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Manifestation contre la sentence «trop clémente» de Simon Houle à Trois-Rivières

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Une centaine de manifestants s'opposant à l'absolution conditionnelle de l'ingénieur trifluvien Simon Houle étaient réunis devant le palais de justice de Trois-Rivières vendredi midi. 

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Les manifestants ont dénoncé, entre autres, la peine «trop clémente» imposée par le juge Matthieu Poliquin et n'ont pas hésité à clamer haut et fort leur opinion, à grands coups de «fuck you, monsieur le juge» et de «où est la justice?».

Ce genre de commentaires ne se fait pas rare depuis la divulgation de la sentence.

«Il y a clairement une tentative d'intimidation», a déclaré l'avocat trifluvien Michel Lebrun.

«Je pense que les tribunaux agissent de façon indépendante et savent se prémunir contre ce type de comportement. [...] Le juge Poliquin l'a bien dit dans sa décision, c'est une personne qu'on juge. Il n'y a pas deux dossiers qui sont identiques. Il faut vraiment s'attarder aux faits de ce dossier», a-t-il expliqué.

Pour le Centre d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) de Trois-Rivières, qui organisait l'événement avec deux autres organismes, ce jugement aura une incidence négative sur les femmes victimes de crimes sexuels. «À la manifestation, j'ai rencontré une femme que j'ai accompagnée au cours des dernières années. Elle attend son procès. Ça fait quatre ans qu'elle est dans le processus judiciaire. Une situation comme ça a un impact directement sur sa confiance, sur son estime et sur son espoir», a témoigné l'intervenante Marie-Soleil Desrosiers.

D'ailleurs, la victime de Simon Houle a aussi subi d'importantes difficultés, tant sur le plan psychologique que sur les plans physique et social.

Dans un document de 17 pages, on peut lire une liste des conséquences avec lesquelles vit quotidiennement la victime: la tristesse, la déception, la colère, la frustration, la honte, la gêne, la crainte de croiser l'accusé, l'hypervigilance, la perte de confiance, l'isolement, l'insomnie, les cauchemars, le sentiment de culpabilité et celui d'injustice. 

«Sa consommation d’alcool et de médicaments a augmenté. Des idées sombres ont mené à son hospitalisation en psychiatrie pendant sept jours. Elle a également consulté plusieurs psychologues. L’intimité avec son conjoint a été affectée pendant plusieurs mois», peut-on lire dans le document.

On y précise également que «plusieurs absences scolaires ont entraîné des échecs et retardé la fin de son parcours universitaire d’une session. Elle a été en arrêt de travail pendant cinq mois, avec comme résultat des difficultés financières pendant plus de deux ans. Malgré l’absence de blessures physiques à proprement parler, l’importance de ses blessures psychologiques lui a causé indirectement des douleurs physiques. La longueur du processus judiciaire lui a occasionné de la déception et du stress. Sa famille et son conjoint ont également subi de l’incompréhension et de la frustration, augmentant le sentiment de culpabilité de la victime. Avec le temps, ses craintes de revoir l’accusé ou de se placer à nouveau dans une situation semblable ont diminué.»

Malgré les effets sur la victime, le juge explique que «l'absolution conditionnelle est ici une réponse juste et appropriée. Il ne revient pas aux tribunaux d'exclure des peines que le législateur lui-même n'a pas exclues», peut-on lire dans le jugement.

Rappelons que le juge a opté pour une absolution conditionnelle accompagnée d'un don de 6000$ au CALACS de Trois-Rivières. Le Tribunal a aussi ordonné à l'accusé de se conformer à la Loi sur l'enregistrement de renseignements sur les délinquants sexuels pour une période de vingt ans.

Rappel des faits

Le juge a décrit les faits comme suit: «En avril 2019, l’accusé et la victime fréquentent la même université. Ils n’étudient pas dans le même domaine, mais ils se connaissent, puisqu’ils font partie d’un même groupe d’amis. Le soir des événements, ils sont dans un bar avec plusieurs amis. Il y a consommation d’alcool. À la fermeture de l’établissement, certains d’entre eux, dont l’accusé et la victime, continuent la soirée au logement d’un ami. À cet endroit, l’accusé et la victime discutent ensemble. Il est notamment question de la perte d’un parent chacun de leur côté. Cette discussion rend la victime émotive. Elle téléphone à sa mère, qui lui offre d’aller la chercher. La victime lui répond que ce n’est pas nécessaire. L’accusé rassure également la mère. Un peu plus tard, la victime se rend dans la chambre du locataire de l’appartement. Elle se couche dans son lit à côté de lui. Elle est sur le dos, habillée et par-dessus les couvertures. Elle s’endort alors que l’accusé n’est pas dans la chambre.

La victime se réveille par la lumière d’un appareil photo. Elle sent des doigts dans son vagin qui font un mouvement de va-et-vient. Elle sent également que sa camisole est levée et que son soutien-gorge est détaché par l’avant. Elle panique. Elle bouge légèrement et l’accusé retire ses doigts de son vagin. Elle se lève, rattache son soutien-gorge, baisse sa camisole et s’en va dans la cuisine, où elle se couche sur le sol. L’accusé la rejoint. Il la prend dans ses bras et la ramène dans la chambre sur le lit. Elle finit par se rendormir. À son réveil, elle prend conscience de ce qui lui est arrivé dans la nuit.

Elle appelle son conjoint et lui mentionne qu’elle croit que l’accusé a pris des photos d’elle pendant qu’elle dormait. Le conjoint de la victime confronte l’accusé par messages textes. Rapidement, l’accusé rejoint la victime dans la chambre et lui lance son téléphone en lui disant de regarder. Sans regarder dans le téléphone, elle lui demande de partir, ce que fait l’accusé. Quelques jours après, un ami de l’accusé, au fait qu’il serait arrivé cet événement, regarde dans le téléphone de l’accusé. Il trouve alors, dans la corbeille de l’appareil, des photos des parties intimes d’une femme. Il informe la victime, qui porte officiellement plainte aux policiers.

Neuf photos sont récupérées dans le cellulaire de l’accusé. Elles sont montrées à la victime, qui reconnaît son corps. L’accusé est arrêté et demeure en liberté tout au long du processus judiciaire.»

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