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Se ficher du virus et non vivre avec

Malgré la 7e vague, les Québécois ont délaissé le couvre-visage malgré les conseils de la Santé publique

GEN-Le Vieux-Montréal bondé de monde malgré une augmentation de cas de Covid à Montréal.
Photo Agence QMI, Mario Beauregard Le Vieux-Montréal était noir de monde hier avec le temps chaud et l’absence de restrictions sanitaires.

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Le Québec semble de plus en plus se ficher de la COVID au lieu de « vivre avec le virus », comme le premier ministre François Legault et la Santé publique le suggèrent. 

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« On en a marre, donc on fait moins attention », explique simplement Mathieu Girdal rencontré sur l’avenue du Mont-Royal lorsqu’on lui demande s’il continue de poser des gestes pour limiter la transmission, comme porter le masque.

Hier, alors que le soleil plombait, Le Journal s’est promené dans les quartiers centraux de Montréal et au Festival d’été de Québec pour rencontrer les Québécois qui, en majorité, ont admis avoir rangé leur masque et repris leur vie sociale. 

Or, la fin des règles sanitaires a conduit plusieurs personnes à oublier la COVID et ce même si la Santé publique suggérait de « vivre avec le virus » en continuant de prôner certaines mesures :

  • Port du masque

Le gouvernement recommande toujours de se munir d’un couvre-visage lorsqu’il est difficile de préserver une distance avec les autres. Des publicités à la radio véhiculent toujours massivement ce message. 

Mais malgré cette septième vague, bien des Québécois ont délaissé le masque et n’ont pas l’intention de le remettre de sitôt.

Aaron Zak n’était même pas au courant qu’il y avait une septième vague de COVID-19.
Photo Olivier Faucher
Aaron Zak n’était même pas au courant qu’il y avait une septième vague de COVID-19.

En avril un sondage Léger-Le Journal-TVA-QUB rapportait pourtant que 73 % des sondés allaient continuer à porter le masque « la plupart du temps ou à l’occasion » lorsque la mesure allait être levée.

En visitant une friperie populaire sur la Plaza Saint-Hubert et une épicerie achalandée du Plateau-Mont-Royal, Le Journal a constaté qu’environ une personne sur dix portait le masque.

« On a pris l’habitude du masque rapidement, mais on l’a perdue tout aussi rapidement », constate Fanny Blanchard, croisée sur l’avenue du Mont-Royal.

Au Festival d’été de Québec, la COVID-19 est inexistante dans l’esprit des gens. Dans les files d’attente ou sur la Grande-Allée, les gens sont tassés comme des sardines.

En attente pour les spectacles au Festival d’été de Québec, presque personne ne portait le masque.
Photo Didier Debusschere
En attente pour les spectacles au Festival d’été de Québec, presque personne ne portait le masque.

Le constat, c’est que très peu de passants portent le masque. En quelques heures, Le Journal a croisé une dame avec le couvre-visage au menton. Elle a refusé de se faire prendre en photo, ne voulant pas être la risée des gens.

  • Surfer sur les vagues

Vivre avec le virus, c’est aussi pouvoir éviter les grosses vagues. Mais le Québec n’y parvient pas en traversant son pire été pandémique au moment où une septième vague frappe la province.

Les hospitalisations ont fait un bond de 200 en une semaine, les décès sont plus nombreux que les années précédentes et près de 7000 travailleurs sont absents du réseau de la santé, alors que le taux d’occupation des hôpitaux explose dans de nombreuses régions. 

Sans oublier que la « transmission communautaire demeure très forte », comme l’affirmait cette semaine en conférence de presse la Dre Marie-France Raynault, conseillère au ministère de la Santé et des Services sociaux. 

  • Diminuer les voyages

Finalement, pour apprendre à vivre avec le virus, les experts suggéraient de réduire les voyages. C’est l’inverse qui se produit. 

Nombreux sont les Québécois qui ont quitté la province cet été, comme en témoigne le chaos qui règne à l’aéroport Montréal-Trudeau depuis le début de l’été. 

L’achalandage y a repris à 70 % de son état prépandémique. 

Désintérêt palpable

En fait, nombreux sont ceux qui ont arrêté de s’intéresser à l’évolution de la situation épidémiologique.

« Toute la population est passée à autre chose, les gens ont commencé à tourner la page », estime Emmanuel Lazarini, croisé sur l’avenue du Mont-Royal, à Montréal.

À Québec, Sylvain Gallant, attablé devant une bière avec des amis en attendant un spectacle expliquait qu’ « on est revenu aux mesures exactement comme avant la COVID ».

Audrey Latulippe et ses amies ont spécialement choisi le centre-ville de Québec pour célébrer l’enterrement de vie de fille d’une complice.

« Le virus est faible. Il faut vivre avec. Dans ma tête, ça n’existe plus. C’est comme un rhume normal [...] Il faut en revenir du COVID », affirme-t-elle.

D’autre part, les bouteilles de gel désinfectant pour les mains sont peu présentes sur le site du Festival d’été et à l’entrée des commerces.  

L’illusion que la COVID disparaît pendant l’été 

Si les Québécois semblent indifférents face à la septième vague de COVID-19, c’est qu’on leur a envoyé le message erroné que la pandémie prendrait une pause cet été, dénonce un expert. 

  • Olivier Faucher, Le Journal de Montréal

« Le message qu’on a passé en enlevant toutes les mesures, c’est qu’il n’y a pas de problème. Après ça, quand tu reviens en disant qu’il y a un problème, il n’y a plus personne qui veut porter des masques ou qui veut d’autres mesures. »

C’est ainsi que Jacques Lapierre, virologue à la retraite, analyse l’attitude des Québécois face à la vague de COVID qui fait bondir le taux des hospitalisations en plein été dans la province.

Jacques Lapierre, virologue retraité.
Photo d’archives
Jacques Lapierre, virologue retraité.

Le pire été à ce jour

Les étés de 2020 et 2021 ont également donné une fausse impression à la population que le virus prend une pause lorsque la chaleur se met de la partie, soulève-t-il.

« Ce n’est pas un virus saisonnier, tonne-t-il. C’est un virus qui n’est pas là quand tu te protèges et qui est là quand tu ne te protèges pas. Au cours des deux derniers étés, il y avait des mesures comme le masque, le passeport vaccinal. »

Le Québec vit son pire été depuis le début de la pandémie, alors qu’il n’y avait pas eu de vague en pleine saison estivale en 2020 et 2021. Il y a eu 47 et 34 décès respectivement lors des semaines du 4 et du 11 juillet, alors que lors des deux dernières années, il n’y avait jamais eu de semaines avec plus de 20 décès en juillet.

Pour freiner la progression de la COVID-19, il faudrait au moins que les gens portent un masque « dans tous les lieux intérieurs et extérieurs où il y a beaucoup de personnes », et que la population soit à jour dans ses doses de vaccin, estime le virologue.

Car si rien n’est fait, les hospitalisations et les décès vont continuer à augmenter. 

« J’ai l’impression que ce qu’on a fait, c’est qu’on a donné une rondelle à chaque personne de l’équipe opposée, qu’on a enlevé notre gardien et qu’on s’est dit : la rondelle ne rentrera pas dans le but », illustre-t-il.

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