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Que serais-je sans mots?

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Rien! Rien de ce que je suis, en tout cas. À vrai dire, si je n’avais pas de mots, je ne pourrais ni vous en parler ni même y penser.

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Nous sommes notre langue quand on pense, quand on rêve, quand on se nomme, quand on réfléchit à voix haute ou en silence. 

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Chacun de nous n’est rien sans les mots, et en plus, ce qui est fascinant, c’est que les mots n’existent que par les autres. Si nous étions seuls, nous n’aurions pas besoin de mots, ça va de soi. La parole et l’interaction qu’elle permet sont l’essence même de l’être humain et chaque groupe humain se dessine et se nomme par ses mots, par sa langue. Ainsi, ce qui est en nous n’est palpable que par les mots et ce qui est en jeu quand on se porte à la défense de notre langue, c’est l’essence même de notre être individuel et collectif. 

Selon des enquêtes informelles, le français ferait l’unanimité dans le monde pour sa beauté, son romantisme et, tenez-vous bien, sa précision. 

De belles qualités pour une langue! Ce qui devrait nous inciter à vouloir la préserver. Mais l’enjeu n’est-il pas ailleurs? 

L’OUVERTURE À L’AUTRE, L’ACCEPTATION DES DIFFÉRENCES

Depuis plusieurs années, l’acceptation des différences, la diversité culturelle, l’ouverture à l’autre sont un credo qu’on entonne allègrement ; on y voit avec raison pour chacun un gage de paix et un enrichissement collectif indéniable. 

Ceux qui ont la chance, d’ailleurs, d’apprendre une deuxième ou une troisième langue comprennent rapidement que tout un monde s’ouvre à eux. Autant de langues, autant de paysages culturels, autant d’imaginaires pour refléter le monde. 

D’autres, par contre, qui, hier comme aujourd’hui, nous condamnent au nom de la diversité pour les revendications que nous avons eues et que nous continuons d’avoir pour la survie du français se trompent. 

La défense du français dans un contexte nord-américain est une bataille essentielle pour la diversité et la richesse culturelle du monde, et ceux qui valorisent cette diversité devraient nous appuyer sans relâche puisque c’est une bataille contre l’uniformisation et l’aplatissement des cultures que nous menons. 

Si on y tient à cette diversité et à l’acceptation des différences, n’est-il pas de notre devoir de défendre notre différence propre, de ne pas s’effacer devant l’autre. Ne pas s’effacer, ne pas devenir insignifiant, et ultimement, ne pas disparaître. Voilà le plus beau cadeau qu’on pourrait faire à l’humanité. Et la beauté de la chose, c’est que plusieurs venus d’ailleurs nous aident déjà à ce projet. 

Je trouve toujours inspirant de voir Kim Thúy ou Boucar Diouf nous apporter leur regard, leur sourire qui font maintenant partie de nous. Ils ont pleinement endossé notre différence tout en gardant la leur, en l’étalant même, pour notre plus grand bonheur. 

Le Québec nouveau, différent d’hier, différent aujourd’hui de ce qu’il sera demain et certainement beau à voir évoluer de si belle façon. 

Comme plusieurs autres, ils se sont joints à nous dans cette spécificité, cette originalité, cette proximité, cette chaleur que peuvent générer les peuples moins nombreux, tout en assumant les défis que cela représente. Le français en Amérique du Nord a pris certes un espace plus modeste, mais il n’en a pas moins marqué l’histoire, les lieux et l’imaginaire. 

Notre ami Jean-François Nadeau nous rappelait d’ailleurs que le mot «jazz» prenait sa source en Louisiane dans le mot «jaser». 

Alors, jasons et n’ayons pas peur des mots ni de ceux qui se joignent à notre conversation. 

Joël Lemay / Agence QMI

Paul Piché
auteur-compositeur-interprète

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