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Hockey Canada au banc des punitions

Le gouvernement fédéral a annoncé un gel des millions en financement à la suite d’un viol collectif allégué

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Après une comparution peu convaincante lundi devant le Comité permanent du patrimoine canadien, Hockey Canada a été mis en échec là où ça fait le plus mal : dans les coffres. Le gouvernement fédéral cesse le versement de millions de dollars en financement à la fédération.

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À la suite de troublantes révélations concernant un viol collectif qui serait survenu dans une chambre d’hôtel de London en juin 2018, Hockey Canada ne cesse de marquer dans son propre but.

Lundi, devant les élus, les dirigeants du puissant organisme ont affirmé n’avoir jamais été en mesure d’identifier les huit joueurs en cause au terme d’une enquête indépendante incomplète dans laquelle lesdits athlètes n’ont jamais été contraints de témoigner.

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La ministre pas impressionnée

Mercredi, la ministre fédérale des Sports, Pascale St-Onge, a confirmé, d’abord au réseau TSN et ensuite en point de presse officiel, que le financement à Hockey Canada serait coupé jusqu’à ce que l’organisation établisse un partenariat avec le Bureau de la commissaire à l’intégrité dans le sport. Celui-ci a le pouvoir de recevoir et d’enquêter sur des plaintes d’abus et d’imposer des sanctions.

« Comme tout le monde, j’attendais avec beaucoup d’impatience le témoignage de Hockey Canada devant le comité du patrimoine. Et comme tout le monde, j’ai beaucoup de questions par rapport à leur gestion des événements. Malheureusement, on n’a pas obtenu beaucoup de réponses lors de cette comparution. »

« Ce qu’on a appris au sujet de leur gestion de l’événement est extrêmement troublant et préoccupant », a indiqué la députée de Brome-Missisquoi en annonçant la mesure.

Scott Smith, président et chef de l’exploitation chez Hockey Canada, Tom Renney, chef de la direction, Dave Andrews, président de la Fondation Hockey Canada, et Andrew Winton n’ont pas convaincu les élus, lundi, à Ottawa.
Photo Agence QMI, Marc DesRosiers
Scott Smith, président et chef de l’exploitation chez Hockey Canada, Tom Renney, chef de la direction, Dave Andrews, président de la Fondation Hockey Canada, et Andrew Winton n’ont pas convaincu les élus, lundi, à Ottawa.

Depuis 2020, Hockey Canada a reçu 14 millions $ du gouvernement canadien, dont 3,4 millions $ en subventions d’urgence en raison de pertes liées à la COVID-19. Récemment, 2,2 millions $ auraient été demandés pour se remettre des contrecoups de la pandémie.

En qualifiant le leadership de Hockey Canada de « déficient, inapproprié et d’une autre époque », la ministre St-Onge a fustigé la fédération, qui a conclu une entente hors cour de 3,55 M$ avec la présumée victime, qui protège l’identité des joueurs fautifs.

« Aujourd’hui, avec tout ce qu’on sait au sujet des violences sexuelles et des impacts sur la vie des personnes qui en sont victimes, avec toutes les recommandations sur la façon de gérer ces situations, il faut qu’ils [les dirigeants de Hockey Canada] entrent en 2022 pour changer la culture de l’organisation », a-t-elle pesté. 

Conditions à remplir

Par ailleurs, la ministre St-Onge exige que Hockey Canada remette son rapport d’enquête indépendant, même incomplet, afin qu’il soit examiné. La fédération devra aussi démontrer comment elle va implanter les recommandations du rapport au sein de son organisation. 

Le financement d’Ottawa ne sera pas renouvelé tant que cette condition ne sera pas remplie, en plus de celle de collaborer avec le Bureau de la commissaire à l’intégrité dans le sport.

« Ils devront travailler en étroite collaboration pour changer la culture du silence en plus de poser les gestes appropriés pour lutter contre les violences sexuelles au sein de l’organisation », a prévenu Mme St-Onge.

Enquête sur la fédération

En fin de journée, le Bloc Québécois a quant à lui fait adopter une motion à l’unanimité, stipulant que « la Chambre demande une enquête indépendante sur la gestion qu’a faite Hockey Canada des événements de juin 2018, de façon à savoir s’il s’agissait d’un événement isolé ou s’il existe des lacunes dans la façon dont Hockey Canada traite les plaintes d’agressions sexuelles, de harcèlements sexuels et d’autres types d’inconduites qui lui sont rapportés ».

Lundi, Hockey Canada a indiqué que deux autres enquêtes pour des événements de nature sexuelle étaient en cours et que « deux à trois » cas survenaient chaque année depuis « cinq ou six ans ».

Un bon premier pas 

Aux yeux d’Enrico Ciccone, qui a longtemps gravité dans le hockey, la sanction imposée par la ministre fédérale Pascale St-Onge s’avère un bon pas, mais il aurait aimé voir Hockey Canada se faire taper encore plus durement sur les doigts.

Plutôt qu’un arrêt du financement jusqu’à ce que la fédération remplisse des conditions, le député libéral de Marquette, à Montréal, et porte-parole de l’opposition officielle au Québec en matière de sports, de loisirs et de saines habitudes de vie, aurait prôné un gel sur une longue durée.

« J’aurais dit : “pour les deux prochaines années, arrangez-vous !” C’est inacceptable la façon dont Hockey Canada a géré ça, sans tenter d’aller au bout des choses. 

« C’est un bon pas, mais la ministre est pas mal plus gentille que moi, disons-le comme ça », a-t-il commenté, en entrevue avec Le Journal.

Une bonne chose

Lundi, au terme de la comparution des gros bonnets de Hockey Canada devant le Comité permanent du patrimoine canadien, certains élus avaient souligné que le retrait de subventions ne serait pas une solution viable et pénaliserait de jeunes joueurs.

« Quand une industrie n’est pas capable de prendre soin d’elle-même et de se gérer, les hautes instances doivent prendre des décisions pour elle », a rétorqué M. Ciccone.

« Le nerf de la guerre, dans toutes les fédérations sportives, c’est l’argent. Tu ne veux pas faire mal à la génération future. Mais quand tu as une réserve pour acheter le silence de quelqu’un, c’est parce qu’ils doivent avoir un petit coussin. Il y a d’autres façons de faire du financement. Tu n’as qu’à travailler plus fort les prochaines années », a poursuivi l’ex-bagarreur de la LNH.

Pas crédibles

Selon lui, il aurait même été souhaitable qu’à l’image de la Russie, qui a envahi l’Ukraine, les athlètes canadiens ne puissent être identifiés au pays lors de rendez-vous internationaux. 

« Dans les prochaines années, tu ne peux pas porter la feuille d’érable. L’institution doit être pénalisée. Tu n’as pas le choix d’aller là », a-t-il plaidé.

Chose certaine, celui qui a évolué pendant 11 saisons dans les rangs professionnels n’a clairement pas accordé une once de crédibilité aux bonzes de l’organisme.

« Quand Hockey Canada me dit qu’ils vont mettre des mesures en place pour éviter ces choses-là dans le futur, j’ai le goût de répondre : “tu me niaises ?” 

« Équipe Canada junior développe des modèles pour notre jeunesse. Il y a une responsabilité sociale énorme qui vient avec ça. Pour moi, tout ça est une entorse à l’exemple qu’on doit démontrer à nos jeunes hommes et nos jeunes filles pour les protéger », a-t-il conclu. 

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