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Assez, c’est assez!

André Boisclair
Photo d'archives, Pierre-Paul Poulin

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Après Simon Houle et son absolution conditionnelle, voilà qu’André Boisclair écope de 2 ans moins un jour à purger dans une prison provinciale pour des agressions sexuelles sur deux hommes d’une vingtaine d’années. 

Une des victimes a été agressée avec la participation de deux autres individus. Boisclair pourrait demander, au sixième de sa peine, une permission de sortie en préparation à sa libération conditionnelle. Celle-ci ne peut toutefois excéder 60 jours.

Outre cette peine dérisoire, qui émane d’une suggestion commune des deux avocats, une question demeure : qui sont les deux autres agresseurs et pourquoi ne sont-ils pas inquiétés ?

Un crime encore empreint de préjugés

L’agression sexuelle laisse les victimes dans la peur, la honte et la souillure. 

Quels que soient les gestes posés, l’impact est d’une intensité telle qu’il peut conduire au suicide ou à ce que je nomme le Rien : ce sentiment de vide, d’être déjà mort en dedans. 

Quoi de plus insoutenable alors que de voir l’agresseur s’en sortir avec une absolution ou une peine dérisoire pour des raisons essentiellement basées sur des préjugés ou des prénotions ? 

Dans le cas de Houle, bien qu’il reconnaisse l’impact de l’agression sexuelle sur la victime et sa famille, le juge conclut qu’une incarcération aurait eu des conséquences « négatives et disproportionnées » sur sa carrière d’ingénieur. On n’est pourtant pas dans un vol à l’étalage. 

De plus, son raisonnement s’inscrit dans une évaluation de la gravité du crime qui laisse pantois : Houle aurait agressé la victime rapidement. 

Peut-on alors s’étonner de sa récidive présumée à Cuba ? Quel écho a eu ce jugement chez l’agresseur ? 

Croyez-vous que cela encourage les victimes à dénoncer ? 

Le cas de Boisclair n’est pas mieux. Un individu qui n’en est pas à sa première agression sexuelle, puisque les faits reprochés se sont déroulés en 2014 et 2015. Le mode opératoire est le même : rencontre en ligne, utilisation de son statut pour attirer les victimes, établir un lien de confiance et agression. 

La sentence de Boisclair est loin de faire justice aux victimes, principalement à cause de la récidive de 2015. 

Une question demeure souvent sans réponse avec les délinquants sexuels : combien de victimes n’ont pas osé dénoncer ? 

Un crime encore peu rapporté

La majorité des victime connaissent leurs agresseurs. En 2019, seulement 6 % des agressions sexuelles ont été déclarées à la police au Canada comparativement à 5 % en 2014. 

En 5 ans, une avancée d’un pour cent ! Bien pire, de ces plaintes, très peu aboutissent à une condamnation. 

Pourquoi les victimes ne dénoncent-elles pas ? La honte, la crainte de ne pas être cru, le déshonneur et la perception que les agresseurs s’en sortent avec des peines dérisoires. 

Avec ces deux derniers jugements, cela prendra des générations avant d’atteindre le 50 % de dénonciations. Reste toutefois un espoir : le projet pilote de tribunal spécialisé en violences sexuelle et conjugale.

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