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Tuerie du 4 juillet : l'Amérique à la dérive

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Photo AFP Les forces de l’ordre escortaient des familles loin de la scène d’une fusillade lors d’un défilé du 4 juillet, à Highland Park, lundi.

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La tuerie de Highland Park, en pleine parade de la fête de l’Indépendance américaine, en dit long sur les maux qui rongent ce pays et qu’un des deux grands partis refuse de confronter.

Cette fusillade a touché une corde sensible pour moi. Quand j’étais étudiant, à quelques lieues de là, dans une autre banlieue tranquille de Chicago, au bord du lac Michigan, j’assistais avec plaisir aux parades du 4 juillet. Les seuls bruits qui perçaient la fanfare et les cris des enfants étaient les pétards et les feux d’artifice.

À Highland Park, lundi, ces bruits festifs ont été remplacés par ceux d’une arme d’assaut aux mains d’un individu gavé de propagande haineuse. Dans l’Amérique d’aujourd’hui, il faut s’attendre à se retrouver sous une pluie de projectiles meurtriers, qu’on soit à la parade, à l’école, dans un service religieux ou à l’épicerie. 

C’est d’autant plus tragique qu’on peut aussi s’attendre à ce que rien ne soit fait pour enrayer ces cancers qui affligent la société américaine.

Une communauté paisible

Rien ne prédisposait Highland Park à un tel carnage. De 2000 à 2020, ce patelin paisible et prospère de 30 000 habitants avait enregistré un total de zéro homicide. La municipalité avait préservé la vitalité de son centre et une vie communautaire saine. Aussi, un règlement municipal y interdit la possession d’armes d’assaut comme celle que le tueur – un jeune du coin au passé trouble – avait pu acheter sans problèmes ailleurs. 

Après deux ans de pandémie, la communauté accueillait avec enthousiasme l’occasion de fêter entre voisins. Si un tel drame peut se produire dans un endroit comme Highland Park, ça peut arriver n’importe où. C’est ce qui donne à l’événement une signification si tragique. 

Deux cancers

On sait au moins deux choses sur le tueur. Il s’était procuré une arme d’assaut légalement et il se gavait de propagande haineuse sur l’internet. 

Les tueries de masse sont une plaie propre aux États-Unis, où on dénombre plus de 10 000 décès par armes à feu depuis le début de 2022, plus de deux fois le nombre de victimes civiles du conflit en Ukraine. La disponibilité des armes est la principale raison de ce fléau.

La radicalisation d’individus exposés à la propagande haineuse et violente est aussi un phénomène distinctement américain, qui se répand malheureusement ailleurs. Cette radicalisation est facilitée par un climat malsain au sein de la droite qui normalise les divisions, la haine de l’autre et la violence, comme on en a vu un exemple le 6 janvier 2021.

De mal en pis

Dans un cas comme dans l’autre, rien ne semble en voie de s’améliorer. La Cour suprême, désormais noyautée par l’extrême droite républicaine, continuera de faire obstacle au contrôle des armes à feu. La loi timide qui vient de passer de peine et de misère au Congrès a démontré l’impossibilité de faire bouger les républicains sur ce dossier.

Quant au climat social et politique toxique qui glorifie les armes et la violence, il n’est pas non plus à la veille de se dissiper. 

Ce 4 juillet 2022 était de bien mauvais augure pour l’avenir des États-Unis.

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