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Déni climatique et casse-têtes politiques

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Photo AFP Des pompiers tentent d’éteindre un incendie près de la ville de Massarosa, dans le centre de l’Italie hier.

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Alors que l’Europe – première de classe dans la lutte aux changements climatiques – rôtit sous une canicule record, le reste du monde regarde ailleurs.

Dans le film Déni cosmique, pendant qu’un astéroïde porteur de catastrophes planétaires se dirige tout droit vers la Terre, le public est appelé à regarder ailleurs (Don’t look up!).

On serait porté à faire de même en cet été plutôt clément dans notre petit coin du monde, mais le réchauffement global nous concerne tous. Malheureusement, les solutions politiques paraissent de plus en plus inextricables.

L’Europe entre deux feux

Il est ironique de voir ces effets spectaculaires du réchauffement climatique s’abattre sur l’Europe alors que cette dernière est à l’avant-garde de la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) depuis 1990, notamment en raison de la substitution du charbon par le gaz naturel et le nucléaire.

Cette canicule sans précédent stimule la demande d’énergie en même temps que l’Europe s’efforce de réduire ses importations de gaz russe en réponse à l’invasion de l’Ukraine, tout en faisant des réserves pour l’hiver prochain. Comble de l’ironie : la chaleur force la fermeture de plusieurs centrales nucléaires et contraint certains fournisseurs d’électricité à revenir au charbon.

Cette catastrophe climatique en Europe, c’est un peu comme l’astéroïde du film que certains refusent de voir.

Faire l’autruche

Chez nous, pendant que le gouvernement Trudeau prêche la vertu, les émissions canadiennes de GES ne cessent d’augmenter. On a beau croire que ce serait pire avec les conservateurs, ce n’est pas très convaincant.

Aux États-Unis, le leadership politique en matière de climat s’étiole. L’augmentation de l’autonomie énergétique due aux gaz et au pétrole de schiste aurait pu se traduire par des investissements plus massifs dans les énergies vertes, mais la volonté politique manque.

Le Parti républicain est déterminé à perpétuer la dépendance aux énergies fossiles et l’autre parti est prisonnier de quelques dinosaures qui s’obstinent à bloquer toute action contre les changements climatiques. Parmi ceux-là, la palme de l’hypocrisie revient au sénateur démocrate Joe Manchin, de Virginie occidentale, qui s’est concocté une protection spéciale pour l’environnement de la région où il passe ses vacances pendant qu’il bloque toute initiative climatique et s’enrichit à millions avec le charbon.

Défi global, leadership défaillant

D’où viendra le leadership pour stopper l’inévitable réchauffement climatique? Le retour des États-Unis dans l’Accord de Paris, c’est bien, mais Biden a les mains liées par un Congrès inopérant et une Cour suprême qui limite ses pouvoirs. Et le reste du monde n’est pas dupe : les républicains renverseront presque tout ce que Biden parviendra à accomplir. Pour sa part, l’Américain moyen tient tellement à remplir le réservoir de sa grosse bagnole à bon marché qu’il semble prêt à sacrifier la démocratie et la planète pour y parvenir.

L’Europe n’arrivera pas seule à freiner le réchauffement global, mais elle n’a pas grand-chose à attendre de l’Amérique, pas plus que de la Chine, de la Russie, et des pays émergents.

Pourtant, sans une action qui engage tous les pays, dont le nôtre, les canicules meurtrières vont se multiplier. On peut se rassurer en regardant ailleurs, mais ça viendra aussi chez nous.

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