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Chaos dans les aéroports: voici les 5 grandes raisons de ce bordel prévisible

Les compagnies aériennes et les aéroports canadiens sont parmi les pires de la planète et ça ne surprend pas les experts

aéroport Montréal-Trudeau
Photo Martin Jolicoeur La journée d’hier a, une fois de plus, été pénible à l’aéroport Montréal-Trudeau. Des voyageurs ont, à nouveau, passé des heures dans des files d’attente.

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Le chaos se poursuit dans les aéroports avec encore plus de vols annulés ou retardés, de bagages perdus et de passagers en déroute. Mais que s’est-il passé pour que le secteur aérien canadien se classe en queue de peloton? Le Journal fait le point. 

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Lors du dernier week-end, Air Canada a mis la main sur le titre peu enviable de pire compagnie aérienne de la planète. Selon le site FlightAware, un service qui traque chaque vol sur le globe, le transporteur s’est classé premier pour le nombre de retards, au total 700, les deux tiers de ses vols.

De son côté, l’aéroport Montréal-Trudeau est sixième au monde pour le nombre de retards, et Pearson, à Toronto, deuxième après Guangzhou en Chine. 

Gestion exécrable 

Pour le spécialiste du monde aérien Mehran Ebrahimi, cette piètre performance n’est pas surprenante en raison de la mauvaise gestion du secteur aérien par le gouvernement fédéral. 

«Personne n’a fait pire que nous dans les pays industrialisés en termes de planification de l’après-pandémie», souligne le professeur au département de management de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), lors d’une entrevue avec Le Journal

Pendant les mois d’inactivité, les compagnies aériennes ont fait des mises à pied massives et certains des travailleurs ne sont pas revenus. 

«On aurait dû aider les compagnies aériennes à garder leur personnel et leur expertise. Au lieu de cela, le gouvernement fédéral a mis plus de 14 mois avant d’intervenir et encore là très maladroitement. Pendant la même période, Air France a touché 9 milliards d’euros, Luthansa a touché 14 milliards», analyse M. Ebrahimi.

Alors que la reprise du secteur aérien est plus rapide que prévu, le manque de personnel touche tous les secteurs, des bagagistes, aux agents de service à la clientèle en passant par les douanes et le personnel de soutien comme ceux qui assurent le nettoyage des avions. 

Mais pour le syndicat Unifor, qui représente les agents du service à la clientèle chez Air Canada, le plus grand transporteur du pays pourrait en faire plus pour attirer les travailleurs. 

«Il y avait un problème de pénurie avant la pandémie, mais là, ça s’est aggravé. Air Canada est vraiment à la remorque», souligne Olivier Carrière, directeur adjoint chez Unifor Québec. 

Salaires peu compétitifs

Ces agents qui doivent bien souvent faire face à la colère des passagers sont embauchés à 16,50 $ de l’heure, bien peu pour faire face au stress dans le contexte actuel. 

«N’importe quel centre d’appels offre plus que cela. Comment voulez-vous qu’on attire les gens?», se demande-t-il.  

Écoutez la chronique économique avec Yves Daoust au micro de Patrick Déry sur QUB radio :

Les 5 grandes causes d’un bordel prévisible 

Depuis plusieurs semaines, voyager est devenu une source de stress pour les passagers en raison du chaos dans les aéroports. Le Canada n’est pas seul dans cette situation, mais comment se compare-t-on aux autres pays? Qu’est-ce qui explique les problèmes actuels? Le Journal a exploré la question avec des spécialistes. 

1) La mauvaise planification des transporteurs canadiens

Les transporteurs canadiens ont aussi leur responsabilité dans la situation actuelle avec une mauvaise planification des vols et de leurs effectifs. « Ils sont coupables d’avoir publié un horaire qu’ils sont incapables de respecter aujourd’hui. Ils sont victimes de leur propre erreur. Ils ont sous-estimé la vague actuelle. Quand on anticipe de mettre en place autant de capacités, il faudrait s’assurer d’être capable de livrer », croit Jacques Roy, professeur de gestion des transports à HEC Montréal. Air Canada a depuis abandonné 150 vols par jour durant l’été.   


2) Une reprise à vitesse grand V dans le secteur aérien

Le printemps dernier, l’Association internationale du transport aérien (IATA) prévoyait un retour au contexte prépandémique... en 2024. Mais d’autres spécialistes croyaient au contraire que la reprise allait survenir beaucoup plus tôt que cela. « Moi je voyais une reprise plus vite, juste en parlant aux gens autour de moi. Durant l’hiver, tout le monde voulait partir dans le Sud. Donc, il ne faut pas être surpris de voir déferler la vague de gens qui veulent partir », estime Jacques Roy, professeur à HEC Montréal.  


3) Un effet domino à l’échelle mondiale

Londres, Lisbonne, Paris, New York, Chicago... Montréal n’est pas la seule à vivre la situation qu’on connaît à l’aéroport. Chaque petit pépin cause une série de problèmes en cascade. À Paris et ailleurs en France, les employés des aéroports sont en grève et demandent des salaires qui suivent l’inflation. Toujours à Paris, un pépin technique a mené, samedi, au départ de 15 vols... sans bagages. À Heathrow, à Londres, un problème avec le système d’alimentation en carburant de l’aéroport a causé le chaos, toujours le week-end dernier.  


4) Une pénurie d’effectifs dans tous les métiers 

Par exemple, l’Agence des services frontaliers du Canada a deux fois moins d’agents dans les aéroports qu’avant la pandémie (de 600 à 300 à Toronto et de 260 à 200 à Montréal). Air Canada roule avec 80 % de ses effectifs de service à la clientèle. Pour les pilotes, la situation est encore plus dramatique. Selon le spécialiste de l’aviation Jean Lapointe, il en manquerait 1200 au Canada, a-t-il confirmé sur les ondes du 98,5 FM. En attendant, certains employés comme les bagagistes mettent les bouchées doubles pour assurer le service. « Les gens travaillent fort. Tout le monde fait des heures supplémentaires. Et même si les gens ne s’en rendent pas compte, les choses s’améliorent », a confié l’un d’entre eux au Journal, hier.  


5) Incompétence et laxisme à Ottawa, encore une fois

Le gouvernement fédéral, qui est blâmé pour le cafouillage dans le dossier des passeports et de l’assurance-emploi, est également pointé du doigt pour le chaos dans les aéroports, qui sont sous sa juridiction. « Le gouvernement fédéral aurait pu développer des programmes pour que les pilotes et les contrôleurs restent au travail, avoir une meilleure planification avec les douanes. On aurait dû faire comme les Allemands, offrir des programmes de soutien aux employés et les former et investir dans nos infrastructures. Ils ont été tellement laxistes, c’est vraiment aberrant », croit le spécialiste Mehran Ebrahimi. 

  • Écoutez Olivier Bourque, journaliste économique au micro de Marc-André Leclerc sur QUB radio :

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