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Aurez-vous deux augmentations par an à cause de l’inflation ?

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Illustration Adobe Stock

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Je me suis accroché récemment sur des nouvelles selon lesquelles des entreprises consentaient des hausses de salaire à leurs employés en plein mois de juin. Elles s’ajoutent à celles accordées à l’hiver.

Dans le secteur financier, les unes après les autres, les banques et Desjardins ont par exemple annoncé des majorations pour certaines catégories d’employés.

Le Wall Street Journal rapportait également qu’un nombre grandissant d’entreprises américaines haussaient la rémunération de tout leur personnel deux fois au cours de la même année.

J’ai posé la question sur LinkedIn, ça vaut ce que ça vaut, mais quelques-uns m’ont écrit pour confirmer que leur paie avait été bonifiée avant les vacances. Aussi, cet enjeu semble occuper ces temps-ci bien des consultants en rémunération au Québec.

Est-ce le signe d’une tendance ?

En mode rattrapage

Dans la plus grande coopérative au Québec, les récentes améliorations salariales revêtent un caractère plutôt exceptionnel. 

« Desjardins a ciblé certains secteurs où des ajustements étaient nécessaires, que ce soit la réévaluation d’emploi, le repositionnement salarial ou les hausses salariales », affirme Chantal Corbeil, porte-parole du Mouvement.

À ce que je comprends, ce n’est pas pour aider le personnel à encaisser la hausse du prix de l’essence. Avec la rareté de la main-d’œuvre, l’entreprise doit se montrer concurrentielle, surtout pour les postes de base et les salaires d’entrée.

Avec ses moyens, c’est sans doute plus facile à absorber pour l’industrie des services financiers, mais le problème est partout pareil.

Dans pratiquement tous les secteurs, un employé peut aujourd’hui réclamer un meilleur traitement en faisant le saut chez un concurrent. 

En même temps, ces transfuges provoquent des distorsions sur le plan salarial. Les travailleurs avec moins d’ancienneté se retrouvent à être mieux payés que les employés qui sont restés fidèles. À un moment donné, les employeurs se trouvent obligés de ramener tout le monde au même niveau, d’abord pour éliminer les écarts, mais aussi retenir ceux qui n’ont pas encore quitté le navire. Il y a beaucoup de ça en ce moment.

L’inflation galopante participe évidemment au phénomène. Elle offre un argument supplémentaire aux travailleurs, quand ce n’est pas pour réclamer plus, c’est pour partir ailleurs.

Des ajustements à la mi-année, ce n’est pas courant en temps normal, reconnaît Marc Chartrand, conseiller principal chez PCI -rémunération-conseil. Quelques-uns de ses clients l’ont fait récemment. 

« Et plusieurs se demandent s’ils doivent le faire », affirme-t-il.

Même son de cloche chez sa consœur, Anna Potvin, associée-chef de la pratique rémunération chez Normandin Beaudry : « De plus en plus d’organisations accordent des augmentations salariales en cours d’année. Avant, c’était rare et très ciblé. Maintenant, les hausses semblent plus généralisées », observe-t-elle.

Vers une nouvelle norme ?

Ceux qui ont déjà été gestionnaires dans une organisation non syndiquée savent comment le processus pour départager l’enveloppe salariale peut être fastidieux, du moins dans les entreprises qui ont mis en place une politique de rémunération.

Cette mécanique repose d’abord sur un interminable exercice budgétaire. Les augmentations se composent généralement de plusieurs éléments : hausse de base, progression des échelles, pourcentage relié à la performance individuelle. Ça suppose une évaluation de chacun par son boss immédiat. De part et d’autre, cet exercice est aussi plaisant que de renouveler un passeport canadien en 2022.

Avec une démarche aussi lourde, pas surprenant qu’on se limite à une seule augmentation par année !

« Les entreprises qui ont octroyé des hausses cet été ne se sont pas donné cette peine. Elles ont donné la même chose à tout le monde. Ce que j’ai vu, c’est autour de 3 %, en plus de celle en début d’année », affirme M. Chartrand.

Si la croissance des salaires continue sur cette lancée, les progressions en deux temps pourraient s’implanter de façon plus durable. Quand on y pense, c’est avantageux pour un employeur de diviser une hausse annuelle de 6 % en deux améliorations de 3 % à six mois d’intervalle : il épargne sur sa masse salariale la moitié de l’année.

« À long terme, ça ne fait pas une si grande de différence pour l’entreprise », croit Anna Potvin. Selon l’experte en rémunération, les salaires devraient grimper de 6 % en moyenne dans la prochaine année.

Ça n’accote pas encore l’inflation. Il faut dire que c’est délicat, car les salaires qui monteraient trop rapidement inciteraient les entreprises à refiler la facture à leurs clients, donc à nourrir l’escalade des prix. Un vrai cercle vicieux.

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