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Une quinzaine d’Ukrainiens recrutés par IKEA à Québec

L’entreprise ne compte pas s’arrêter là et prévoit embaucher de nouveaux réfugiés

Ikea Ukrainiens
Photo Martin Lavoie Les Ukrainiennes Oksana Maitala, Tetiana Savluk, Yuliia Miller, Daria Holovko et Inna Layevska entourent Isabelle Lemieux (sans dossard), directrice Personnes et culture au magasin de Québec d’Ikea.

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Grâce à l’initiative d’une de ses dirigeantes, le magasin IKEA de Québec a recruté une quinzaine de réfugiés ukrainiens, à la fois pour la cause et aussi pour combler ses besoins criants. 

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Comme bien d’autres entreprises dans la capitale nationale, le magasin IKEA est durement touché par la pénurie de main-d’œuvre.

C’est par une ancienne collègue d’origine ukrainienne qui lui a offert de la mettre en contact avec des réfugiés qu’Isabelle Lemieux, directrice responsable des personnes et de la culture au IKEA de Québec, s’est lancée dans l’aventure.

«Le bouche-à-oreille a fait le reste. Des gens viennent maintenant nous voir tous les jours», explique celle qui a recruté cinq Ukrainiens à la fin mai, et une dizaine d’autres récemment.

«Nous sommes à l’avance, très pro-diversité et inclusion. Nous avons des personnes sourdes ou autistes, par exemple», ajoute Mme Lemieux, qui a recours aux services d’un traducteur pour les rencontres avec les nouveaux candidats.

La langue

IKEA Québec offre un programme d’intégration de 12 mois qui comprend des cours de francisation sur place avec des programmes du gouvernement, mais aussi une plateforme en ligne propre à l’entreprise qui offre l’enseignement d’une cinquantaine de langues.

Le programme permet des accommodements, notamment en ce qui a trait à l’horaire.

«Il faut être compréhensifs. Par exemple, avec une mère devant amener à l’école un enfant qui sort d’une situation de guerre, alors que le père est encore au front», fait remarquer Mme Lemieux.

Mais pour une Ukrainienne, le programme de 12 mois, c’en était 11 de trop.

«Elle parlait très bien anglais. Je ne recevais que des bons commentaires sur elle et elle progressait de façon très accélérée. Elle a passé deux entrevues et a déjà été promue à un poste de bureau, en un mois. C’est fascinant! Elle est maintenant en francisation à temps plein, puisqu’elle veut apprendre le français au plus vite. J’ai super intérêt à l’accommoder», précise Mme Lemieux, qui parle de sa collègue comme d’une perle rare.

Occupations

Les recrues, qui ne peuvent pour le moment servir des clients directement en raison de la barrière de la langue, occupent généralement des postes de logistique

L'une de ces fonctions (placer les marchandises dans le magasin) s’effectue de nuit. L’autre fonction reliée à ce département est de remplir les commandes en ligne. Cela nécessite de se rendre dans le magasin pour prendre les marchandises aux mêmes endroits que le font les clients.

«Ils ont un collant et un macaron sur leur veste de sécurité aux couleurs de l’Ukraine disant: “Je ne parle pas français, je suis ukrainien.” Les clients réagissent très bien», affirme Mme Lemieux.

Elle cherche ainsi à éviter tout malaise possible entre un employé en apprentissage de la langue et un client qui s’attendrait à une réponse après l’avoir interpellé.

Collègues compréhensifs

Des employés ont aussi répondu à l’appel de la direction et ont offert de l’hébergement temporaire et du transport aux arrivants, le secteur n’étant pas bien desservi par le transport en commun. D’ailleurs, Mme Lemieux identifie le transport comme le principal obstacle lors de l’embauche de ces réfugiés.

Quand on lui a demandé si elle était satisfaite du travail de ses nouveaux employés, Mme Lemieux a simplement répondu: «On est rendu à 15 et j’en ai d’autres dans le pipeline!»

«Ils sont extraordinaires, ils sont travaillants, poursuit-elle. Ils ont une capacité d’adaptation exceptionnelle. Ils vivent des choses terribles [en Ukraine] et ils sont ici avec le sourire. Ils sont des exemples à suivre.»

La dirigeante ajoute qu’une chimie s’est déjà installée avec les travailleurs en place.

«Nos [autres] employés aussi sont des exemples à suivre. Un jeune Ukrainien qui demeurait loin est entré dans l’équipe de nuit. Un groupe s’est mobilisé pour le transporter. Ils l’ont ensuite aidé à se trouver une voiture, lui ont trouvé un appartement et l’ont aidé à déménager. C’est ça, IKEA.»

Isabelle Lemieux est convaincue que l’opération sera éventuellement rentable pour l’entreprise sur le plan financier.

«Il ne faut pas avoir seulement une mission commerciale, mais aussi une mission sociale. Et ils nous le rendent bien», conclut-elle.

Des emplois difficiles à trouver

Malgré l’exemple d’IKEA, le chemin pour se trouver un emploi à Québec n’est pas facile pour tous les réfugiés ukrainiens.

Inna Zamfir, conseillère en régionalisation au SOIT, un organisme d’aide à l’intégration des immigrants au marché du travail, accompagne régulièrement des Ukrainiens qui tentent de refaire leur vie ici.

«Les grandes entreprises ont peut-être plus les moyens et les ressources pour la francisation, mais les petites ne sont pas prêtes à le faire ou à être flexibles avec les horaires. Les gens veulent du “clés en main”, un Ukrainien qui parle français», témoigne-t-elle.

«J’ai fait le test avec une Ukrainienne de 27 ans qui parle cinq langues et comprend le français, poursuit-elle. Elle est doctorante en biologie et cherchait un emploi pour se nourrir en attendant. Je l’ai amenée à Laurier Québec. C’est sûr que dans plusieurs boutiques, c’est uniquement du contact direct avec la clientèle, mais même avec les plus grandes où il y a possibilité de faire du rangement, personne ne la voulait ou on me disait de postuler en ligne.»

Compréhensive

Même problème avec un homme de 74 dont elle dit qu'il est en forme et qu'il veut travailler.

«Nous sommes allés dans des épiceries. Il est capable de mettre des tomates sur des tablettes. On nous a dit que le gérant était absent ou de remplir un formulaire. Je n’ai toutefois pas senti l’urgence de trouver des employés», souligne Mme Zamfir.

Cependant, elle ne condamne pas ces entreprises.

«On me répond, je suis en pénurie, je manque de temps. Je les comprends. Ces gens travaillent déjà de 60 à 90 h par semaine», concède-t-elle.

Elle estime que l’intérêt pour l’embauche de réfugiés vient souvent des entreprises d’entretien ménager ou des buanderies.

«Mais quand ce sont des emplois de nuit, ça les pénalise. Comment peuvent-ils apprendre le français? Trouver de la francisation est aussi un autre défi», mentionne celle qui est convaincue qu’il n’y aura pas de place pour tout le monde en classe cet automne.

Le gros problème: le transport

Cependant, à l’heure où le gouvernement provincial veut investir massivement dans un lien interrives entre la Capitale-Nationale et Lévis et qu’à Québec même un groupe tente d’arrêter le projet de tramway, Mme Zamfir identifie le transport en commun comme le principal frein à l’emploi des Ukrainiens. Elle rejoint ainsi l’avis d’Isabelle Lemieux, d’IKEA.

«Mon monsieur de 74 ans est mécanicien en machinerie lourde, mais les entreprises intéressées ou même les grandes quincailleries sont trop loin et ne sont pas desservies par les autobus. Dans une des entreprises visitées, on l’aurait embauché sur-le-champ, mais il ne peut s’y rendre», regrette Mme Zamfir.

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