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Le PM est-il ou non un souverainiste refoulé?

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François Legault, premier ministre nationaliste, serait-il néanmoins un souverainiste refoulé ? Ou dit autrement, un faux fédéraliste ? À quelques mois d’une probable victoire électorale massive de la CAQ, les spéculations sur ses intentions soi-disant cachées se multiplient.

Au PLQ, tentant désespérément de rapailler une partie de son électorat, on accuse M. Legault de préparer secrètement un 3e référendum. Cité dans le Globe and Mail, le député libéral Marc Tanguay n’y va pas de main morte.

François Legault, rappelle-t-il, est un ex-ministre péquiste. Il serait donc en train d’appliquer la vieille recette péquiste visant à provoquer des crises avec Ottawa dans l’espoir de réveiller la ferveur indépendantiste au Québec.

Ses outils pour le faire seraient sa loi 21 sur la laïcité ; sa loi 96 renforçant la loi 101 ; son recours à la controversée clause dérogatoire et la possibilité évoquée par son ministre Simon Jolin-Barrette de soustraire le Québec à la Charte canadienne des droits et libertés, non ratifiée par l’Assemblée nationale.

Bref, François Legault serait encore et toujours souverainiste. D’où aussi, pointe-t-on, son recrutement de Bernard Drainville et Caroline St-Hilaire, deux souverainistes se disant maintenant uniquement nationalistes.

Par hasard

Comme par hasard, les mêmes théoriciens du souverainiste refoulé en François Legault omettent d’ajouter que la CAQ comprend aussi plusieurs députés et ministres fédéralistes et fiers d’arborer leur amour du Canada.

On trouve même quelques souverainistes pour croire eux aussi que François Legault fera l’indépendance lorsque la Cour suprême du Canada aura invalidé ses lois 21 et 96, en tout ou en partie.

Idem pour sa demande au fédéral de tous les pouvoirs en immigration. Seule la souveraineté, pensent-ils, serait son ultime Plan B face au refus pourtant déjà exprimé par Justin Trudeau.

Qui diable parmi les électeurs, de plus en plus nombreux à couper dans leur épicerie et à attendre pour un médecin de famille, porte la moindre attention à tous ces scénarios franchement abracadabrants ?

Cela, je dois dire, me rappelle aussi une discussion « musclée » que j’avais eue à l’été 1990 avec Bernard Landry, retourné brièvement à l’enseignement. C’était tout juste après l’échec de l’Accord du lac Meech.

Il me téléphone pour me demander ce que je pense de la suite des choses. Je lui réponds qu’à mon humble avis, le premier ministre Robert Bourassa, habile stratège, cherchera tout d’abord à gagner du temps.

Qu’il est fédéraliste. Que par conséquent, son espoir sera de voir retomber les forts appuis à la souveraineté nourris par l’échec de Meech.

Politique fiction

La réaction de Bernard Landry est courroucée. Il me dit que je ne comprends rien. Que Robert Bourassa est un vrai nationaliste. Que face à l’affront du Canada, il fera l’indépendance. Ce sera, me dit-il, son « devoir sacré ».

Je lui réponds que M. Bourassa, aussi nationaliste soit-il, en allant au PLQ, avait choisi le fédéralisme. Que s’il le reniait, quelle qu’en soit la raison, son parti éclaterait.

J’ajoute, avec des pincettes : « avec toute l’amitié que je te dois, Bernard, tu prends tes rêves pour la réalité ». Pas content du tout, il raccroche le téléphone. Deux ans plus tard, il me rappellera pour me dire qu’il avait en effet pris ses rêves pour la réalité...

François Legault a fondé la CAQ, comme il dit, pour sortir le Québec du débat sur la souveraineté. S’il reniait son choix, quelle qu’en soit la raison, son parti imploserait. 

La morale de cette histoire ? Comme pour Robert Bourassa, les théories sur le souverainiste caché en François Legault feraient sûrement une excellente fiction. Peut-être que Luc Dionne serait même intéressé...

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