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Consternés de voir les deux accusés du meurtre de leur fils être acquittés

Les parents d’un homme disparu ont vu les deux accusés du meurtre être acquittés au terme d’un procès

Simon Dufresne
Photo Valérie Gonthier Jean-Marc Dufresne et Lynda Courtemanche, le père et la belle-mère de Simon Dufresne, ont été vivement ébranlés par les verdicts d’acquittement des deux hommes accusés d’avoir commis le meurtre en février 2019.

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Les parents d’un homme assassiné en 2019 et dont le corps n’a jamais été retrouvé sont consternés devant l’acquittement de deux hommes accusés de son meurtre, malgré des aveux détaillés du crime.

• À lire aussi: Deux suspects d’un meurtre finalement acquittés

«Le dénouement de ce procès est catastrophique. Ça me hante de savoir que ces gars-là sont dehors», lance Jean-Marc Dufresne.

Simon Dufresne avait 31 ans au moment du drame.
Photo courtoisie
Simon Dufresne avait 31 ans au moment du drame.

Son fils Simon s’est volatilisé autour du 12 février 2019. D’abord considéré comme une disparition, le dossier a rapidement été traité comme un meurtre par la Sûreté du Québec.

En mai 2020, les policiers avaient ensuite procédé à plusieurs arrestations. Le procès devant jury de Jonathan Provencher et d’Alfredo Rodriguez Farinas, accusés de meurtre et complot, s’est ouvert en mai dernier au palais de justice de Joliette. 

Du sang de la victime a été retrouvé dans ce chalet de Rawdon.
Photo courtoisie
Du sang de la victime a été retrouvé dans ce chalet de Rawdon.

Simon Dufresne a vraisemblablement été tué par balle dans un chalet de Rawdon. Des traces de son sang y ont été prélevées, ont appris les jurés. 

Une perquisition avait déjà été menée dans une résidence de Saint-Calixte, en décembre 2019, pendant l’enquête sur le meurtre de Simon Dufresne.
Photo courtoisie
Une perquisition avait déjà été menée dans une résidence de Saint-Calixte, en décembre 2019, pendant l’enquête sur le meurtre de Simon Dufresne.

Inhumain

Si le corps de l’homme de 31 ans n’a jamais été retrouvé, c’est qu’il aurait ensuite été emballé dans des sacs de plastique, avant d’être découpé en morceaux, puis brûlé, ont aussi relaté des témoins lors du procès.

«Mon fils avait fait des choix de vie qu’on n’acceptait pas. Mais il ne méritait pas de mourir ainsi, c’est inhumain», se désole Jean-Marc Dufresne. 

Selon la théorie de la Couronne, c’est pour se venger d’un vol de 70 000 $ de cannabis et de bijoux que Jonathan Provencher aurait voulu éliminer la victime. 

Les jurés ont entendu des enregistrements sur lesquels Provencher avoue à un agent d’infiltration comment on a disposé du corps et parle de l’implication de Rodriguez Farinas. 

Malgré cela, les jurés ont finalement acquitté les deux accusés le 27 juin dernier.

Les avocats de la défense ont vraisemblablement soulevé un doute quant à l’identité de l’auteur du crime. En effet, en dépit des aveux obtenus pendant l’enquête, Mes Patrick Davis et Valérie La Madeleine ont tenté lors du procès de faire porter le chapeau à un tiers suspect. 

Cette tierce personne était présente sur les lieux du crime, mais n’aurait aucunement participé au meurtre, selon la Couronne, qui en a fait un de ses principaux témoins au procès. Une ordonnance de non-publication protège son identité. 

Aveux écartés 

Or, ce que le jury ignorait, c’est qu’en plus des confessions de Provencher, Alfredo Rodriguez Farinas avait, peu après son arrestation, lui-même admis aux policiers être celui qui a tiré sur Simon Dufresne. Cependant, le juge François Dadour n’a pas permis que ces aveux soient présentés en preuve (voir texte ci-bas). 

Lorsqu’ils ont été acquittés par le jury, Provencher, 44 ans, et Farinas, 27 ans, ont recouvré leur liberté par les grandes portes du palais de justice. 

Les proches de Simon Dufresne ont ainsi dû être escortés par les enquêteurs jusqu’à leur voiture, afin de ne pas croiser les suspects, qui festoyaient avec leurs avocats dans le stationnement. 

«Notre confiance envers la justice est vivement ébranlée, laisse tomber Lynda Courtemanche, la belle-mère de Simon Dufresne. De les savoir libres, on y pense à chaque instant depuis.»

La Couronne, représentée par Mes Caroline Buist et Geneviève Aumond, «étudie sérieusement» la possibilité de porter en appel ces verdicts d’acquittement.

– Avec la collaboration de Claudia Berthiaume

Après 8 minutes, il avait tout confié à un informateur 

Il aura fallu moins de huit minutes pour qu’un des individus accusés du meurtre de Simon Dufresne livre des détails sordides du crime à un pur inconnu, qui s’est avéré être un agent double.

«Ils n’ont pas de corps, ils n’ont pas de truck, ils n’ont pas d’arme du crime, ils n’ont pas de scène de crime, qui a été nettoyée», a lancé Jonathan Provencher au printemps 2020, à l’attention d’un homme qui se faisait appeler «L’Arabe». 

Ce dernier se présentait comme un membre d’une organisation criminelle. 

Il voulait s’assurer que le meurtre de Simon Dufresne, à ce moment toujours l’objet d’une enquête, n’attirerait pas l’attention des policiers sur ses magouilles.

Ce que Provencher ignorait alors, c’est que les activités criminelles de «L’Arabe» étaient en fait fictives, inventées de toutes pièces par les policiers.

Il s’agissait d’un agent d’infiltration, dont la réelle identité est protégée par une ordonnance de non-publication. 

Provencher lui avait rapidement énuméré tout ce qui a été fait pour éliminer les traces du crime. 

«Moi je peux te dire qu’il n’y a plus rien à faire. Tout est correct. Si j’te dis, c’est vrai. Il y avait des trous, il n’y avait plus de balle, il n’y avait plus de balle dans les murs», a-t-il dit.

Tout a disparu

Le sang : lavé avec de l’acétone. Son véhicule, dans lequel le corps aurait été transporté : disparu. Le baril dans lequel le corps a été brûlé : coupé en morceaux et jeté aux poubelles. Le terrain sur lequel il y a eu le feu : ratissé. 

«C’est fini. Fini, disparu, confirmé», a assuré Provencher.

Plus tôt dans cette conversation, il a aussi vendu le «Cubain», vraisemblablement en référence à Alfredo Rodriguez Farinas, comment étant celui qui a «clenché» la victime.

Alfredo Rodriguez Farinas, très émotif, lors de l’interrogatoire policier au centre de détention de Saint-Jérôme, le 7 mai 2020, quelques jours après son arrestation en lien avec le meurtre de Simon Dufresne.
Photos courtoisie
Alfredo Rodriguez Farinas, très émotif, lors de l’interrogatoire policier au centre de détention de Saint-Jérôme, le 7 mai 2020, quelques jours après son arrestation en lien avec le meurtre de Simon Dufresne.

D’ailleurs, ce dernier a fait des aveux aux policiers peu après son arrestation, en mai 2020. Il a expliqué avoir eu des menaces de Provencher et craignait de se faire lui-même tuer s’il ne passait pas à l’acte.

«Ensuite, moi, on dirait que j’étais pas moi pantoute, j’avais la peur de ma vie. J’ai marché beaucoup dans la maison en train de chercher la force pour faire ça. [...] j’ai décidé de le faire et je l’ai fait parce que c’était ma vie ou la sienne qui était en jeu à ce moment-là», a détaillé Farinas aux enquêteurs. 

C’est par la suite que Provencher serait arrivé avec son camion, afin d’y placer le corps.

«Ce n’est pas moi qui ai prémédité la mort ni rien. Je n’ai jamais rien... j’ai été mal pris dans le moment qu’il était là», a-t-il justifié. 

Aveux exclus

Mais les confessions de Farinas, le jury ne les a jamais entendues. Le juge François Dadour les a exclues de la preuve avant le début du procès, considérant que les policiers avaient bafoué son droit à parler à un avocat. 

L’interrogatoire dans lequel il s’est livré aux policiers s’est déroulé au centre de détention, après sa mise en accusation pour le meurtre de Simon Dufresne. 

Il avait déjà été questionné pendant 12 heures après son arrestation, mais n’avait rien dit. Il s’était ensuite livré aux enquêteurs lors de son transport en prison.

Droit à l’avocat

Les policiers sont retournés peu après en détention, afin de poursuivre cette discussion, qui a cette fois-ci été filmée. Lors de cet entretien, les enquêteurs réitèrent à deux reprises son droit à parler à un avocat, ce à quoi Alfredo Rodriguez Farinas renonce. Mais il l’a fait sans savoir qu’un procureur mandaté par sa famille faisait alors des pieds et des mains pour le rejoindre, a noté le juge Dadour.

Il avait parlé à plusieurs avocats depuis son arrestation, mais aucun n’était le sien. 

Ainsi, selon le juge, les enquêteurs auraient dû l’informer qu’un avocat, désigné par ses proches, tentait de lui parler. 

Le magistrat a ainsi conclu qu’inclure ses déclarations faites alors que ses droits étaient bafoués «déconsidérerait l’administration de la justice».

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