sont au bout du rouleau.

Mathieu* s’occupe du premier cycle comme directeur dans une école secondaire de la métropole. Ce qui l’a le plus frappé cette année, ce n’est pas l’attitude des élèves, mais celle de son équipe.

« Je n’ai jamais géré autant de situations conflictuelles ou de détresse chez les adultes », dit-il.

Il doit parfois faire de la médiation entre des membres du personnel. Parfois, entre un employé et un élève, illustre-t-il. « Il y a beaucoup d’irritabilité. »

« Je n’ai jamais vu des gens crevés comme ça », abonde Mireille* à propos de ses collègues de l’école primaire de Montréal où elle enseigne.

Non seulement la pandémie a affecté leur propre santé mentale, mais ils doivent maintenant composer avec la lourdeur accrue des difficultés chez les élèves, soulignent plusieurs intervenants.

« C’est désemparant », soupire Marjorie Racine, qui enseigne à Longueuil.

Ses élèves de 4e année n’ont tout simplement pas un niveau académique de 4e année, résume-t-elle.

« On a parfois l’impression qu’on ne fait pas bien notre travail [...] On ne sait comme plus où mettre les priorités. »

Revirés de bord

Crystel* est psychologue scolaire à Montréal. Son rôle est principalement d’évaluer les élèves. « Mais là, j’ai des profs qui viennent me voir dans mon bureau. Je n’avais pas ça avant. »

Cette fatigue, il est probable que les élèves la sentent, suppose Camille Rivard, coordonnatrice à la Maison des jeunes de Repentigny.

« Je lance zéro roche au personnel scolaire, prévient-elle. Mais on se le fait souvent dire par les jeunes : il y en a qui ne se sentent pas appuyés et compris par le personnel de leur école. Ils se sentent revirés de bord. »

*Noms fictifs. Plusieurs intervenants ont gardé l’anonymat pour ne pas identifier leurs élèves et pour éviter les représailles de leur centre de services scolaire.

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