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Mieux comprendre nos aînés

Caregiver, carer hand holding elder hand in hospice care. Philanthropy kindness to disabled concept.
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Nous avons souvent du mal à voir ce qui se passe dans la vie de nos aînés ou préférons parfois minimiser la situation, peut-être aussi parce que cela serait trop confrontant, ou trop douloureux. Les personnes âgées font face à une foule de changements, de deuils, de pertes et de bouleversements qui demeurent incompris ou largement sous-estimés de leur entourage. Riches en expériences et en savoir, les aînés sont trop rarement appréciés et reconnus à leur juste valeur, et c’est pourquoi je tenais à leur rendre hommage.

Pour une culture de la bienveillance envers nos aînés

Certains gestes ou réactions, qu’il s’agisse d’incompréhension ou d’insistance, peuvent nous mener à des comportements de maltraitance envers les personnes âgées, et ce, à notre insu. Souvent, on veut faire pour le mieux, mais sans le savoir, on inflige un mauvais traitement par manque de compréhension de ce qui se passe dans leur tête. Nous nous devons, tant collectivement qu’individuellement, de porter une attention toute particulière à nos réactions et interactions avec les aînés, de repenser ces relations, et développer une culture de bienveillance envers eux.

De nombreux aînés peuvent, par exemple, subir des pressions pour casser maison ou encore pour cesser certaines activités jugées à risque par leurs proches. En outre, les personnes âgées peuvent se voir imposer, par des gens qui veulent leur bien, des activités occupationnelles ou sociales pour lesquelles ils n’ont pourtant aucun intérêt. 

Pensons également à une personne âgée souffrant d’aphasie à la suite d’un accident vasculaire cérébral. Il se peut que cette personne ne comprenne pas, mais elle n’est pas sourde. Devant quelqu’un qui hausse le ton, elle pourrait se fâcher ou manifester de l’anxiété, ne comprenant pas pourquoi on crie après elle. Quand on comprend qu’une personne aphasique n’est pas sourde, plutôt que de monter le ton, on choisira de s’exprimer avec des gestes ou des images en plus du langage. Malheureusement, nombreux sont les exemples où nos interventions sont peu adaptées en raison d’un manque de compréhension face à ce qui se passe dans le cerveau des personnes âgées. 

Vieillir... et quitter sa vie d’avant 

Dans une des plus grandes pièces de théâtre de Michel Tremblay, Albertine en cinq temps, la protagoniste âgée de 70 ans, tout juste installée dans un CHSLD, lance cette remarque ironique : « À c’t’heure, rien va se passer... Tant qu’à ça, c’est aussi ben de même... Une femme vide, devant une télévision vide, dans une chambre vide qui sent pas bon. C’est-tu ça qu’on appelle une vie bien remplie ? » 

Albertine dit sans doute tout haut ce que beaucoup d’aînés pensent tout bas... Mettre la clé dans la porte de sa maison, renoncer aux lieux d’autrefois pour s’installer dans l’inconnu, et souvent l’impersonnel, voilà un changement de vie titanesque qui exige non seulement une forme d’abandon, mais aussi de courage. 

Vieillir, ça signifie souvent faire de plus en plus de deuils avec de moins en moins de capacités d’adaptation pour y faire face. Nos amis partent avant nous, les enfants finissent souvent par fonder une famille, tandis que les petits-enfants que l’on gardait autrefois avec tant de plaisir grandissent à leur tour, et développent mille occupations qui, forcément, les éloigneront de leurs grands-parents. Beaucoup de familles sont aussi débordées ou dispersées, et n’ont pas toujours le temps de se fréquenter. Les deux dernières années de pandémie ont par ailleurs été particulièrement difficiles pour plusieurs aînés, qui ont vécu encore plus d’isolement depuis les débuts de cette crise.

Repenser nos liens avec les personnes âgées

Ces deuils de présences significatives rappellent aux aînés qu’ils ont beaucoup investis d’énergie et de temps pour leurs proches, et qu’ils n’occupent peut-être plus pour eux la même place, la même importance, ou les mêmes fonctions. 

Si cette étape vient avec son lot de pertes, d’enjeux et de difficultés, ce n’est pas la seule chose qui définit les aînés, bien au contraire. En faisant un effort pour mieux comprendre les personnes âgées et en étant à leur écoute, on en apprend souvent beaucoup sur eux, sur leurs réalités.

À cette période de leur vie, il est d’autant plus important que les personnes âgées se sentent bien entourées, avec des proches ayant à cœur leur bien-être et qui demeurent sensibles et informés de leur réalité. Nous pouvons tout un chacun contribuer à repenser nos relations avec eux, et ensemble, promouvoir une réelle culture de bientraitance envers les aînés.


Ma chronique psychologie prendra une pause pour la période estivale. Au plaisir de vous retrouver cet automne, et d’ici là, je souhaite à chacun de vous de pouvoir profiter de cette période de l’année pour recharger vos batteries, pour voir les gens que vous aimez, et de passer un superbe été sous le signe de la bienveillance.

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