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La Fonderie Horne a déjà eu de gros cadeaux de l’État pour moins polluer

Une dette de 36 millions $ a notamment été annulée au moyen d’un décret secret

Fonderie Horne à Rouyn Noranda
Photo Olivier Bourque La Fonderie Horne, située à Rouyn-Noranda, demande l’aide de l’État pour diminuer ses émissions toxiques.

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Ce n’est pas la première fois que la Fonderie Horne demande de l’argent afin de moins polluer. À l’époque de la Noranda, les deux paliers de gouvernement étaient venus en aide à l’entreprise et Québec avait même effacé sa dette. 

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Nous sommes en 1985. À Québec, lors de la rencontre entre Brian Mulroney et Ronald Reagan, ce qu’on a surnommé le Sommet des Irlandais, le ministre québécois de l’Environnement de l’époque, Clifford Lincoln, avait réussi à obtenir une entente tripartite. 

Dans un contexte de diminution des pluies acides, un sujet chaud à la fin des années 1980, Québec, Ottawa et la Noranda s’étaient entendus pour la mise en place d’une usine de dépollution, un énorme projet de 125 millions $. 

Chacune des parties devait investir un peu plus de 41 millions de dollars. C’est la Société de développement industriel (SDI), maintenant Investissement Québec, qui avait assuré le prêt. 

À ce moment, la Noranda, propriété de la famille Bronfman et de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), était la plus importante source de pluies acides de l’Amérique du Nord avec 500 000 tonnes d’anhydride sulfureux rejetées par année.  

Gouvernement Bourassa

Le prêt sans intérêt avait été versé en 1987 à la Noranda, mais coup de théâtre, en 1991, le gouvernement Bourassa avait décidé d’effacer l’ardoise au moyen d’un décret secret du Conseil des ministres, avait rapporté La Presse. 

Le cadeau du gouvernement envers la Noranda était de plus de 36 millions de dollars alors que l’entreprise avait payé seulement 5 millions $ du prêt.

À l’époque, Québec avait expliqué qu’en raison des investissements effectués par la Noranda dans ses installations, sa dette avait été tout simplement annulée. C’est un certain Gérald Tremblay, alors ministre de l’Industrie, futur maire de Montréal, qui avait recommandé cette mesure. 

Les détails de l’entente n’ont jamais été rendus publics. Le Journal a tenté d’obtenir des réponses de plusieurs ministères tant à Québec qu’à Ottawa, mais sans succès. Impossible aussi de savoir si Ottawa avait effacé la dette de la Noranda.

Projet de près de 500 millions $

Encore une fois, la Fonderie Horne, maintenant propriété de la multinationale Glencore, demande l’aide de l’État pour diminuer ses émissions toxiques. 

Le premier ministre François Legault a ouvert la porte à un soutien financier, mais tout en soulignant que l’entreprise devra payer la plus grande partie des coûts de modification de ses installations. 

Il n’a pas précisé s’il s’agira d’un prêt ou d’une subvention. Glencore évalue les travaux à près de 500 millions $. 

Mais pour la Fédération canadienne des contribuables (FCC), l’entreprise devrait assurer les coûts de ses projets. 

«Ce ne sont pas les contribuables québécois qui sont responsables de cette situation, donc ce ne sont pas les contribuables qui doivent payer. Ils ne devraient pas être responsables des factures des entreprises», a estimé Franco Terrazzano, directeur canadien de l’organisation. 

De son côté, Glencore n’a pas souhaité commenter les décisions de l’ancien propriétaire de l’usine. 

«Il m’est impossible de confirmer de quelle façon s’est déroulé le remboursement [...]. Ce qui est certain, c’est que la mise en opération de l’usine d’acide sulfurique, en 1989, a représenté une étape marquante. Depuis l’implantation de notre usine, les émissions de SO2 n’ont cessé de diminuer», a souligné la porte-parole Cindy Caouette.  

D’autres entreprises polluantes ont dû fermer leurs portes 

Le premier ministre du Québec, François Legault, a ouvert la porte à la fermeture de la Fonderie Horne si elle ne respecte pas la norme d’émissions qui sera établie par la Santé publique. Dans le passé, d’autres usines ont dû fermer leurs portes pour la même raison. 

En 1990, le ministère de l’Environnement avait fermé l’usine Norton de Cap-de-la-Madeleine qui rendait la vie misérable aux résidents du quartier. 

L’usine qui fabriquait du carbure de silicium et «qui polluait comme c’est pas possible», comme le disaient les employés de l’époque, devait nettoyer ses installations afin de ne plus «empoisonner le quartier». 

Norton décidera de fermer ses portes plutôt que de respecter la loi québécoise, ce qui aurait nécessité un investissement de 50 millions $, selon la direction. Une centaine d’employés seront alors mis à pied. 

Le Cas Tioxide

Pierre Paradis.
Ex-ministre de 
l’Environnement
Photo Simon Clark
Pierre Paradis. Ex-ministre de l’Environnement

Deux années plus tard, le ministre de l’Environnement de l’époque, Pierre Paradis, avait menacé de fermer une autre usine, celle de Tioxide Canada à Sorel-Tracy, qui produisait des pigments de peinture au bioxyde de titane. 

Pendant des années, l’usine déversait des produits toxiques dans le fleuve Saint-Laurent, sans aucun traitement préalable ; 127 tonnes métriques d’acide sulfurique, 8,4 tonnes de fer et 4,5 tonnes de matières en suspension.

Le ministre Paradis avait à nouveau sévi et la section polluante de l’entreprise avait fermé ses portes
en 1993. 

L’entreprise avait alors fonctionné à la moitié de sa capacité et le propriétaire, Huntsman Tioxide, avait finalement fait cesser les activités en 2000. 

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