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Les caméras corporelles, un must ?

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Le 27 juin dernier, dans la ville d’Akron en Ohio, les policiers tirent sur un jeune Noir de 25 ans, Jayland Walker, lors d’un contrôle routier. 

Bien que les policiers lui demandent de sortir de son véhicule les mains en l’air, Walker refuse d’obtempérer et finit criblé de balles, potentiellement une soixantaine de projectiles, alors qu’il tente de s’échapper. Une arme est retrouvée dans le véhicule. 

D’où proviennent toutes ces informations ? D’une vidéo rendue publique par la police d’Akron tournée par les caméras portatives des policiers. 

Aux États-Unis, autour de 60 % des corps policiers municipaux et locaux avaient des caméras portatives en 2016. Plusieurs villes dans le monde, en l’occurrence New York et Londres, ont doté leurs policiers de ces caméras. Au Canada, cette technologie est beaucoup moins implantée. 

À partir de 2009, quelques projets pilotes sont déployés, notamment à Montréal ainsi que dans certaines MRC. Toutefois, seules les villes de Calgary et Toronto l’instaurent sur l’ensemble de leurs territoires. 

Pourtant, plusieurs études sur la perception citoyenne montrent que plus de 80 % des Canadiens sont en faveur du port des caméras portatives. Ils y voient un outil pouvant favoriser la transparence et la reddition de compte. Les policiers sont aussi en accord avec cette idée, puisque les caméras peuvent permettre de faire la lumière sur des événements au-delà du sensationnalisme des réseaux sociaux. 

-Écoutez l'entrevue de Patrick Déry avec Maria Mourani sur QUB radio :

Les chercheurs ne s’entendent pas

Les études canadiennes et américaines portant sur les effets des caméras portatives sur le travail policier, la relation avec les citoyens et les procédures judiciaires sont mitigées. Certaines rapportent que les caméras pourraient contribuer à plus de professionnalisme et de retenue quant à l’emploi de la force, voire à diminuer les délais de traitement en déontologie et devant les tribunaux. 

A contrario, d’autres ne font pas état de changements significatifs dans le comportement des policiers et constatent plutôt des répercussions négatives, notamment une plus grande difficulté à entrer en relation avec les citoyens. 

Le débat reste entier, mais un fait demeure : il y a peu de recherches canadiennes. On ne peut donc rejeter du revers de la main cette technologie, puisque les données manquent encore à nous éclairer sur ses effets. 

Une vision nationale 

Face aux tergiversations scientifiques, fions-nous aux citoyens. 

La simple présence de caméras semble influencer positivement leur perception de la police, particulièrement en ce qui concerne la transparence et la reddition de compte. Sachant que l’efficacité et la légitimité de l’institution policière reposent sur la perception populaire, ne devrions-nous pas emboîter le pas à Toronto ?

Il est vrai que l’implantation des caméras doit nécessairement s’accompagner de balises claires d’utilisation, de stockage et de divulgation. 

Cette responsabilité ne devrait d’ailleurs pas être laissée aux municipalités au risque de se retrouver avec des disparités de pratique, comme c’est actuellement le cas avec le nettoyage des graffitis et la gestion des rats. 

Le gouvernement du Québec devrait plutôt prendre le leadership et instaurer des directives axées sur les meilleures pratiques et la science. 

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