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Nos créateurs en perte de liberté

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Photo AFP Barry Avrich

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Il y a quelques semaines, le réalisateur Barry Avrich a soulevé une tempête en déclarant qu’on n’a pas à être Noir pour écrire des histoires de Noirs.

Le réalisateur, qui venait de remporter un Prix Écran pour son documentaire Oscar Peterson : Black + White, souhaitait pourtant qu’il y ait plus de films et de séries concernant les Noirs. « Il y a tellement d’histoires de Noirs, a-t-il dit, que peu importe qui les raconte, il faut les faire connaître ! » 

La réaction ne s’est pas fait attendre. Tout ce qui grouille et gribouille dans le monde anglophone de l’audiovisuel, dont le wokisme grandit à vue d’œil, a condamné d’une seule voix le malheureux cinéaste. Où avait donc la tête cet écervelé pour faire une déclaration aussi légère ?

Ne savait-il pas que « l’appropriation culturelle » a pris fin « officiellement » au Canada, le mercredi 4 juillet 2018, jour où le Festival international de jazz de Montréal a mis fin abruptement au spectacle SLĀV de Robert Lepage et Betty Bonifassi, suite à la manifestation d’un petit groupe d’exaltés ? En cette époque d’extrême rectitude politique, l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision a tôt fait de faire ravaler Avrich.

Même Céline Peterson, la fille du célèbre jazzman, a déclaré que la vive riposte aux propos insultants d’Avrich l’avait réconfortée. Dans les jours qui ont suivi, le réalisateur a dû battre sa coulpe publiquement. Il a promis qu’il se consacrerait désormais à soutenir sans réserve les créateurs noirs et tous les autres créateurs sous-représentés.

FINIS LES PRIVILÈGES BLANCS !

Dans l’état actuel des choses, il n’y a plus aucune chance pour qu’un metteur en scène ou un artiste blanc puisse imaginer un scénario ou un spectacle concernant des Noirs, et, par ricochet, des Autochtones. Nos créateurs qui présentent des caractéristiques physiques associées historiquement aux populations originaires d’Europe savent maintenant que les portes des conseils des arts, de Téléfilm, de l’ONF, de Radio-Canada et de tous les organismes d’aide leur sont fermées à double tour si leurs projets concernent des Noirs ou des Autochtones. 

Mais ce n’est pas tout. Leurs chances d’être soutenus dans des histoires qui ne concernent que des Blancs s’améliorent de beaucoup s’ils ont l’intelligence d’intégrer dans leurs équipes ou leur distribution quelques Noirs ou Autochtones, un handicapé ou encore un LGBTQUIA+. Ils peuvent gagner ainsi de précieux points auprès des organismes d’aide.

COMME UN CASIER JUDICIAIRE 

Attention, il ne faut pas jouer au plus fin. Parce qu’elle n’avait pu prouver hors de tout doute son ascendance algonquine de Kitigan Zibi à Maniwaki, la réalisatrice Michelle Latimer fut forcée de démissionner de la série Trickster qu’elle avait réussi à produire de peine et de misère. La série fut annulée sur-le-champ par la CBC malgré le succès de la première saison. La faute de la cinéaste était impardonnable et « la mer y serait passée sans laver la souillure », pour paraphraser Alfred de Musset. Depuis plus de deux ans, la malheureuse, que je sache, n’a pas retravaillé, car elle traîne sa bévue comme s’il s’agissait d’un casier judiciaire.

Nos auteurs et nos artistes marchent désormais sur des œufs, qu’ils soient blancs ou qu’ils soient noirs. Les organismes d’aide sans lesquels ils ne sauraient s’exprimer tissent graduellement autour d’eux une toile qui finira par les étouffer. Malgré toutes leurs bonnes intentions, les règles qu’ils imposent à nos créateurs finiront par être aussi stérilisantes que celles que subissent les créateurs dans les régimes totalitaires.

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