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Un gros partenaire de Sonder dans les paradis fiscaux

La firme Prime Properties est détenue par un homme d’affaires basé aux Bahamas

Sonder Airbnb
Photo Dominique Cambron-Goulet Sonder exploite depuis novembre 157 appartements dans cet édifice, boulevard de Maisonneuve, à Montréal.

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La controversée multinationale Sonder s’est alliée à une compagnie dont les actionnaires sont reliés aux Bahamas, un paradis fiscal, pour deux projets de location d’appartements à Montréal.

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Au cours des dernières semaines, notre Bureau d’enquête a exposé que Québec avait octroyé 50 M$ à Sonder (30 M$ attribués sous forme de prêt et 20 M$ d’investissement). L’entreprise exploite 389 logements de type Airbnb à Montréal, en pleine crise du logement. 

En janvier, Sonder annonçait avec fierté son partenariat avec la compagnie Prime Properties pour deux projets. 

L’un d’eux, situé près de l’Université Concordia, au centre-ville, compte 157 appartements. Il s’agit du plus gros projet de Sonder à Montréal à avoir vu le jour. 

Un second projet est prévu dans le Vieux-Montréal. Sonder loue donc un édifice entier à Prime, pour offrir ces appartements en location sur des plateformes d’hébergement touristique.

Karsten Rumpf, le président de Prime Properties, propriétaire de l’immeuble.
Capture d’écran rumpfeurorealty.com
Karsten Rumpf, le président de Prime Properties, propriétaire de l’immeuble.

Des peep-shows aux Bahamas

Prime Properties est un important joueur du marché immobilier du centre-ville. Son fondateur, l’homme d’affaires Karsten Rumpf, a fait fortune dans l’immobilier, mais aussi dans l’exploitation d’arcades et de peep-shows, à Montréal.

Prime Properties appartient à une entreprise du Nouveau-Brunswick qui, elle-même, est détenue par une entreprise domiciliée aux Bahamas. Karsten Rumpf, son président, est aussi établi dans ce paradis fiscal depuis les années 1990.

Il y possède d’ailleurs une résidence cossue dans une des communautés les plus sélectes de ce pays des Antilles.

Les Bahamas ont longtemps été considérées comme un des principaux refuges fiscaux des Canadiens. En 2010, le Canada a conclu une entente de partage de renseignements fiscaux avec ce pays, afin de lutter contre l’évasion fiscale. 

Les lois fiscales y demeurent toutefois très avantageuses pour les entreprises. 

Des ennuis avec Revenu Québec

L’entreprise Euro Immobilien Corporation, qui est aujourd’hui l’actionnaire ultime de Prime Properties, est aux Bahamas depuis au moins 2001. 

Quelques années auparavant, en 1996, Karsten Rumpf a eu un litige avec Revenu Québec, fait état un jugement de cour dans un dossier concernant son entreprise Karrum Amusements.

Le fisc réclamait 3 M$ en cotisations, sous prétexte que «Karrum cachait des revenus», a dit un ancien avocat de l’entreprise, en cour. 

Revenu Québec a finalement laissé tomber ses réclamations en échange du fait que Karrum abandonne de son côté un recours contre le fisc pour des trop-perçus de taxes. Personne chez Prime Properties n’a donné suite à nos nombreuses demandes d’entrevues.

Des avantages fiscaux  

Le partenariat avec Prime Properties n’est pas le seul lien de Sonder avec les paradis fiscaux. 

Comme nous le révélions il y a deux semaines, un projet d’hôtel dans le Quartier chinois est fait en partenariat avec une entreprise dont les principaux actionnaires sont aux îles Seychelles et aux îles Vierges britanniques. 

De plus, Sonder est incorporée dans un État américain reconnu comme le refuge fiscal par excellence aux États-Unis. 

Après avoir été fondée à Montréal en 2014, l’entreprise a déménagé son siège social à San Francisco en 2017, puis s’est incorporée au Delaware en 2020.

«C’est la juridiction la plus conviviale pour les entreprises. Il n’y a pas de taxes d’État, ce qui est un point important, mais il y a tout un pan d’avantages réglementaires», explique D.T. Cochrane, économiste de l’organisme Canadiens pour une fiscalité équitable. 

Plusieurs sociétés américaines y ont élu domicile.

Transfert de profits

Selon M. Cochrane, le fait qu’une compagnie canadienne soit ultimement détenue par une entité au Delaware favorise « le transfert de profits vers cette juridiction ». 

«C’est un problème qui s’est accentué avec l’ère numérique, puisqu’il est vraiment plus facile de déclarer qu’un produit numérique [comme un site web] est celui qui génère les revenus», dit-il, citant l’exemple d’Uber, qui déclarait ses profits aux Pays-Bas.

Selon lui, ce type de transfert est très difficile à réguler pour les autorités fiscales canadiennes et québécoises. 

«Nous opérons dans 10 pays et plus de 35 marchés à travers le monde. Nous payons les impôts pour les profits qui sont générés dans chacun de nos marchés de façon conforme aux lois fiscales», a répondu Fiona Story, porte-parole de Sonder. 

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