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«Elvis»: bête de foire, bête de scène, bête de somme

«Elvis»: bête de foire, bête de scène, bête de somme
Capture d'écran, Warner Bros

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Le réalisateur Baz Luhrmann offre sa vision d’Elvis Presley, portée par un Austin Butler éblouissant. 

«Elvis» n’est en aucun cas un film biographique comme un autre, Baz Luhrmann y insufflant toute la flamboyance, la grâce, la démesure et l’hyperbole qui font l’originalité de «Moulin Rouge!», de «Gatsby» et maintenant de cet «Elvis». Car seul l’Australien est capable de diviser l’écran en deux, puis en trois, puis en huit, d’intercaler des séquences de bandes dessinées, des surtitres et même une carte postale sans que cela brise le rythme de ce long métrage fluide de 159 minutes.

Le film possède deux voix. Celle, parfois hors champ du colonel Tom Parker (Tom Hanks, parfait de cynisme) et celle d’Elvis Presley (Austin Butler, hallucinant de vérité qui mérite une nomination aux Oscars), les deux hommes nous racontant, à tour de rôle, l’histoire du King.

Elvis est le King, le roi, d’abord l’enfant qui découvre le pouvoir de la musique en observant les noirs danser dans les bouges de sa ville natale et chanter à l’église. Pour Elvis, la musique est extase sexuelle et spirituelle puisqu’elle est, comme le lui répète sa mère (Helen Thomson) à l’envi, un don de Dieu. Puis Elvis est le King, le roi, le jeune homme qui fait «de la musique de noirs» et se déhanche sur scène, alors affublé des pires épithètes par les médias – «sauvage», «pervers», «Elvis le pelvis» -, car dangereux pour l’«establishment» d’après-guerre. Elvis choque, détonne, provoque l’hystérie des admirateurs, libère.

Et enfin Elvis le King devient le roi de Las Vegas, usé, bouffi, alcoolique, accro aux pilules que quitte Priscilla (Olivia DeJonge), épuisée d’une telle vie. Car Parker, ancien élève de Barnum fait sienne la formule du «greatest show on earth» («Le plus grand spectacle du monde») afin de pousser son poulain toujours plus loin, en faisant tout d’abord une bête de foire, puis une bête de scène, mais toujours une bête de somme qu’il manipule afin d’encaisser 50 % des ses recettes.

De plus, Baz Luhrmann place constamment Presley dans son contexte historique, la ségrégation, l’assassinat de Martin Luther King puis de Robert Kennedy, les débuts du mouvement hippie, les contestations sociales... Elvis le rebelle, dépassé par son destin, sans cesse en quête de l’amour du public, un amour formidable qui le nourrit autant qu’il le tue. Épopée musicale débridée, «Elvis» colle le destin de la vedette sur celui de l’Amérique, Luhrmann nous renvoyant à nos démons, à Michael Jackson, Britney Spears, et tous les sacrifiés sur l’autel de la gloire, de l’argent et du profit.

Austin Butler est habité – possédé? – par ce rôle dans lequel il verse toute son âme. Et lorsque Elvis / Austin chante pour la dernière fois à Las Vegas, le visage bouffi et strié de sueur, on a la gorge serrée de cette émotion si particulière des dernières fois. Pas de doute, seul Baz Luhrmann était capable d’un hommage aussi vibrant à celui qui demeurera toujours le King.

  • Note: 4 sur 5
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